Jusqu’au bout du monde pour Alexandra…

« Une vie avec Alexandra David-Neel » pour Fred Campoy et Mathieu Blanchot ? C’est pour le moins un bout de leur vie que les auteurs de cette série magnifique viennent de consacrer à la célèbre exploratrice depuis 2016 : parution du premier tome. Le titre n’évoque d’ailleurs pas directement la centenaire voyageuse, mais celle qui a vécu avec elle, chez elle, pour elle : sa servante, sa confidente, sa secrétaire, son souffre-douleur aussi, Marie-Madeleine Peyronnet…

Comme nous le disions ici-même, à propos du premier tome : la série est autant le portrait de l’aventurière que celui de la dame de compagnie, Marie-Madeleine Peyronnet qui l’accompagne et la supporte avec un attachement étonnant, séduite par la culture que cette « patronne » hors-normes lui apporte et par l’ouverture d’esprit qu’elle lui insuffle. Marie-Madeleine comprend qu’elle partage la vie d’un être d’exception et accepte les aspects difficiles qu’une telle personnalité engendre.

En s’appuyant sur les mémoires de Marie-Madeleine, les auteurs n’ont pas voulu réaliser une biographie, mais bien deux : celles de deux femmes dont les destins se sont croisés. D’un côté, l’une qu’on admire de l’extérieur, tellement Alexandra David-Neel constitue en soi un monde à part, exceptionnel par ses ambitions et ses interrogations mystiques ; de l’autre, cette jeune femme qu’on appréhende de l’intérieur, car Marie-Madeleine est finalement proche de nous : humaine, fragile, attachante.

Cette double écriture se concrétise par deux façons de mettre en images : les pages en noir et blanc pour la chronique de Marie-Madeleine et les pages couleurs pour les aventures d’Alexandra. Ce dernier tome est totalement consacré  aux difficultés que rencontre Marie-Madeleine pour respecter les dernières volontés de la défunte : disperser dans le Gange ses cendres ainsi que celle de son fils adoptif, le lama Youngden et rapporter au Sikkim une petite statuette de Bouddha. Déjà, dans le tome 3, nous découvrions Sri Lanka et l’Inde qu’avait connus Alexandra, notamment Bénarès et les célèbres quais où se font les crémations.

Ce dernier volume nous invite donc au Sikkim et au Tibet, en 1976, dans le sillage de Marie-Madeleine et de cette statuette au parcours surprenant, entre pensées bouddhistes et déconvenues administratives. Le voyage est constant, entre les époques, entre les pays, entre les individus, entre réalité et mirages métaphysiques. Traitée avec intelligence, cette biographie se double d’une réalisation graphique d’une grande beauté. On est tenté devant certains dessins de s’asseoir comme le faisait Alexandra pour observer et profiter de la plénitude de certains paysages, de la précision des décors, des couleurs lumineuses et savoureuses.

Les dernières pages de cet ultime volet sont consacrées à Tortue, autrement dit Marie-Madeleine car, grâce à Campoy et Blanchot, la biographe est devenue héroïne à part entière.

À noter que les différents épisodes donnent lieu à deux coffrets les regroupant (couvertures inédites ci-contre).

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Une Vie avec Alexandra David-Néel » T4 par Fred Campoy et Mathieu Blanchot

Éditions Grand Angle (18,90 €) – EAN : 9782818968363

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