S’il n’y a plus d’après à Saint-Germain-des-Prés, reste-t-il de l’espoir à Montmartre ?

À Paris, Montmartre est le quartier des artistes, mais c’est aussi ici que, lors de la Semaine sanglante en mai 1871, à la fin de la Commune, le sang a coulé à flots dans les rues de la butte. Certains affirment qu’il a gagné des chapelles souterraines et que depuis des esprits maléfiques hantent le Nord de la capitale. L’un d’eux s’infiltre dans le souvenir de certaines personnes pour ne laisser que de la désolation. La jeune Rachel doit l’affronter pour sortir sa mère des affres de la dépression.

Montmartre sous la menace du Mangeur d'espoir

Rachel a connu une existence banale jusqu’à ses 15 ans. À cette date, sa vie s’est soudainement assombrie. Son père est tombé gravement malade, cancer foudroyant, et, malgré tout l’amour de sa famille, il s’est éteint à l’hôpital. Sa mère ne s’est pas remise de sa disparition. Elle est tombée dans une grave dépression et ne quitte plus son lit. Rachel continue de vivre et fait bonne figure auprès de ses camarades de lycée. Elle ne partage cependant pas leur insouciance, ce que ne manque pas de remarquer son ami Sohan.

Le Mangeur d'espoir page 14

Elle se sent épiée par un inconnu étrange qui la suit de son domicile à son lycée du Nord parisien. L’homme finit par se présenter à elle. Adrian Stern assure que sa mère est sous l’emprise de mangeur d’espoir : « Une entité maléfique qui profite de la tristesse des gens pour s’infiltrer dans leur esprit. Il se nourrit de la joie présente dans leurs plus beaux souvenirs et ne laisse derrière lui que ténèbres et désolation. »

Rachel, évidemment, ne le croit pas et lui ferme la porte au nez. Stern lui glisse quand même sa carte avec son numéro de téléphone.

Le Mangeur d'espoir page 16

Le lendemain, alors que le chat noir qui accompagne toujours Adrian Stern se frotte contre ses jambes, Rachel confie cette rencontre à Sohan. Celui-ci, loin de s’offusquer de cette démarche pour le moins inhabituelle, avoue à son amie qu’il connait cet homme et que son travail est très sérieux, efficace, mais dangereux.

Une réunion s’organise entre les adolescents et l’homme d’âge mûr. Le docteur Stern expose alors sa méthode pour sauver la mère de Rachel. La jeune fille doit pénétrer dans sa mémoire, y traquer le monstre qui détruit ses plus beaux souvenirs pour anéantir ses espoirs d’une vie meilleure.

L’affrontement est périlleux – Rachel y risque sa vie -, mais nécessaire pour sortir la jeune veuve de son état catatonique et mette fin ainsi aux agissements délétères du mangeur d’espoir.

Le Mangeur d'espoir observe Rachel et sa mère

Karim Friha est un auteur jeunesse à part. Depuis 10 ans, il développe un univers bien particulier dans quelques rares albums aux éditions Galimard. Après les trois volumes de « La Flamme et l’orage » puis la trilogie « Le Réveil du Zelphire », il nous offre ce one-shot fantastique original et puissant. Il ose y aborder frontalement des thèmes forts et difficiles comme le deuil, la maladie et la dépression.

Adrian Stern essaye de prévenir Rachel

L’aspect fantastique n’est pas anecdotique, il y est même prégnant et angoissant. Le mangeur d’espoir fait peur par ses actions et son aspect. Quelle belle idée que ce personnage qui transforme les plus beaux souvenirs en cauchemars récurrents. Expressif, d’une douceur parfois inquiétante, le dessin du Mansonnien séduit tant par sa précision dans les décors parisiens que pour sa sombre poésie dans les séquences surnaturelles.

Le mangeur d'espoir s'attaque aux souvenirs...

Belle œuvre pour la jeunesse qui prend au sérieux ses lecteurs et son sujet « Le Mangeur d’espoir » inaugure un nouveau cycle intrigant aux éditions Gallimard  intitulé « Montmartre après minuit ». Nous serons, sur BDZoom.com, au rendez-vous !

Le plan d'Adrian Stern

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Le Mangeur d’espoir » par Karim Friha

Éditions Gallimard (18,50 €) – EAN : 978-2-07-512151-4

Rachel part en mission...

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