Un « Rouletabille » signé Leo et Rodolphe !

Les éditions Une idée bizarre, dirigées par le passionné Patrick Buchoux, viennent de publier un album totalement inédit, datant de 1990 : l’une des premières collaborations entre Leo (le créateur des « Mondes d’Aldébaran ») et Rodolphe (le prolifique scénariste avec qui ce dessinateur créera ensuite les séries « Trent », « Kenya » ou « Centaurus »). Il s’agit d’une adaptation, en bande dessinée, de la première partie du « Mystère de la chambre jaune » : le célèbre roman de Gaston Leroux où enquête le journaliste Rouletabille.

C’est Rodolphe qui le raconte dans une copieuse et instructive postface agrémentée par plusieurs croquis de l’artiste d’origine brésilienne qu’est Leo (Luiz Eduardo de Oliveira de son vrai nom) : « Longtemps…, l’évocation de cet “album fantôme” fut un véritable crève-cœur et nous évitions même d’y faire référence. Ce qui explique qu’il soit resté inédit jusqu’à ce jour… ».

Leo, qui avait fui le Brésil à cause de la dictature militaire, et le scénariste amateur de vieux rocks et de whisky single malt se sont rencontrés à la toute fin des années 1980 : le premier n’ayant alors publié que de rares courts récits dans L’Écho des savanesPilote ou Okapi (du temps de la rédaction en chef de Jean-Claude Forest) et une biographie de Gandhi en BD sur un scénario de Benoît Marchon (dans Astrapi, puis en album chez Bayard), tandis que le second commençait déjà à avoir une solide réputation de narrateur prometteur grâce à quelques séries phares comme « Les Enquêtes du commissaire Raffini » illustrées par Jacques Ferrandez, « Cliff Burton » avec Frederik Garcia — puis Michel Durand — ou « Taï Dor » dessinée par Jean-Luc Serrano, lesquelles sortaient du lot de ces nombreuses autres publications intéressantes dans Métal hurlantPiloteCircus(À suivre)Charlie Mensuel (2e série), Vécu

En 1990, après une première collaboration consistant en une histoire de six pages sur Monsieur Joseph (le futur protagoniste d’« Il était une fois en France ») proposée un an plus tôt dans Vécu — et donc juste avant de créer la série « Trent » —, ils décident d’adapter en deux albums ce monument de la littérature policière qu’est le diptyque « Le Mystère de la chambre jaune » et « Le Parfum de la dame en noir » de Gaston Leroux.

Ceci à la suite d’un contact bien connu dans le monde du 9e art, lequel se révélera finalement peu élégant, et dont Rodolphe préfère aujourd’hui taire le nom dans son texte explicatif. 

Leo va réussir à dessiner le premier tome en seulement un an, mais l’interlocuteur est viré de la structure éditoriale qui ne souhaite plus poursuivre cette entreprise pourtant initiée avec passion : d’autant plus que les droits n’étaient pas libres, contrairement à ce qu’on avait assuré aux auteurs. La première partie de ce diptyque ne sera, alors, pas publiée, laissant une amertume et un certain dégoût bien compréhensibles à nos deux valeureux artistes qui regretteront longtemps de ne pas avoir pu, non plus, continuer la suite et la fin de cette énigme de chambre close à la rigueur géométrique. Heureusement, ils ne se sont pas laissé abattre et ont su rebondir avec le talent et le succès qu’on leur reconnaîtra très vite.

C’est donc un exceptionnel album réalisé à partir des planches originales — tiré à seulement 300 exemplaires numérotés (plus 60 hors commerce) et signés par les auteurs — qui nous est aujourd’hui proposé par les éditions Une idée bizarre : 56 pages en noir et blanc (au format 26,5 cm x 36,5 cm) imprimées sur papier couché semi-mat de 150 g, couverture cartonnée et dos carré toilé marqué à chaud ; pour en savoir plus, voir https://uneideebizarre.wixsite.com/accueil.

Gilles RATIER

« Le Charme du presbytère » par Leo et Rodolphe, d’après Gaston Leroux

Éditions Une idée bizarre (50 €) — EAN : 978-2-9539197-7-6

 

 

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