« Bootblack » : le rêve américain…

Après le succès, oh combien mérité, du diptyque « Giant », Mikaël met ici un point final au second cycle de son œuvre puissante « Bootblak ». Altenberg Ferguson poursuit son rêve américain : celui vécu par tous les fils d’immigrants après le passage par la case Elis Island. Un rêve pour beaucoup inaccessible…

Altenberg Ferguson est le fils de John et Elsa Ferguson nés sous les noms de Gustav Gross et Elsa Silverstein. Après la fin de la Première Guerre mondiale, ils ont quitté leur village d’Altenberg en Allemagne pour traverser l’océan et fuir les nazis qui traquent les juifs. Orphelin à dix ans, après l’incendie qui a coûté la vie à ses parents, l’ambitieux Al prend le nom — plus conforme à son tempérament de conquête — de Al Chrysler pour oublier son passé. Avec son copain, le débrouillard Shiny, il devient Bootlack : cireur de chaussures. Sa route croise celle de la belle Maggie qui rêve de devenir actrice, mais aussi celle de gamins des rues de Manhattan dont les trafics douteux le conduisent pour dix ans en prison. Lorsqu’il est libéré, en 1945, il est persuadé qu’il est le seul survivant de la bande : et Maggie n’est plus qu’un vague souvenir. Poursuivis par la pègre qui le soupçonne d’avoir caché un butin, Al n’a pour seule solution que de s’engager dans l’armée et partir pour l’Allemagne où la guerre se termine dans un bain de sang.Tout au long de cet album, les séquences alternent entre l’Allemagne à l’agonie où règne mort et désolation et Manhattan dont Al évoque tout au long de flash-back son passé compliqué : jusqu’à ce le jeune homme soit rejoint par celui-ci, en la personne d’un personnage qu’il croyait mort depuis longtemps.Comme dans les trois premiers ouvrages, Mikaël propose une histoire aux multiples coups de théâtre dont les pièces s’emboîtent avec une habileté diabolique. Jouant habilement avec les gris pour les séquences allemandes et les sépias ocre pour les actions situées dans le passé, il permet au lecteur de passer sans difficulté d’une époque à l’autre. Ses images aux architectures audacieuses (la caméra plongeant sans cesse au cœur de l’action), il ne laisse pas le moindre répit. Ce sont des pages impressionnantes, nourries par une solide documentation, qui lui permettent de restituer avec justesse l’Amérique des quartiers populaires de l’époque et, en arrière-plan, celle des modernes gratte-ciel. Les nostalgiques de l’Amérique des années 1930 vont se régaler.Cette plongée dans New York n’est pas terminée, puisque l’auteur travaille déjà sur un troisième cycle qui devrait avoir Harlem pour cadre.Né le 9 avril 1974, Mikaël (on ignore tout de son identité) est un franco-canadien qui vit aujourd’hui au Québec. Autodidacte, ce qui explique peut-être l’originalité de son trait qui n’appartient à aucune école, il aborde la bande dessinée au début du millénaire, après avoir travaillé dans l’illustration. Entre 2001 et 2009, il publie six bandes dessinées destinées aux enfants chez P’tit Louis (« Junior l’aventurier »), puis signe trois albums chez Clair de Lune de 2007 à 2012 (auxquels il faut rajouter le scénario du diptyque « Rapa Nui » dessiné par Fabrizio Russo) et un autre chez PLB (en 2010), avant de publier aux éditions Glénat la trilogie « Promise » d’après une histoire de Thierry Lamy, entre 2013 et 2015 ; sans oublier une participation au scénario es deux tomes de « White Crows » de Djief chez Soleil, en 2011 et 2012. Il propose « Giant » à partir de 2017 aux éditions Dargaud, récompensé par le prix BD RTL en 2018.

La première édition de ce second tome de « Bootblack » offre un cahier graphique de huit pages qui vaut le détour.

 Henri FILIPPINI

« Bootblack » T2 par Mikaël

Éditions Dargaud (14,50 €) — EAN : 978 2 5050 8257 6

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