10/10 pour « Lettres d’amour de 0 à 10 »…

Thomas Baas adapte avec un classicisme d’une grande modernité le roman à succès de Susie Morgenstern « Lettres d’amour de 0 à 10 ». La délicate histoire d’une rencontre qui bouleverse l’existence d’un jeune garçon rangé. Émotion, tendresse, poésie, surprises en tout genres, amours et amitiés épistolaires sont au riche sommaire d’une des meilleures BD jeunesse de l’automne.

Plus rangé et taciturne que le jeune Ernest, 10 ans, on ne fait pas. Il vit dans un appartement parisien avec Précieuse, sa grand-mère et Germaine, une vieille domestique qui prépare la soupe le soir et la chicorée du petit-déjeuner. Le matin, il part seul pour l’école et revient le soir sans jamais jouer dans le parc, pourtant tout proche, avec d’autres enfants. Sérieux et appliqué, il fait ses leçons, écoute la radio, pas de télévision dans cet appartement parisien un tantinet vieillot, et essaye maladroitement d’aider Précieuse à lire la dernière lettre pratiquement illisible qu’elle tient de son père, mort lors de la Grande guerre. Ce fade quotidien se répète jusqu’à l’arrivée virevoltante de Victoire.

Lettres d'amour de 0 à 10 page 10

Victoire de Montardent est une nouvelle élève de sa classe. De suite, elle s’installe à côté de lui au premier rang et semble tomber sous le charme discret d’Ernest.

Très extravertie, elle s’impose et le raccompagne chez lui en faisant la conversation. Elle s’appelle Victoire car c’est la seule fille au milieu de treize frères.

Elle embrigade le timide Ernest pour porter ses livres scolaires jusqu’à chez elle. Le jeune garçon découvre alors une famille nombreuse et aimante mais il s’enfuit quand Victoire lui demande des nouvelles de ses parents.

Ernest n’a jamais connu ses parents !

L'arrivée de Victoire

Anxieux, il ose enfin interroger sa grand-mère. Il sait que sa mère est décédée peu après sa naissance mais il ignore tout de son père. Il apprend que celui-ci, désespéré par la mort de son épouse, l’a abandonné peu après en partant refaire sa vie en Amérique du nord. Transfiguré par l’amitié intrusive et bienveillante de l’espiègle Victoire, Ernest commence des recherches sur ce père absent et ose même lui envoyer une lettre pour enfin le rencontrer. Commence alors une belle relation épistolaire dont nous tairons la conclusion.

Le coup de foudre entre Victoire et Ernest

Publié en 1996, le roman pour la jeunesse « Lettres d’amour de 0 à 10 » a connu un beau succès public et critique. Une vingtaine de prix ont été décernés au livre de Susie Morgenstern.

Succès mérité pour un récit enjoué, positif ; l’histoire d’une belle rencontre entre un garçon trop discret et une jeune fille pétillante, pleine de vie.

Ernest découvre ainsi une raison de vivre, l’intrusion amicale de Victoire tout en lui rappelant cruellement l’absence de ses parents et surtout de son père lui donne la force de partir à la recherche de celui-ci.

Douze frères !?

Illustrateur réputé d’ouvrages pour la jeunesse, Thomas Baas réussi son entrée dans le monde de la bande dessinée. Son dessin original, entre le style ligne-clair et le trait plus souple d’un Sempé, donne une vie singulière au délicat petit monde d’Ernest au cœur d’un Paris intemporel Le découpage intelligent du récit apporte beaucoup de rythme, de vie, à des planches aux lumineuses couleurs aquarellées.

Victoire et Ernest

A noter, la récente sélection de « Lettres d’amour de 0 à 10 » parmi les cinq finalistes du prix jeunesse de l’ACBD. Prémices sans aucun doute pour cette élégante BD, émouvante et drôle, à d’autres récompenses méritées.

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Lettres d’amour de 0 à 10 » par Thomas Baas et Susie Morgenstern 

Éditions Rue-de-Sèvres (14,00 €) – ISBN : 978-2-36981-041-4

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