Des extinctions grosses comme des baleines !

Avec « Extinctions » – sous-titré « Le Crépuscule des espèces » -, voilà un album qui fait le point sur les constantes disparitions animales au fil du temps, notamment avec un chapitre sur « La mort des baleines ». Ce bilan scientifique (passionnant, mais peu rassurant) peut se doubler de la lecture autrement poétique de « La Baleine bibliothèque »…

« Extinctions » commence dans l’Océan Arctique, sur l’Ile Heyerdahl, où deux journalistes, Emma et Luis, ont décidé d’aller filmer l’équipe scientifique au jour le jour, notamment dans leurs expériences et observations sur les conséquences du changement climatique. C’est l’occasion de montrer que bien avant l’homme, bien avant ses turpitudes industrielles et polluantes, les espèces n’ont cessé d’apparaitre et de disparaitre massivement ce que Cuvier puis Darwin avaient compris.

En fait, l’histoire de la planète, c’est d’abord l’histoire incessante de catastrophes (éruptions volcaniques, impacts de météorites, tsunamis…) qui bouleversent les écosystèmes qui s’implantent peu à peu, se réinventent, évoluent, puis disparaissent.  Les auteurs racontent tout ce que l’on sait de ces étapes et de la faune qui les caractérise.  Des millions d’espèces ! Une biodiversité phénoménale, mais déjà cinq extinctions majeures.

Alors qu’ils partent à la recherche du rhino des glaces conservé dans la banquise, les deux journalistes se font expliquer ces changements, ces ruptures, ces révolutions. Alexandre Franc, de son dessin simple et clair, met en scène des personnages bien typés (bravo le scénariste) intercalant des schémas ou des illustrations animalières qui explicitent le propos. C’est un cours d’histoire, zoologique et planétaire, très agréable à lire, très fluide, or avec une telle masse de données, ce n’était pas évident à réaliser.

Le « cimetière des disparus », comme il est dit, est proprement fascinant, mais inquiétant puisque, dorénavant, c’est l’activité humaine qui met de nombreuses espèces en péril (et l’homme lui-même, ce qu’il oublie trop souvent). Bien entendu, la flore et de nombreuses zones naturelles sont également touchées, voire d’ores et déjà détruites. Les auteurs consacrent un chapitre aux « tueurs et empoisonneurs » et au risque d’une sixième extinction. Non sans humour, Alexandre Franc et Jean-Baptiste de Panafieu ont conçu un ouvrage sérieux, documenté, qui constitue un drôle de voyage dans le temps et autour de nous, un album de vulgarisation scientifique qui fait réfléchir, beaucoup, et rêver également.

Pour rêver davantage, pourquoi ne pas profiter de « La Baleine bibliothèque » signée Judith Vanistendael et Zidrou ? « La Baleine bibliothèque », c’est d’abord l’histoire d’un facteur un peu spécial, un facteur des mers qui nous fait d’abord découvrir ce qu’est la poste maritime avant d’évoquer sa rencontre avec une baleine attachante, une baleine qui cache dans ses entrailles (on pense inévitablement à la baleine de Jonas) des livres en quantité et qui lit des livres aux poissons…

On pourrait penser que ce récit joliment écrit, inventif, extrêmement poétique, n’est qu’un conte destiné aux enfants. Il n’en est rien. Ce monologue de Zidrou illustré de façon assez picturale et jetée au pinceau et au crayons de couleur par Judith Vanistendael est une chronique amicale, entre le facteur et la baleine, amoureuse entre le facteur et sa dulcinée à terre, un hymne enfin à l’objet livre, plein de surprises, d’émerveillements et de tristesse aussi…

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« Extinctions » par Alexandre Franc et Jean-Baptiste de Panafieu

Éditions Dargaud (19, 99 €) – EAN : 9782205087154

« La Baleine bibliothèque » par Judith Vanistendael et Zidrou

Éditions Le Lombard (14, 75 €) – EAN : 9782803677962

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