François Bel : un destin contrarié…

Avec ses deux séries phares — « Pat et Moune » et « Jordi » —, François Bel a marqué à jamais l’histoire des hebdomadaires des éditions de Fleurus. Malgré le succès de ses personnages auprès de ses lecteurs, il a connu des périodes difficiles marquées par la maladie et la malchance, mais aussi par un sacré manque d’humanité de la part de ses saints employeurs.

Autoportrait de François Bel publié dans le n° 37 du fanzine Haga (1978).

Des débuts entre galère et euphorie

Né à Toulouse, le 14 août 1927, le jeune François Bel passe son enfance au sein d’une famille catholique préoccupée de moralité, dont le père est inspecteur des chemins de fer.

Abonné à Cœurs vaillants, il se passionne pour les aventures de Tintin qui y sont publiées.

François Bel : Cœurs vaillants n° 1 (01/1960).

Collégien doté d’un bon coup de crayon, il crée un journal tiré à quelques exemplaires, qu’il réalise sur une pierre à graver : Le Courrier de Marathon.

N’ayant pas une passion particulière pour les bandes dessinées, il rêve d’être Saint-Cyrien ou encore missionnaire, afin de partir en Afrique défendre le drapeau français, la justice et la liberté.

Ces pieux souhaits s’effondrent lorsqu’à 16 ans il tombe gravement malade et passe deux années au sanatorium de Font-Romeu.

Pour tuer le temps, il dessine, écrit à Hergé, son idole : lequel l’encourage à persévérer. De retour à Toulouse, il se retrouve infirme avec une jambe mal foutue, comme il le dit lui-même : une période de doutes qui se termine par un véritable miracle.

En effet, à l’âge de vingt ans, accompagné par son père, il se présente à Cœurs vaillants : revue qui manque alors cruellement de dessinateurs.

Malgré son inexpérience et un trait encore bien hésitant, il est aussitôt embauché par le père Jean Pihan qui lui propose de dessiner une longue histoire en première page d’Âmes vaillantes : histoire dont il est à la fois le scénariste et le dessinateur.

En ces années d’après-guerre, les dessinateurs sont rares et il faut bien quelqu’un pour remplir les pages des trois journaux publiés par l’éditeur catholique.

« Pat et Moune » : Âmes vaillantes n° 40 (05/10/1947).

Annoncé dans les n° 38 et 39, un premier épisode de « Pat et Moune » commence dans le n° 40 du 5 octobre 1947 : signé de son nom, puis du pseudonyme Franbel. Titré « Premières Aventures », ce long récit de 62 pages (comme un « Tintin ») — inspiré par « Jo, Zette et Zocko » d’Hergé — prend fin dans le n° 51 du 19 décembre 1948. Enfants d’un aviateur, Pat et sa sœur jumelle Moune rêvent de voyager au loin, comme lui, jusqu’au jour où ce dernier leur propose de l’accompagner en Laponie. Pour les deux enfants, l’heure de la grande aventure vient de sonner.

« Pat et Moune » : Âmes vaillantes n° 25 (20/06/1948).

Un second épisode (« Le Toucan rouge ») débute dans la foulée avec pour destination l’Amérique centrale : chez les Indiens Patuacs. Après 39 pages d’exotisme, nos jeunes héros sont invités à retourner sagement au collège dans le n° 39 (25/09/1949) d’Âmes vaillantes.

« Pat et Moune : Le Toucan rouge » : Âmes vaillantes n° 23 (05/06/1949).

De nouveaux jeunes dessinateurs talentueux étant arrivés chez Fleurus, le pauvre débutant qu’il est encore est sèchement renvoyé. Décision discutable, lorsqu’on compare son travail avec celui d’autres dessinateurs du journal pas beaucoup plus au point.

« Pat et Moune : Le Toucan rouge » : Âmes vaillantes n° 39 (25/09/1949).

Installé à Paris depuis deux ans, chez son père, François Bel repart pour Toulouse, le moral à zéro.

De longues années de galère l’attendent.

Quelques travaux d’illustrations réalisées pour les revues Le Croisé et Almanach du Croisé (publiées par les éditions régionales de l’Apostolat de la prière) lui permettent de survivre.

Il profite de son temps libre pour suivre les cours du soir des Beaux-Arts de Toulouse, où il apprend les bases du métier.

Finalement, grâce à l’intervention du directeur du Croisé, le père Jean Pihan lui ouvre de nouveau les portes de la rue de Fleurus.

Fleurus : du paradis à l’enfer

Après six ans d’absence, François Bel est de retour dans Âmes vaillantesavec ses héros Pat et Moune qui, pour leur part, ont quelque peu rajeuni. « Le Bracelet de Satni » débute dans le n° 47 (20/11/1956) du journal qui les a vus naître. Flanqués de leur oncle, le brave docteur Sulpice Calluset, les deux enfants sont propulsés dans l’Égypte des pharaons, grâce aux pouvoirs d’un bracelet magique.

« Pat et Moune : Le Bracelet de Datnai » : Âmes vaillantes n° 9 (26/02/1956).

Ce récit en 54 pages témoigne des énormes progrès effectués par le dessinateur qui, tout en restant fidèle à son admiration pour Hergé, propose des pages dans un style plus personnel, aux décors soignés et aux personnages parfaitement maîtrisés. Dès le premier numéro de 1957, Pat et Moune partent pour la Grèce, afin de résoudre le mystère du « Centaure de Mykonos ». À cette occasion, ils font connaissance avec le chien Flico : un cabot malicieux qui sera présent dans la plupart de leurs aventures.

« Pat et Moune : Le Centaure de Mykonos » : Âmes vaillantes n° 1 (06/01/1957).

Tout va alors pour le mieux pour François Bel qui se voit confier une autre série pour Cœurs vaillants et se lance dans une nouvelle histoire de « Pat et Moune ». Hélas, hélas, « Le Roc de la morisque », tout juste commencé dans le n° 47 (24/11/1957) d’Âmes vaillantes qui vient d’abandonner son grand format…, s’interrompt au n° 50.

« Le Roc de la morisque » Âmes vaillantes (1957).

Nouvelle catastrophe pour notre dessinateur rattrapé une fois encore par la maladie. Une opération indispensable de la hanche le contraint à rester inactif pendant 18 mois. « Le Roc de la Morisque » repart à zéro dans le n° 27 (05/07/1959), pour prendre fin dans le n° 3 de 1960. Ce sera la première histoire à être proposée sous forme d’album dans la collection Floréale des éditions de Fleurus. François Bel possède désormais un trait bien à lui et un lectorat fidèle, ce qui lui permet d’envisager plus sereinement l’avenir.

« Pat et Moune : Le Petit Homme au chapeau noir » : Âmes vaillantes n° 25 (19/06/1960).

« Pat et Moune : La Cornemuse de Gaymorall » : Âmes vaillantes n° 48 (01/12/1960).

Cinq nouvelles aventures de « Pat et Moune » (« Le Petit Homme au chapeau noir », « La Cornemuse de Gaymorall », « La Complainte d’Ossian », « Un éléphant de santal mauve » et « Les Trois Félicités de Liao Tchang ») sont publiées par Âmes vaillantes de 1960 à 1963.

« Pat et Moune : La Complainte d’Ossian » : Âmes vaillantes n° 13 (29/03/1962).

La seconde partie de ce dernier récit paraît dans J2 magazine qui fait suite à Âmes vaillantes.

« Pat et Moune : Les Trois Félicités de Liâo-Tchang » : J2 magazine n° 9 (27/02/1964).

Gag : J2 magazine n° 8 (20/02/1969).

Et voilà que, son trait jugé trop enfantin pour les lectrices adolescentes de cet hebdomadaire qui se veut plus moderne que son prédécesseur, « Pat et Moune » sont invités à vivre leurs futures aventures dans Fripounet et Marisette.

Encore un coup dur pour François Bel qui doit adapter ses histoires à des lecteurs plus jeunes.

Le départ de « Pat et Moune » ne l’empêche pas de poursuivre sa collaboration avec la rédaction de J2 magazine.

Dès 1969, il y publie quelques pages de gags au trait dépouillé et crée le personnage de Sidonie Fleurdepois avec la scénariste Dany François : pseudonyme utilisé par Claire Godet.

« La Trahison de lord Bigoudy », parue dans le n° 34 (21/08/1969), permet de faire connaissance avec la jeune héroïne, accorte soubrette au château de Versailles au temps de Louis XIV.

La brune Sidonie est présente dans neuf récits complets en huit pages proposés jusqu’au n° 31 de J2 magazine (03/08/1972).

« Sidonie Fleurdepois » : J2 magazine n° 34 (21/08/1969).

Critiqué une nouvelle fois pour son trait jugé trop enfantin par une rédaction éprise soudain de « modernisme »qui le harcèle, François Bel fait l’impossible pour rendre son dessin plus réaliste. En vain.

« Sidonie Fleurdepois » : J2 magazine n° 31 (03/08/1972).

Il illustre quelques histoires complètes dont « Le Vrai Tartarin de Tarascon » (n° 15 du 11/04/1973)

« Le Vrai Tartarin de Tarascon » : J2 magazine n° 31 (03/08/1972).

ou encore « Odah Raun la vallée des condamnés » : récit à suivre en 45 pages écrit par Philippe Brochard — fils du dessinateur Pierre Brochard (1) —, ayant pour cadre l’Islande du XVIIIe siècle (n° 2 à 12 de 1974). Malgré de louables efforts, il ne parvient pas à s’intégrer au sein de l’équipe de ces jeunes auteurs dont, sans cesse, on lui brandit en exemple les pages aux couleurs criardes et aux images discutables.

« Odahraun » : J2 magazine n° 2 (09/01/1974).

L’agonie se poursuit dans Djin, ultime successeur d’Âmes vaillantes, pour lequel il réalise quelques courtes histoires tout aussi péniblement enfantées. « L’Île aux oiseaux », dont il signe également le scénario, sera son ultime participation dans le n° 24 (16/06/1976) : 30 ans après y avoir effectué ses premiers pas. À la vue de ces pages sans saveur, on ne peut que se dire : « Quel gâchis ! ».

« L’Île aux oiseaux » : Djin n° 24 (16/06/1976).

« La Guerre est déclarée » : Cœurs vaillants n° 37 (14/09/1947).

Après son retour rue de Fleurus, le succès de la nouvelle version de « Pat et Moune » incite la rédaction de Cœurs vaillants à demander à son auteur de créer pour leur journal une nouvelle série.

Notons, pour l’anecdote, que son premier dessin a été publié par Cœurs vaillants dans le n° 37 (14/09/1947) : voir ci-contre.

Il imagine le personnage de Phil : un libraire sans travail épris de grand large, devenu marin après avoir hérité d’un bateau.

Il embauche un jeune mousse débrouillard : Jordi, la tête coiffée d’un bonnet de marin couronné par un pompon rouge.

Ce dernier devient rapidement le véritable héros de la série désormais sous-titrée « Pompon rouge ».

Il vit ses nouvelles aventures exotiques, en compagnie de l’explorateur Oreste Picotin et du chat facétieux Biniou.

« Phil et Jordi : Les Trois Feux rouges » : Cœurs vaillants n° 15 (08/04/1956).

Le premier épisode, « Les Trois Feux rouges », commence dans le n° 15 (08/04/1956) de Cœurs vaillants pour prendre fin dans le n° 53. Notons que le second épisode, « L’Idole de Manaiki », est terminé par Pierre Chéry (2), à la suite de l’hospitalisation de dessinateur évoquée plus haut.

« Jordi : L’Idole de Monaiki » : Cœurs vaillants n° 15 (08/04/1957).

Jordi est le héros de cinq longues histoires dans les pages de cet hebdomadaire jusqu’au n° 42 (19/10/1961) où se termine l’épisode « Jordi au Tajar-Hali ».

« Jordi : Au Tojar-Hâli » : Cœurs vaillants n° 40 (05/10/1961).

Le journal changeant de formule, le dessin étant jugé une fois encore trop enfantin, « Jordi » est prié de passer dans les pages destinées à un plus jeune lectorat de Fripounet et Marisette.

Trois épisodes sont proposés dans cet hebdomadaire de 1962 à 1964, avant qu’une nouvelle rédaction de Cœurs vaillants devenu J2 jeunesne réintègre le personnage dans le journal qui l’a vu naître.

Jordi est alors le héros de six nouvelles histoires à suivre du n° 49 (08/12/1966) au n° 37 (12/09/1968) : « Les Six Lances du colonel Tramble », « Le Grand Duc est de sortie », « Le Congrès s’abuse »…

« Jordi : Les Six Lances du colonel Tramnle » : J2 jeunes n° 2 (12/01/1967).

Lorsque J2 jeunes devient Formule 1, une nouvelle rédaction lui ferme de nouveau la porte du journal et le pauvre Jordi disparaît définitivement. François Bel publie encore quelques gags en une page, des énigmes, puis est remercié après avoir dessiné « Microfilms » : une énigme en deux pages dans le n° 25 (19/06/1974).

« Jordi : Le Chevalier de Saint Gerbex » : J2 jeunes n° 37 (12/09/1968).

Comme nous l’avons vu, Fripounet et Marisette sert d’ultime refuge aux personnages créés par François Bel dans les deux autres magazines de Fleurus. Tout d’abord « Jordi » qui y séjourne le temps de vivre trois aventures en 30 pages de 1962 à 1964, avant de retourner dans J2 jeunes : « Le Jaguar de Taxapulca »,

« Jordi : Le Jaguar de Taxapulca » : Fripounet n° 16 (19/04/1962).

« L’Étrange Odyssée de l’Hippocampe II »

« Jordi : L’Étrange Odyssée de l’Hippocampe II » : Fripounet n° 4 (24/01/1963).

et « Les 7 Colonnes de Tharsis ».

« Jordi : Les sept colonnes de Tharsis » : Fripounet n° 10 (05/03/1964).

De leur côté, « Pat et Moune » y effectuent leurs derniers voyages de 1964 à 1973, héros de huit longs épisodes et de deux courtes histoires de huit pages : « L’Affaire du courrier de Li-Hon » débute dans le n° 21 (21/05/64),

« Pat et Moune : L’Affaire du courrier de Lî-Haon » : Fripounet n° 26 (25/06/1964).

suivi par « Ainsi parlait Tata Rumba », « Le Fifre de Koblence »… enfin « Un Taxi pour Perpignan » qui se termine dans le n° 20 (14/05/1970), dernier grand épisode à suivre de la série.

« Pat et Moune : Le Fifre de Koblence » : Fripounet n° 35 (01/09/1966).

La soif de moderniser sans tarder les journaux atteint à son tour la rédaction de Fripounet.

François Bel tente de poursuivre leurs aventures en mettant ses personnages au service de l’écologie.

« L’Arbre aux 40 écus » est l’ultime épisode, en huit pages où il se sent obligé de tenter maladroitement un dessin qui se veut plus « moderne » dans les n° 36 à 39, en septembre 1973.

Encore une fois : « Quel gâchis ! »

« Pat et Moune : L’Arbre aux 40 écus » : Fripounet n° 39 (26/09/1973).

Entretemps, on lui demande d’animer un nouveau personnage dont les scénarios sont écrits par Dany François, le pseudonyme de Claire Godet. Miss Justine est une vieille dame excentrique pratiquant la bicyclette et bien d’autres sports. Maladroite, elle sème la panique autour d’elle en compagnie de son chat Édouard dit Doudou. Elle est l’héroïne de 35 histoires complètes en trois pages publiées du n° 26 (25/06/1964) au n° 36 (09/09/1971).

« Miss Justine » : Fripounet n° 40 (02/10/1969).

Conscient qu’il doit réagir s’il souhaite poursuivre sa collaboration dans les pages de Fripounet, François Bel décide de faire partager à ses lecteurs sa grande passion pour le monde animal, mais aussi végétal. Ses premières histoires animalières débutent en 1974 avec une série de 14 courts récits indépendants de huit, puis douze, pages : « Tur le bouquetin » (n° 51 de 1974 à 2 de 1975),

« Tur le bouquetin » : Fripounet n° 51 (10/12/1974).

« Hô-Nang, la tigresse » (n° 14 à 17 de 1975), « Kwambi le petit gorille » (n° 17 à 22 de 1976)… enfin, « 4 saisons sur l’alpage » (n° 14 à 19 de 1979). Nous sommes loin des longues aventures exotiques aux multiples rebondissements de « Jordi ». Le trait peu convaincant se veut réaliste, le scénario didactique, l’ambition d’apprendre et non de détendre le lecteur.

« Hô-Nang, la tigresse » : Fripounet n° 17 (23/04/1975).

Retour à la fiction avec la création de « Mohican », dont le héros est un scientifique qui lutte pour la sauvegarde de la nature, dialoguant avec les enfants, parcourant inlassablement les parcs animaliers… Le premier épisode complet, « La Grisette des genêts », est publié dans le n° 41 de Fripounet(10/10/1979). La série compte 12 épisodes proposés jusqu’au n° 23 de 1982 et se termine avec « Quand fleurissent les bambous ».

« Mohican » : Fripounet n° 41 (10/10/1979).

François Bel enchaîne avec « Zophila ». Cette ultime création compte deux épisodes de 12 pages et 11 de trois. Elle commence dans le n° 10 (09/03/1983) et prend fin dans le n° 13 du 27 mars 1985. Titulaire d’une chaire de biologie, Sylvestre Pépin — qui travaille dans une serre laboratoire — croise la route de Pi-Tsik venu de la planète Zophyta, dont la mission est de récupérer les animaux en voie de disparition sur la Terre.

« Zophyta » : Fripounet n° 10 (09/03/1983).

Une fois encore, le déclic ne se produit pas entre l’auteur et ses lecteurs. Lui demander d’abandonner son trait naturel, pour soi-disant être plus « moderne », fut criminel : d’autant plus, qu’au même moment, la ligne claire dont il demeure l’un des pionniers triomphait dans les revues de la nouvelle BD.

Intermède

En 1969, le scénariste Jean-Marie Pélaprat (également connu sous le pseudonyme de Guy Hempay), avec lequel il entretient de bons rapports, lui propose de travailler pour Franc-Jeux : bimensuel destiné aux coopératives scolaires.

Sa passion pour la nature lui donne l’idée de la partager avec les jeunes lecteurs.

Il imagine le personnage de Pistil qui fait découvrir aux enfants les arbres, les animaux, les plantes… tout au long de pages didactiques aux textes illustrés.

« Pistil » : Francs jeux n° 542 (07/969).

Plus de cent chroniques seront publiées du n° 534 (15/03/1969) au n° 686 (15/06/1976).

« L’ours des Pyrénées » : Francs jeux n° 686 (15/06/1976).

Notons qu’il a également réalisé une bande dessinée en douze pages (« Pyle fait face ») publiée du n° 593 (01/01/1972) au n° 598 : un récit de flibuste aux personnages farfelus qui ne connaîtra pas de suite.

« Pyle fait face » : Francs jeux n° 594 (15/01/1972).

Profitons de cette escapade loin de la rue de Fleurus pour signaler la publication de « Tante Zaza et la tour Laffont » : un récit en 12 pages de Simone Mandron, paru dans les hebdomadaires Lisette et Nade du n° 26 (25/06/1967) au n° 37. Une mirobolante histoire de fantômes qui, elle aussi, ne sera pas poursuivie.

« Tante Zaza et la tour Laffont » : Lisette n° 31 (30/07/1967).

Revenons à Fleurus dont François Bel évoque avec émotion ses longues années de détresse dans le n° 115 de la revue Hop ! en se confiant à Jean-Paul Tibéri et Louis Cance : « J’ai fait quelques récits complets avec Pat et Moune, ils sont restés sans suite. J’ai essayé diverses choses, accepté d’illustrer des scénarios de récits complets, etc. J’avais de moins en moins de travail et je sentais qu’il y avait un désintéressement pour ma production, finalement on m’a mis à la retraite. C’était une retraite anticipée. ».

Usé physiquement et moralement, il quitte en 1985, sans le moindre remerciement, l’éditeur auquel il a donné près de 40 ans de sa vie professionnelle.

Abandonné par son unique employeur, sans nouvelles ressources, il doit se séparer de l’arboretum qu’il avait créé dans les Corbières : son violon d’Ingres.

« Pat et Moune : Le Triton perd le Nord » : Fripounet n° 36 (15/09/1971).

L’alcool qu’il consomme sans modération l’empêche de mener à bien un ouvrage commandé par un éditeur local : « J’ai vu Loubatières, éditeur occitan de Toulouse, pour faire une histoire qui me tenait à cœur. Il était d’accord, mais à cette époque je picolais sérieusement et ça a traîné, traîné… et ça l’a découragé. Au bout de cinq ans, je suis arrivé à la fin de l’album. J’étais en cure de désintoxication dans une clinique et cela m’a aidé. C’était une histoire fantaisiste sur l’Occitanie, au contraire de ce qui se faisait qui était austère, sérieux, universitaire avec les cathares et tout ça… Aujourd’hui, je vis dans un modeste studio toulousain, ma santé ne me permet pas de grands déplacements et je me contente d’observer quelques arbres et quelques oiseaux par ma fenêtre… ».

Oublié de tous, François Bel nous a quittés le 3 novembre 2009 à Cornebarrieu, près de Toulouse.

« Jordi : Le Pompon rouge est bien arrivé » Cœurs vaillants n° 10 (06/03/1960)

Précurseur discret d’une ligne claire qui fera de nombreux adeptes dès les années 1970, il méritait mieux que le mépris pour son travail affiché par son employeur et l’oubli dans lequel il est plongé aujourd’hui.

Deux albums seulement de « Pat et Moune » ont été publiés par Fleurus en 1961 et 1962, quatre autres de « Pompon rouge » au cours des mêmes années.

Ces titres ont été réédités à 300 exemplaires, suivis par dix autres pour « Pompon rouge » et 15 pour « Pat et Moune » par le micro éditeur La Vache qui médite de 2008 à 2014, soit l’intégralité des aventures de ces personnages : voir http://www.lavachequimedite.com/auteur/franois-bel_84.html.

À noter cinq albums en noir et blanc édités de 1979 à 1981 par le P.B.D.I. de Dominique Thura, au modeste tirage de 20 exemplaires chacun.

À quand une intégrale de ces petits bijoux destinée à un large lectorat ?

« Jordi : Le Coffret noir » : Cœurs vaillants n° 11 (15/03/1958).

Deux revues ont donné la parole à François Bel et ce sont des documents précieux pour les chercheurs : Haga n° 2 (octobre 1972), puis surtout n° 37 (hiver 1978) avec un entretien signé Jean-Paul Tibéri, et Hop ! n° 115 (septembre 2007) qui publie une rencontre de l’auteur avec Louis Cance et Jean-Paul Tibéri, avec comme à son habitude une bibliographie complète de l’œuvre de l’artiste.

On peut aussi voir bien d’autres pages dessinées par François Bel sur l’excellent forum http://lectraymond.forumactif.com/t852-du-cote-de-francois-bel.

Henri FILIPPINI

 Relecture, corrections, rajouts et mise en pages : Gilles RATIER

(1) Voir « Zéphyr » de Pierre Brochard et « Alex, Euréka et l’inspecteur Lestaque ».

(2) Voir Pierre Chéry : franco-belge et heureux de l’être !.

« Jordi : Les Sept Colonnes de Tharsis » : Fripounet n° 10 (05/03/1964).

Galerie

5 réponses à François Bel : un destin contrarié…

  1. Pagerolau dit :

    Très « bel » article, Henri, et superbement illustré. Merci à vous. Ce dessinateur méritait et mériterait toujours de la reconnaissance. Bien des années après, je me souviens encore de mes lectures d’enfant dans J2 Jeunes ou Fripounet, du style dynamique et reconnaissable de François Bel. De son humour aussi, avec une tendresse particulière pour le brigand Kibriz Toulbazar et de son interjection favorite « mila korpetta » (de mémoire)… Je trouve sa fin poignante… Il n’avait en rien mérité sa disgrâce. P.G.

  2. Gilles dit :

    Son style « hergéen » était pas mal du tout ! J’aurais bien aimé lire ces histoires dans mes magazines Fleurus.
    Je n’ai connu de lui que « Mohican » et ses récits animaliers, qui ne m’attiraient pas vraiment, je dois dire…

    Mais c’est quand même une honte la façon dont il a été traité ! Surtout pour être remplacé par ces dessins « typiques années 70″ d’illustration plutôt que de BD, façon « art nouveau », aux cheminements emberlificotés, qui m’ont toujours agacés !
    https://idata.over-blog.com/4/54/41/90/bd-1/mois-je-sais-2-001.jpg

  3. PATYDOC dit :

    Quelle découverte ! Merci pour ce bel article – encore un bel auteur qui n’a pas eu la chance de sortir des albums ! A propos de tous ces auteurs que vous exhumez avec persévérance, Il semblerait que la presse catholique (ici) et la presse communiste (Vaillant) aient manqué de flair capitaliste et n’aient pas compris l’intérêt d’éditer des albums ?

    • Olivier Northern Son dit :

      Ces éditeurs ont bien sorti des albums mais ne savaient pas vraiment le faire. Pourtant, il y avait eu un joli précédent avec Bécassine. Pendant un temps, seuls les Belges ont eu l’air de savoir faire et vendre des albums. Peut-être parce qu’ils n’avaient pas peur de sortir de beaux livres (Hergé qui, en voyant le Lotus Bleu, dit que c’est presque trop beau pour des gosses…). Les Bécassine étaient aussi de beaux livres.
      La bonne presse et Vaillant puis Pif ont sorti des publications plus modestes, moins colorées, moins joliment reliées et ont aussi assuré un suivi moindre le leur catalogue.Il s’agissait sans doute de produire et vendre moins cher, mais les beaux albums faisaient rêver, eux…

  4. Merci pour cet article intéressant et fort bien documenté.
    Né en 1962, je n’ai guère connu la production de François Bel mis à part « Miss Justine » que j’ai appréciée entre 8 et 10 ans et les ultimes aventures de « Pat et Moune » : « Le Triton perd le Nord » une aventure assez marquante puisque près de 50 ans après, je m’en souviens toujours et les 2 épisodes à vocation écologiste.
    Je sais que les « Editions du Triomphe » l’avaient « sous le coude » depuis longtemps mais, finalement, rien n’est sorti contrairement aux œuvres de Bonnet, Brochard, Bussemey, d’Orange pour ne citer que quelques dessinateurs des éditions « Fleurus. »

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