« Deux passantes dans la nuit » : Patrice Leconte, 50 ans après…

Il y a 50 ans, dans le n° 540 de Pilote (le journal qui s’amusait à réfléchir daté du 12 mars 1970), un jeune dessinateur proposait une première histoire en deux pages : « La Vie de Henri Louis ». Au bout de quatre ans, jusqu’au n° 750 (21/03/1974), Patrice Leconte devient un auteur incontournable des fameuses « Pages d’actualité » de l’hebdomadaire. Après une longue et glorieuse escapade, et quelle escapade que sauter du 9e au 7e art, le voici de retour dans la BD comme scénariste, avec pour compère l’excellent Alexandre Coutelis !

Paris, hiver 1943. Arlette est heureuse : enfin libérée, après avoir purgé trois ans de prison pour un délit dont elle était innocente.

Arrêtée le soir du dernier bal du 14 juillet dans une capitale encore libre, elle se retrouve à la nuit tombante par un froid glacial en tenue d’été dans Paris occupé.

Son amoureux Félix, introuvable, elle erre dans la ville jusqu’à ce qu’elle échoue dans un cabaret où elle croise la route de l’étrange Anna : la magicienne juive.

Isolée pendant trois ans, Arlette ignore que l’occupant traque les juifs et que la Ville lumière est, désormais, sans lumières.

Les deux jeunes femmes errent dans les rues désertes, découvrent des lieux clandestins où la vie nocturne continue, et finissent par échouer dans un hôtel particulier occupé par les Allemands en goguette, avec lesquels Félix entretient des rapports suspects. Entre Arlette frivole et insouciante et Anna craintive et méfiante, des liens inexplicables se créent au fil des heures et des rencontres… Le premier volume de 72 pages de ce diptyque se concentre sur la blonde Arlette, craquante et pleine de vie, superbement croquée par Alexandre Coutelis en grande forme.

Le scénario, imaginé par Patrice Leconte avec le concours de Jérôme Tonnerre, se lit comme une comédie tout en légèreté, malgré des situations dramatiques qui, parfois, ne prêtent pas à rire.

Alors qu’ils étaient jeunes dessinateurs, Patrice Leconte et Alexandre Coutelis se sont rencontrés au printemps 1970, lors des séances hebdomadaires présidées par René Goscinny pour la mise au point des « Pages d’actualité » de Pilote. Ils se retrouvent pour le meilleur, 50 ans plus tard, à l’occasion de ce diptyque parfaitement maîtrisé.

Né en 1949, Alexandre Coutelis est un dessinateur aussi à l’aise dans l’humour que dans le réalisme. On lui doit une reprise de « Tanguy et Laverdure », « Dampierre et Morisson » dans Charlie mensuel, « Welcome Land » dans Fluide glacial, « A.D. Grand-Rivière », « Le Grec »… sans oublier de remarquables ouvrages sur le Tour de France. Pour dessiner cet album, il adopte un trait tout en légèreté, entre humour et réalisme, propose des personnages aux trognes somptueuses… et que ses deux héroïnes sont craquantes.

À noter que le réalisateur des « Bronzés » reprend la plume, mais aussi le crayon, le temps d’illustrer un roman pour la jeunesse dont il est l’auteur : « Faites la tête ».

Tête de nœud, Tête de mules, Tête de linotte… sont les protagonistes de huit histoires peu banales.

Un roman de 128 pages publié chez Flammarion jeunesse, dont la parution est annoncée pour le 16 septembre.

 Henri FILIPPINI

 « Deux passantes dans la nuit T1 : Arlette » par Alexandre Coutelis, Jérôme Tonnerre et Patrice Leconte

Éditions Grand Angle (16,90 €) — EAN : 978 2 8189 6706 4

 « Faites la tête » par Patrice Leconte

Éditions Flammarion (12 €) — EAN : 978 2 0815 1181 1

Galerie

Une réponse à « Deux passantes dans la nuit » : Patrice Leconte, 50 ans après…

  1. Patrick BOUSTER dit :

    Je découvre par cet article, et ai feuilleté l’album : achat direct.
    Leconte parait plus à l’aise au scénario qu’au dessin, car dans Pilote, où il était débutant, le trait était raide et amateur et s’effaçait derrière le texte. Il a trouvé une voie beaucoup adaptée avec le cinéma.
    Pour cet album, il n’aurait pas pu trouver mieux que Coutelis, excellent artisan à redécouvrir.
    Son trait instinctif et souple , qui détonne dans notre période raide, apporte ses bienfaits. Et quelles couleurs, bon sang !
    Les dessinateurs sont comme les autres artistes : ils ressentent leur époque et reflètent depuis déjà quelque temps, son absence de souplesse et une certaine froideur. On verra commet cela évoluera.