Mort à Venise…

Malgré les aqua alta et le temps maudit du virus, actualité terrifiante qui rend la Sérénissime plus lointaine, plus inaccessible, Venise fait encore rêver. Heureusement ! C’est donc l’occasion de se plonger dans ce « Nocturne vénitien » concocté par l’auteur italien Luca Russo. Mais, loin d’une évocation galante ou féérique, l’auteur propose une plongée entre passion amoureuse et cauchemar musicale et théâtrale, dont il assure scénario et dessin : « peintures » devrait-on dire…

Alberto est un pianiste virtuose qui revient à Venise pour un concert. C’est une ville qui se marie bien avec le piano, mais plus encore avec l’amour d’une femme, Giulia. Ils se sont mariés et installés à Venise, mais la maladie l’a emportée.

Alberto se souvient de leur rencontre : c’était un bel été, sur une plage insulaire, quelque part. Mais la jeune femme portait en elle une maladie qui l’a rattrapée, faite de démons intérieurs et de tentations destructrices, qui vont la miner, l’éliminer.

C’est cette histoire que raconte Alberto. Alors qu’en sa compagnie, il construit une œuvre, réfléchissant à l’inspiration en ces lieux fait de masques et de carnavals, alors que le succès couronne ses créations, il assiste sans pouvoir agir à la dérive, à la déroute de son épouse.

La vie des jours heureux se lézarde. La complainte alors est là, faite de paysages nocturnes où la souffrance s’insinue, s’impose, faite de cauchemars qui imprègnent tous les instants.

Dès lors, tout part à vau l’eau. D’étranges décors émergent alors qu’il tente de composer, s’agrippant à son piano comme à une bouée. La folie le guette. Le voilà tantôt dans une forêt brouillée par les brumes, tantôt sur une plage étrangement composite.  Des visions surréalistes, des compositions à la Dali, l’assaillent et témoignent de son drame. La mort de la femme aimée, là, à Venise, sur des canaux crépusculaires, dans cette ville qui régulièrement se noie, où les corbeaux planent au-dessus une ombre féminine gigantesque et masquée…

Au-delà du récit intimiste et ténébreux, où le tragique de la situation tient à une scène, une seule, l’album est aussi un livre d’images, qu’on reprend, qu’on refeuillette, comme on visite une exposition pour savourer tel ou tel tableau, comme le protagoniste qui lui aussi aimait avec Giulia visiter les musées.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

[L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook.

« Nocturne vénitien » par Luca Russo

Éditions Mosquito (18 €) – ISBN : 978-2-3528-3536-3

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Une réponse à Mort à Venise…

  1. BARRE dit :

    Cet album semble baigné dans une atmosphère féerique… Quoi de plus normal si l’action se passe à Venise, lieu d’une permanente féérie… Les éditions Mosquito donnent à la bande dessinée de magnifiques livres empreints d’une riche poésie (Toppi, Pellejero, Prado)