« Ne parlez pas de violences policières » : un hors-série nécessaire !

Les rédactions de La Revue dessinée et de Mediapart se sont unies pour réfléchir sur la répression et les violences policières que certains responsables politiques minimisent, voire dénient. La crise sanitaire a obligé un report de sortie pour ce hors-série, prévu pour mars 2020, qui paraîtra, finalement, le 30 septembre.

C’est le jeudi 7 mars 2019 que notre Président, Emmanuel Macron, dans une réunion au Grand Débat national à Gréoux-les-Bains, déclara au sujet des blessures subies par les participants au mouvement des Gilets jaunes : « Ne parlez pas de “répression” ou de “violences policières”, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. ». Un peu plus d’un an après, les 160 pages de ce numéro spécial, composées de cinq enquêtes dessinées, cinq entretiens et de témoignages de policiers reviennent sur ces événements, un contenu riche qui nous incite à une réflexion globale sur l’idée de maintien de l’ordre.

Le premier reportage « Accuser le coup » (récit de Claire Rainfroy, dessins de Benjamin Adam) débute avec l’histoire de Geneviève Legay. Cette femme de 73 ans est violemment bousculée lors d’une charge de policière le 23 mars 2019 lors de l’acte XIX des Gilets jaunes à Nice. L’enquête préliminaire est menée par la compagne du commissaire dirigeant la charge. Geneviève Legay est alors incitée à dire avoir été poussée par un journaliste, etc. Le rappel des décès de Zineb Redouane, Zyed Benna et Traoré, Théo L., Adama Traoré et les procès en découlant montrent un désir de justice et de vérité envers les exactions policières.

Benjamin Adam

Les deux investigations suivantes sont des versions actualisées de sujets déjà traités par La Revue dessinée et son petit frère le magazine Topo. La première « Colère noire », (récit de Géraldine Ruiz, dessins de Vincent Bergier) est parue en mars 2019 dans Topo n° 19. À travers les morts de Trayvon Martin, Éric Garner, Micahel Brown, Tamir Rice, Freddie Gray, George Floyd, ce récit retrace l’histoire du mouvement Black Lives Matter.

Vincent Bergier

C’est déjà en septembre 2016 que La Revue dessinée n° 23 s’interrogeait sur la naissance et l’utilisation des flash-balls. Une nouvelle version de ce reportage « Corriger le tir », (récit de Louise Fessard et Camille Poloni, dessins d’Aurore Petit) prolonge la réflexion sur le matériel utilisé lors des opérations de maintien de l’ordre et les consignes demandées aux policiers par leur appareil hiérarchique.

Vincent Bergier

« La Vie volée de Maria » (récit de Pascale Pascariello, dessins de Thierry Chavant) suit une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Alors qu’elle s’éloigne avec son compagnon d’une zone contrôlée par des policiers, Maria est touchée par un tir de flash-ball, puis brutalisée une fois au sol. Malgré une demande d’enquête auprès de l’IGPN, les différents obstacles rencontrés par Mari et son avocat questionnent sur le fonctionnement et le désir de vérité de cette institution.

Thierry Chavant

« Le Flic du futur » est le dernier reportage de ce hors-série. Il apporte une touche d’humour à l’ensemble grâce au travail de Marion Montaigne. L’autrice s’est rendue au Milipol Paris 2019, LE salon international de la sécurité intérieure des États dans lequel tout un monde d’entreprises innovantes pense la sécurité de demain : développement d’armes non létales, surveillance hyperconnectée, un nombre incroyable de solutions sécuritaires pour les États… et d’inspirations pour les auteurs dystopiques.

Marion Montaigne

Cette édition spéciale de La Revue dessinée et Mediapart propose aussi des entretiens avec Assa Traoré (fondatrice du comité Vérité et justice pour Adama et militante contre les violences policières), Fabien Jobard (directeur de recherche au CNRS, affecté au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénaux), Vanessa Codaccioni (maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris 8, travaillant sur la justice pénale, les législations d’exception et la répression), David Dufresne (essayiste, romancier, réalisateur, il est à l’origine du projet numérique Allo place Beauvau) et de Michel Forst (rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme). (1)

Visuel intégral de la couverture par Ivan Brun

Mais la partie la plus inédite, la moins entendue de « Ne parlez pas de violences policières » reste le témoignage de six membres des forces de l’ordre qui tous grades confondus, témoignent de manière critique sur leurs institutions et s’interrogent sur leur travail.

Ce numéro spécial de La Revue dessinée et Mediapart nous donne des éléments pour réfléchir sur la légitimité de la violence d’état, le racisme policier, la surveillance et la régulation des institutions, les politiques de maintien de l’ordre, de l’équilibre entre protection et liberté. Des enjeux de plus en plus d’actualité.

Brigh BARBER

(1) Mis à part Assa Traoré, tous ces intervenants et d’autres se retrouvent à l’affiche du documentaire de David Dufresne « Un pays qui se tient sage » qui, lui aussi, sort le mercredi 30 septembre.

« Ne parlez pas de violences policières »
Coédition La Revue dessinée/Mediapart (15 €) — ISBN : 9 791 092 530 957

Galerie

2 réponses à « Ne parlez pas de violences policières » : un hors-série nécessaire !

  1. PATYDOC dit :

    En effet, les éditeurs français ont déserté le terrain des libertés publiques (et de la connaissance de nos droits face aux violences policières) ; et rien n’est sorti depuis les lois d’exception votées ces dernières années, que ce soit sous forme de fascicules grand public (comme l’opuscule « vos papiers » qui date de … 2002) ou même sous forme de manuel pour étudiants ! Ca vous étonne? moi pas … Bravo à la Revue Dessinée !

  2. Brigh Barber dit :

    Bravo à la Revue Dessinée ! … et à Mediapart :-)