« Pot-Bouille » : derrière le luxe, la luxure…

Après une remarquable adaptation de « La Curée », Éric Stalner et son fils Simon récidivent, en adaptant de main de maître un autre roman incontournable d’Émile Zola : « Pot-Bouille ». Une réussite, tant au niveau du scénario que du dessin, qui devrait combler les plus pointus des admirateurs des « Rougon-Macquart ».

Ce lundi 18 novembre 1861, Octave Mouret, 22 ans, tout droit débarqué de sa ville de province, arrive rue de Choiseul à Paris. Non loin du boulevard des Italiens, l’immeuble flambant neuf symbolise la présence des nouveaux bourgeois qui se pressent au cœur de la capitale transformée par Napoléon III et le baron Haussmann. Le jeune homme à l’appétit d’ogre et à l’ambition démesurée est accueilli par les Campardon, lesquels lui proposent un emploi dans une modeste boutique modeste : Au bonheur des dames. Le jeune ambitieux rêve d’en faire le premier « grand magasin » de Paris. Pour y parvenir il lui faudra conquérir les habitants de l’immeuble, surtout les femmes : du concierge, qui règne sur ce petit monde au sous-sol, aux bonnes à la langue bien pendue qui occupent les combles, en passant par les riches occupants des autres étages : Monsieur Vabre le propriétaire, son fils Auguste, les Josserand (dont Madame n’a qu’une obsession : marier ses deux filles), la malheureuse Madame Juzeur en mal d’amour, le couple modeste des Pichon… Le jeune arriviste ne fera qu’une bouchée de ce petit monde où règnent la mesquinerie et l’hypocrisie.Éric Stalner met en scène une somptueuse galerie de personnages qui, sans nul doute, auraient réjoui Zola. On circule avec aisance d’un étage à l’autre de l’imposant immeuble haussmannien soigneusement agencé par le dessinateur. Son fils Simon en propose une adaptation sur mesure pour la bande dessinée, aux dialogues à la fois fidèles et modernes. Après « La Curée », les Stalner père et le fils poursuivent avec jubilation l’adaptation de l’œuvre d’Émile Zola. « Pot-Bouille » étant en premier lieu basé sur la critique du sexe au cœur de la bourgeoisie du XIXe siècle : on peut juste regretter un léger manque de sensualité dans la mise en images des séquences érotiques. Peut-être est-ce pour permettre à l’ouvrage d’avoir accès en milieu scolaire ? Cette petite réserve formulée, c’est un bel album de 126 planches aux couleurs soignées qui nous est proposé. Un cahier de 16 pages richement illustrées de documents d’époque, placé en fin d’ouvrage et réalisé par Philippe Mellot, évoque la vie parisienne au temps de Zola.

Henri FILIPPINI

« Pot Bouille » par Éric Stalner et Simon Stalner, d’après Émile Zola

Les Arènes BD (20 €) — ISBN : 979 10 375 0062 5

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