Reportages à vif ?

La vie professionnelle des reporters, et notamment des reporters de guerre, est toujours intrigante, tant ils prennent des risques pour apporter sinon la vérité, en tout cas, des éclairages sur ce qui se passe tout près de chez soi ou à l’autre bout du monde. Stanley Greene, auquel est consacré cet album, a fait partie de ces individus passionnés, passionnants, qui plus est, excellent photographe…

Jean-David Morvan s’est manifestement pris d’admiration pour ce reporter hors-normes de l’après-guerre froide qui a remporté cinq prix World Press Photo. L’admiration nait probablement de ce que cet homme n’a jamais voulu devenir un pro du journalisme, ni un héros en zone de combats. Sa vie d’avant est bien loin de tout cela. Mais la force de Stanley Greene, c’est de s’être toujours dit qu’il fallait quelquefois se laisser porter par le hasard (ce que d’autres appellent le destin).

Ainsi en est-il lorsqu’un ami journalise l’invite à l’accompagner, en 1989, à Berlin où « ça bouge ». Ni une, ni deux, il part avec son ami et ce sera l’occasion de photos et de rencontres exceptionnelles. Lui qui s’est laissé porter par la musique, les filles, la drogue, les amis, lui, le « morveux de Brooklyn », le noctambule, le « flatteur de top models », le voilà tout à coup de plain-pied dans l’Histoire. Au pied du mur, en quelque sorte !

Son parcours professionnel, que nous découvrons, est jusque-là chaotique, peu exemplaire, pourtant son individualisme, son goût de la liberté, son désir de faire les choses à sa manière, vont nourrir ce qu’il deviendra inévitablement. À Berlin, dont « l’épisode » est longuement évoqué ici, comme ailleurs, en Mauritanie, au Rwanda, dans le Caucase ou en Afghanistan. Partout, les gens, les victimes, l’attirent et si pour les voir et les photographier il faut prendre des risques, il les prend.

D’autant qu’à terme, se sachant malade, il affronte la mort avec une conscience toute personnelle. De fait, ses relations avec les femmes seront tout aussi personnelles. Rien ni personne ne le fixe ! Seules comptent dorénavant les images, les images qui témoignent, celles qui font réagir. Entrecoupant le « récit BD » de nombreuses photographies, on pense inévitablement au « Photographe » de Guibert et Lefèvre où l’image et la photo se valorisaient, s’enrichissaient mutuellement. Mais pourquoi se priver définitivement d’une telle combinaison ? Elles font aussi la force de cette biographie, forcément fragmentaire, volontairement lacunaire, mais révélatrice d’un personnage haut en couleurs (même si, à l’évidence, il préférait le noir et blanc !) que complète un dossier en fin d’album  nourri de nombreuses photos, où le photographe expose, s’expose, à travers quelques commentaires.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

[L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook.

« Stanley Greene, Une Vie à vif » par Tristan Fillaire et Jean-David Morvan

Éditions Delcourt (18,95 €) – EAN : 9782413017387

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