Intrépides au Brésil ?

Après-guerre, beaucoup sont partis tenter leur chance ailleurs qu’en Europe. Mario, un jeune boulanger, quitte, par exemple, l’Italie fasciste pour s’installer au Brésil où il lui faut se faire une place, un métier, des amis… et malheureusement, des ennemis. On a beau être audacieux et « intrépides », comme le prétend le titre de l’album d’Anthony Mazza et Andrea Campanella, l’avenir ne vous sourit pas automatiquement…

C’est à Sao Paulo que se sont installés Mario et sa mère. En 1950, le jeune homme se lie d’abord avec des jeunes du quartier avec lesquels il joue au foot. Normal, Mario vient de Turin où il supportait son club. Or, dans deux mois, c’est la Coupe du monde, la première de l’après-guerre et ça le fait rêver.

Son compagnon de jeu et de rue s‘appelle Luiz. C’est un passionné de foot également, mais aussi de cinéma. Il a une grande sœur, Vera,  qui va bientôt taper dans l’œil de Mario. La vie n’est pas rose pour autant. D’une part, parce que le papa cheminot de Luiz et Vera est renversé et tué lors d’un terrible accident de chemin de fer et, d’autre part, parce que des hommes de main à la solde d’individus racistes vont tout faire pour intimider Mario et le faire retourner chez lui.

D’un côté, des gens honnêtes et travailleurs, qui cherchent à s’insérer et à être heureux, vaille que vaille ; de l’autre, des escadrons de la mort, organisés et payés pour lutter aussi bien contre les immigrés que contre les syndicats dénonçant les injustices sociales. Et qu’un policier un peu plus honnête que d’autres, dans cet univers corrompu, veuille faire la lumière n’est pas de leur goût non plus.

Dans un graphisme très épuré, joliment mis en valeur par des couleurs plutôt sépia, cette histoire de relations familiales, amicales, amoureuses dans un monde où la violence veut régler ses comptes et imposer ses principes, est particulièrement, touchante, et même, pour tout dire, bienfaisante. Les auteurs racontent sans effets de manches la vie simple des gens simples en bute aux tracas politico-mafieux, des gens respectables qui luttent, qui résistent, sans peur (« Senza Paura » était précisément le titre italien de l’album) dans un monde qui fait tout pour inspirer la crainte. A noter que si le scénariste est italien, l’illustrateur est brésilien et que c’est son premier roman graphique.

Avec ce titre, les éditions Ici même, installées à Nantes, continuent de nous étonner par les très bons titres qu’elles nous font découvrir. On a déjà évoqué « ici-même » plusieurs de celles-ci, notamment « Éda » et « La Partition de Flintham » de Barbara Baldi ou « Au pays des vrais hommes » et « Ariston Hotel » de Sara Colaone.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« Les Intrépides » par Anthony Mazza et Andrea Campanella

Éditions Ici même (22 €) – EAN : 9782369120636

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