Raowl-la-bête et Peau d’âne, la princesse qui pue !

Assister à la naissance d’un nouveau héros de bande dessinée est toujours émouvant pour le lecteur. D’autant plus qu’en ces temps difficiles pour l’édition, il faut une bonne dose d’inconscience de la part d’un auteur pour encore y croire. Tébo, enfant de la bande à Tchô !, y croit et il a raison. Avec ce second opus, Raowl a vraiment l’étoffe d’un héros, d’un grand héros !

Au cœur d’une profonde forêt, par une froide nuit d’hiver, Raowl-la-bête s’apprête à déguster le poulet qui rôtit à la broche. L’arrivée de deux brigands interrompt le festin. Peau d’âne, défenseuse des faibles et des opprimés, intervient en fracassant les deux bandits. Raowl-la-bête et Peau d’âne la princesse qui pue partent à la recherche d’une autre princesse kidnappée par Olrikiki, le troll des cavernes. Capturé par des chasseurs de primes, le duo de justiciers est conduit de force chez le roi François, père de Peau d’âne qui a mis sa tête à prix. Ce dernier, épris de Briguite la sorcière qui pratique la dictature de la savonnette et veut en finir avec la crasse, contraint Peau d’âne à prendre un bain. Face au refus obstiné de la jeune princesse, Briguite, qui veut devenir la reine du monde, lance un maléfice conduisant les deux jeunes révoltés sur un énorme rocher planté au milieu d’une étendue d’eau. Rassurez-vous, lecteurs angoissés, Raowl aura finalement droit à son baiser de princesse avant de partir, solitaire, à la recherche d’une autre jeune femme en détresse. Ce long récit de 70 pages prépublié par Spirou l’an dernier (n° 4289 à 4299) permet de retrouver Raowl qui, à l’origine, ne devait vivre que le temps d’une histoire. « Au départ, “Raowl” ne devait être qu’un one shot consacré à “La Belle et la Bête”, où Raowl était évidemment la Bête. Mon éditeur préférant plutôt une série, j’ai transformé Raowl-la-bête en Raowl le sauveur de princesses… » confie Tébo à Damien Pérez dans le n° 4289 de Spirou. Béni soit l’éditeur éclairé qui permet ainsi à son auteur de donner vie à un héros qui possède toutes les qualités pour séduire les lecteurs, qu’ils soient jeunes ou adultes. Et puis les princesses à sauver ne manquent pas et l’imagination de Tébo est sans limites. Le scénario au langage leste que n’auraient même pas osé imaginer les auteurs de la bande dessinée franco-belge d’antan surprendra plus les adultes que les jeunes. La mise en page est dynamique, les planches aux nombreuses images — qui permettent au récit d’avancer — alternent avec de grands dessins fourmillant de petits détails. Un régal pour les yeux, dont l’ensemble de la réalisation est assuré par Tébo qui signe scénario, dessin et couleurs.Né le 15 juin 1972 à Caen, Frédéric Thébault, qui prend le pseudonyme de Tébo, aborde la bande dessinée en autodidacte, après s’être vu refuser l’entrée aux Beaux-Arts. Qu’importe, il persévère. Ses dessins, exposés à Sierre en 1997, sont remarqués par Jean-Claude Camano, alors occupé à préparer le magazine Tchô !. Il débute dans ce mensuel en 1999, avec la création de « Samson et Néon », puis celle de « Cap’tain Biceps » dont Zep est le scénariste. Il rejoint l’atelier Mastodonte initié par Lewis Trondheim à partir de 2011, dans les pages de Spirou. C’est dans cet hebdomadaire que « Raowl » voit le jour en 2019. On lui doit aussi deux incursions décapantes dans l’univers de « Mickey Mouse » aux éditions Glénat.       Avec Julien Neel, Dab’s, Nob, Boulet… et bien sûr Zep — ses copains de Tchô ! —, Tébo dépoussière depuis quelques années, avec une sacrée dose de talent, une certaine bande dessinée jeunesse qui en avait bien besoin.

Henri FILIPPINI

P.-S. : Lire aussi la chronique de Laurent Lessous sur le tome 1 : Vous ne connaissez pas Raowl ? Pour le bisou d’une princesse, il peut vous travailler en férocité ….

« Raowl T2 : Peau d’âne, la princesse qui pue » par Tébo

Éditions Dupuis (12,50 €) — EAN : 9 791 0347 4780 1

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