Les vrais durs ne dansent pas : Agata chante !

Olivier Berlion vient de publier la deuxième partie de son diptyque consacrée à Agata : une Polonaise expatriée aux USA (à Chicago), dans les années 1930, et qui est hébergée par un jeune ami de son oncle. Ayant réussi à travailler un peu dans la chanson, elle est vite prise entre la communauté polonaise et le banditisme mafieux de ces temps de prohibition et de Grande Dépression.

Pete (le jeune garçon de son oncle) a été enlevé sous ses yeux par les hommes de Lucky Luciano, et elle est embarquée avec lui, retenue prisonnière pour l’empêcher de parler : un double enlèvement pour faire pression sur les Polonais dans une histoire de marchés publics. Ce tome 2 s’ouvre sur fond de fermeté nouvelle des pouvoirs publics, après l’élection de Roosevelt : nouvelle donne (new deal) sur tous les plans, mais aussi sur fond de guerres de clans. Comme dans le tome 1, le lecteur est plongé dans un univers à la fois dur, classe et luxueux.Plus malin, prudent et avisé que les autres, Luciano mène au pas collègues et rivaux imbus de vulgarité, de suffisance bornée et de cruauté, et progresse encore ; mais sa vie privée est un désastre. Maladroitement, mais avec respect sinon galanterie, Luciano, patient (et sous le charme), offre à Agata un meilleur logement, tout en la faisant surveiller par un garde du corps. Les règlements de comptes entre divers clans continuent (y compris avec celui de la Noire Stéphanie qui en fait les frais), avec la menace grandissante de la police et de la justice.Quelques épisodes du passé et du présent à Varsovie, avec la figure du père (pas exemplaire, mais attachant) alternent avec les très belles planches de la ville des années 1930, ses cabarets et ses hôtels particuliers de luxe achetés par le sang.Ces scènes polonaises, pourtant minoritaires, donnent une belle épaisseur au personnage d’Agata et à tout le cycle. Celle qui donne son nom au cycle est cependant ici moins présente, au profit de Luciano : le véritable acteur de cet album.Ce deuxième tome respecte totalement la promesse de grande qualité du premier, tous deux somptueux dans la reconstitution de l’époque, où toute la décoration était beaucoup plus ouvragée et détaillée que de nos jours. Au fil de deux albums qui prennent le temps d’installer les situations (142 planches en deux albums), mais qui pourtant fourmillent d’action et d’évènements, l’art de Berlion est totalement maîtrisé, beau et fort.

Olivier Berlion.

Remarquons la finesse des couleurs directes, des angles de vues, des attitudes et décors, les personnages parfaitement implantés et justes… Bref, toute cette mise en scène qui en fait, au total, un cycle passionnant et puissant.

On peut aussi y voir un bel hommage à certains chefs-d’œuvre du cinéma : de De Palma (« Les Incorruptibles ») à Scorsese, en passant par Coppola (« Le Parrain », « Cotton Club »). Une grande mise en scène… La cour des grands pour Berlion ? Oui, assurément !

Patrick BOUSTER

« Agata T2 : Broadway » par Olivier Berlion

Éditions Glénat (15,50 €) — EAN : 9 782 344 032 602

 

Galerie

Une réponse à Les vrais durs ne dansent pas : Agata chante !

  1. Sirot Patrick dit :

    Oui, assurément, bonne mise en scène, très beau dessin !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>