Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...Pour la première fois, Bastien Vivès a travaillé sur un polar, et avec un scénariste…
Ouvrant un peu plus son terrain de jeu narratif avec le journaliste Martin Quenehen (également romancier, documentariste et producteur sur France culture), l’auteur de « Polina » ou du « Goût du chlore » (1), marqué par les attentats contre Charlie Hebdo, s’attaque, avec sa maestria habituelle, à un récit policier contemporain, entre mystère et drame psychologique, qui prend appui sur la réalité d’aujourd’hui.
Déjà, dans « Le Chemisier » (publié aussi chez Casteman en 2018), Bastien Vivès avait commencé à dialoguer avec le monde qui l’entoure, évoquant la menace terroriste dans une France devenue paranoïaque. Ce nouveau long récit (quasiment 250 pages !) se situe dans un petit village de la région d’Échirolles, dans l’Isère, et on y suit la trajectoire d’un jeune gendarme ambitieux qui vient de perdre son père.
Le destin de cet homme prometteur, baraqué et sportif, va être contrarié par la rencontre d’un peintre venu s’installer à la campagne se ressourcer, avec sa fille de 15 ans, après la mort de sa femme dans un attentat. Toujours animé par un désir de vengeance, ce père s’enfonce dans la dépression, tandis que l’adolescente s’émancipe, troublée par la combinaison excitante de ses nouveaux facteurs hormonaux.
Intègre et consciencieux, mais aussi avide d’action et de justice, le futur officier rêve, quant à lui, de pouvoir stopper un acte terroriste. C’est alors l’occasion, pour les auteurs, de se demander ce qui peut bien se passer, aujourd’hui, dans la tête d’un gendarme de 25 ans qui a grandi avec le terrorisme et d’explorer toutes les ambiguïtés et zones d’ombre.
Se concentrant un peu plus sur le dessin (peut-être moins minimaliste, car enrichi de plus de décors qu’à l’accoutumée) et sur la mise en scène, grâce à l’apport scénaristique de Martin Quenehen, le dessinateur accumule les pages expressives dans son beau style jeté et si reconnaissable, excellant, notamment, dans les subtils jeux de regards.
Au bout du compte, ce thriller complexe, où les protagonistes, évoluant tout le temps sur le fil du rasoir, font à la fois preuve de grandeur et de faiblesses dans un climat délétère, est une jolie réussite.
Gilles RATIER
(1) Sur Bastien Vivès, voir aussi, parmi nos récents articles : Petit Paul… est bien ennuyé…, « Le Chemisier » par Bastien Vivès, « Une sœur » par Bastien Vivès, « La Grande Odalisque T1 et T2 (“Olympia”) par Jérôme Mulot, Florent Ruppert et Bastien Vivès, “Last Man” par Mickaël Sanlaville, Balak et Bastien Vivès, “Les Melons de la colère” par Bastien Vivés, “Polina”, Bastien Vivès et Alexis de Raphelis…
« Quatorze Juillet » par Bastien Vivès et Martin Quenehen
Éditions Casterman (22 €) — ISBN : 978-2-203-19683-4













