« La Guerre des Lulus » : le temps des souvenirs…

À la fin du cinquième épisode de leurs pérégrinations les canons se sont tus le 11 novembre 1918. Les évènements ont séparé Lucien, Luigi, Lucas et Ludwig, les Lulus, mais aussi Luce leur petite compagne d’aventure. Que ceux qui regrettaient les orphelins se rassurent, la série d’origine se poursuit et les auteurs se lancent dans une série de diptyques dont ils sont les héros de poignants souvenirs. Deux nouveautés viennent de sortir en cette fin d’année.

1910. Après la mort tragique des siens dans un incendie dont il est le seul survivant Lucien, âgé de dix ans,  intègre la maison des enfants trouvés au sein de l’abbaye de Valencourt en Picardie. Il devient l’ami du rondouillard Luigi, le macaroni fils d’italiens, puis des jeunes Lucas et Ludwig. Le quatuor inséparable rejoint par la jeune belge Luce forme la bande des Lulus dont la passion est de construire secrètement des cabanes dans les bois voisins. C’est l’histoire de ces années d’avant-guerre qu’évoque Lucien à sa belle infirmière Adélaïde alors qu’il séjourne à la fin de l’année 1918 à l’hôpital de Troyes où il vient d’être amputé d’une jambe. Période de tristesse mais aussi d’insouciance avant que ne débute la Grande Guerre. Au fil des albums suivants le lecteur sera invité a suivre les retrouvailles des Lulus séparés dans les Ardennes au moment où les troupes américaines ont libéré la région. Une nouvelle épreuve attend les populations meurtries par la guerre tout juste terminée, la grippe espagnole.

Le scénario  de Régis Hautière à la fois simple et  riche en émotion de ce sixième opus met en avant le personnage de Lucien, tout en permettant aux lecteurs de retrouver la chaude amitié qui unissait les jeunes orphelins. Hardoc (Vincent Lemaire) met en scène avec sensibilité  ces personnages attachants avec un grand souci dans les décors et les ambiances. D’une grande lisibilité son trait est accessible à un large lectorat.

Le second volet du diptyque « La Perspective Luigi » permet de retrouver Luigi fabricant de confitures dans la région d’Amiens en 1936. L’ancien orphelin raconte à un journaliste un épisode de leur épopée resté dans l’ombre. En juillet 1916, croyant trouver la paix en se réfugiant en Suisse, les cinq enfants se trompent de train et se retrouvent au coeur de Berlin. Après avoir vécu l’enfer auprès des impitoyables enfants des rues de la capitale allemande, le quintet capturé par la police du Reich est enfermé au camp de détention de Holzminden. Un quotidien pesant et contraignant dont ils espèrent bien pouvoir s’évader…

Une fois de plus Régis Hautière met en scène ses personnages plongés dans des aventures dramatiques à en rendre jaloux  le fameux  « Club des Cinq ». Bien que l’époque ne soit pas à la rigolade, il parvient à faire sourire le lecteur qui ne peux que tomber sous le charme des Lulus. Damien Cuvillier, jusqu’à présent dessinateur de romans graphiques (« Nuit noire sur Brest », « Les Souliers rouges », « Eldorado ») entre avec aisance dans l’univers des Lulus. Sans copier Hardoc, il adopte un trait réaliste classique des plus plaisant qui ne dépaysera pas les habitués de la série.

En fin d’ouvrage, Le Chant désarmé, pastiche des journaux d’époque, permet d’en apprendre plus sur les coulisses de la série, de savourer des croquis et de découvrir les premières planches de l’album en préparation.

Henri FILIPPINI

« La Guerre des Lulus T6 : Lucien » par Hardoc et Régis Hautière

Éditions Casterman (13,95 €) – ISBN : 9 782203159266

« La Guerre des Lulus : la perspective Luigi » T2 par Damien Cuvillier et Régis Hautière

Éditions Casterman (13,95 €) – ISBN : 9 782203136939

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