Les rêves de « Nos meilleures vies »…

60 ans après le « Contes cruels de la jeunesse » de Nagisa Ōshima, l’un des premiers films de la nouvelle vague japonaise, Kii Kanna nous livre sa vision des errances de la jeunesse d’aujourd’hui, sous forme de manga. À un âge où l’on n’est plus un enfant, mais pas encore pleinement un adulte, les questionnements des jeunes n’évoluent guère selon les époques. Moins violente, plus connectée, tout aussi aventureuse, mais toujours batifolante et tout autant paumée ou amoureuse, la jeunesse actuelle s’étale sous la plume d’une autrice au trait langoureux dans « Nos meilleures vies .»

Kishi travaille sans passion dans le monde de l’animation, pendant que Tsugumi se donne à fond sans résultat. Alors que le studio est en plein bouclage d’un épisode, Kishi décide, une nouvelle fois, de tout plaquer. En chemin pour les bains publics, il croise un chat qui va l’accompagner pour le reste de l’histoire. Perdu dans ses pensées, il se remémore le jour où la jeune Chiyo est arrivée dans la boîte. Motivée, cette dernière se donne à fond et a gravi les échelons jusqu’à devenir directrice de l’animation en moins de six mois. D’un autre côté, Tamaki est dans un groupe de musique débutant. Jeune fille habillée à la garçonne, elle se produit dans de petites salles de concert sans prétention et vit sa vie au jour le jour. Elle est en collocation avec Chiyo, sans vraiment savoir si elles sont ensemble ou si elles partagent juste un logement. Dans un autre chapitre, on suit Kiki et Mayu qui sont juste venus d’Hokkaido en voyage scolaire, mais celui-ci va changer leurs vies lorsqu’elles découvrent les idoles à la mode. Page après page, la vie de ces six jeunes s’égrènent devant nos yeux de lecteurs.

De chapitre en chapitre, Kii Kanna nous présente des adolescents en quête d’un but dans la vie. Ils ont chacun leur caractère et sont finalement assez représentatifs des indécisions que vivent les jeunes au moment de passer dans le monde adulte. Il faut choisir un travail, une voie, une direction qui va guider sa vie future. Ces choix, lourds de sens, tout le monde a dû se les poser à un moment ou un autre. Parfois avec des réponses simples, parfois, avec des questionnements amenant encore d’autres questions. Mais au final, comme le souligne si justement Kishi quand on lui demande pourquoi il a choisi ce travail  : « Je ne sais pas trop. Faut croire que la vie en a décidé ainsi. » pour conclure « Après tout, on est encore jeune. On a la vie devant nous. »

Plus que les tranches de vie si justement racontées de cette jeunesse qui se cherche, c’est le trait à la fois naturel, et parfaitement maîtrisé qui rend ces cases aussi attrayantes. Les personnages campés par Kii Kanna débordent d’énergie tout en étalant la mollesse de l’adolescence. Leurs attitudes décrivent déjà l’histoire, bien avant que les dialogues ne soient lus. Après trois titres passés plutôt inaperçus en France au milieu de la production Boys-Love (1), la jeune artiste s’est concentrée ces dernières années sur l’adaptation de ses premières œuvres en animation. Espérons que ce travail ne la fasse pas abandonner le manga où, assurément, elle excelle.

Kii Kanna campe avec justesse ses contemporains dans ce superbe roman graphique. Un manga à la fois moderne et intemporel tellement le sujet revient de génération en génération. Ainsi, il n’est pas forcément nécessaire d’être de l’âge des protagonistes pour apprécier ces tranches de vie. Cela peut même aider à se replonger dans des souvenirs parfois lointains.

Gwenaël JACQUET

« Nos meilleures vies » par Kii Kanna
Éditions Casterman (12,95 €) – EAN  : 9782203208902

(1) Kii Kanna a publié trois titres orientés Boys-Love avant de proposer « Nos meilleures vies »  : « L’Étranger de la plage » et « L’Étranger du zéphyr » sont disponibles aux éditions IDP et « Qualia Under the Snow » l’est chez Taïfu.

© 2018 by Kii Kanna, SHODENSHA PUBLISHING CO, Tokyo

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