« Spirou chez les Soviets » : clins d’œil et références…

Pendant que certains entraînent Spirou et Fantasio dans des aventures quelques fois improbables, les camarades Fred Neidhardt et Fabrice Tarrin ont réussi à conserver au célèbre duo toute sa fraîcheur d’antan. Résultat, un album réjouissant qui se lit comme un bon vieux « Spirou » des années 1950/1960 : une réussite comme on aimerait en savourer plus souvent.

Une nuit, des hommes aux silhouettes inquiétantes foulent le parc du château de Champignac sous la neige. Dans leur chambre, Spirou et Fantasio dorment après une soirée bien arrosée à la liqueur de framboise. Au matin, ils constatent que le comte a été enlevé et que Spip, en hypothermie, est en mauvais état. Ayant retrouvé les notes du comte, ils apprennent que l’écureuil a été irradié par le GPS (Global Proyekt Sovietsky).

Ce rayon, mis au point par les Soviétiques, annihile la volonté et donne un seul objectif à la victime : rejoindre son point d’émission. Suivre Spip devrait donc permettre aux deux héros de retrouver leur vieil ami Champignac.

Après avoir obtenu de haute lutte un budget auprès de monsieur Dupuis, ils gagnent la Russie en pleine guerre froide : leur couverture, réaliser un reportage pour le journal communiste Vaillant.

Dans un laboratoire secret, le comte harcelé par le KGB refuse de travailler sur le gène du communisme que recèle un champignon : l’Astalyne Morxoïde.

Grâce à des missiles bourrés de la molécule du comte, les Soviétiques espèrent convertir la planète entière au communisme…

Voilà une histoire digne de la grande époque des aventures de Spirou et Fantasio, époque où l’excellent Greg concoctait des scénarios sur mesure qui permettait de faire exploser le génie graphique d’André Franquin : une aventure palpitante, drôle, riche en clins d’œil, dont l’unique ambition est de divertir le lecteur, et que certains pourront prendre aussi au second degré.

Cela n’est pas donné au premier venu !

Le camarade Fred Neidhardt (né en 1966 à Rabat) n’en est pas à sa première histoire d’amour avec Spirou, puisqu’il est le créateur de la parodie « Spouri et Fantaziz » et le scénariste d’histoires courtes avec les deux héros pour Tarrin.

Le camarade Fabrice Tarrin (né en 1971 à Neuilly-sur-Seine) publie son premier album chez Soleil en 1997 : « Les Aventures de monsieur Tue-Tout », écrit par un certain Neidhardt.

Il croise la route de « Spirou et Fantasio » en 2007 avec la mise en images du « Tombeau des Champignac » un album déjà un peu nostalgique de la collection Une Aventure de Spirou et Fantasio…, écrit par Yann, et aux couleurs réalisées par Neidhardt et son épouse Yuko.Dans un édifiant making of publié en prélude à ce récit dans le journal de Spirou (n° 4249 du 18/09/2019), Tarrin redonne vie à son avatar Maki qui raconte la longue gestation de l’album, dont le projet remonte à 2014.

Il raille ceux qui font endosser les pires tourments au Spirou de son enfance, ce qu’il refuse : voir aussi « Théodore Poussin » et Spirou : l’actu du côté de chez Dupuis ! et Une sélection des plus belles couvertures de la rentrée 2020….

Si vous souhaitez retrouver ce Spirou-là, il vous faudra attendre la parution du prochain titre de la collection : car « Spirou chez les Soviets » ne paraîtra, finalement, que le 4 septembre.

Fred Neidhardt et Fabrice Tarrin ne mangent pas de ce pain-là. Ils n’ont pas besoin de pagination XXL : 52 sont suffisantes pour proposer une histoire rafraîchissante, riche en situations cocasses, digne de la grande époque de la série alors animée par leur maître André Franquin.

Voilà qui est réconfortant.

 Henri FILIPPINI

 « Une histoire de Spirou et Fantasio… : Spirou chez les Soviets » par Fabrice Tarrin et Fred Neidhardt

Éditions Dupuis (12,50 €) — EAN : 9 782 8001 6955 2

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5 réponses à « Spirou chez les Soviets » : clins d’œil et références…

  1. C’est qui Bob ? Emile Bravo ?

  2. Fab dit :

    Pour moi, Fabrice Tarrin est le dessinateur de Spirou le plus enthousiasmant depuis Franq… euh longtemps. Avec lui Spirou, le vrai Spirou, reprend vie.

    • pierre dit :

      Votre conclusion est étrange… Il n’y a pas de « vrai » Spirou. Il y a celui de Rob-Vel, celui de Jijé, celui de Franquin (que vous appelez le « vrai ») et celui de tous les dessinateurs qui l’ont repris ensuite. A quelques exceptions près, tous m’ont convaincu, dans des registres différents (j’aime le Spirou de Franquin, mais j’aime aussi celui de Bravo)

      • Fab dit :

        Je comprends ce que vous voulez dire. Peut-être me suis-je mal exprimé. Rob Vel et Jigé n’ont réalisé qu’une esquisse de personnage. C’est Franquin qui a créé l’univers, la personnalité de Spirou. Ses successeurs se sont greffés à ce tronc, avec talent je ne le nie pas, mais sans parvenir, à mon humble avis, à restituer l’essentiel du modèle ( car le monde de Franquin est un modèle, une référence, qu’on le veuille ou non). Tarrin, me semble-t-il, a réussi ça, tout en apportant sa touche personnelle.
        Après, on peut dire que je me suis emballé et que la seule lecture de ces quelques pages n’aurait pas dû susciter un jugement aussi définitif. Mais, que voulez-vous, ces pages ont réveillé en moi de tels souvenirs que je n’ai pas pu me retenir.

        • BARRE dit :

          Entièrement d’accord avec Fab. Le Spirou de Franquin est un Everest, tous les autres sont de sympathiques collines. Il nous faut admettre que certains auteurs placent la barre si haute qu’après leur passage on ramasse des miettes…