« S.O.S. Bonheur : saison 2 » : Orwell toujours d’actualité…

« Lorsqu’une norme est imposée pour assurer le bonheur théorique du plus grand nombre, qu’advient-il de ceux qui, volontairement ou non, s’en écartent ? » C’est avec ces mots que Jean Van Hamme résume, en 2000, le thème de sa série « S.O.S. Bonheur », à l’occasion de la publication de l’édition intégrale de la première saison. C’est avec sa bénédiction que Stephen Desberg reprend, en 2017, le flambeau pour une seconde saison, toujours avec l’épatant Griffo au crayon.

Dans un futur proche dans un  pays qui ressemble au nôtre , dirigé par Gustave Corné,  un ministre président qui prône le bonheur organisé, le quotidien des habitants qui souhaitent un autre mode de vie n’est pas facile. Sécurité, intransigeance policière, inflexibilité morale, honnêteté intellectuelle, mariage, éducation, travail, santé sont au programme de ce modèle « démocratique » pour le moins contraignant pour les esprits libres. Prêt à tout pour obtenir sa réélection, Corné compte sur la fortune de Jacques Verdier, richissime homme d’affaires parti de rien à la réussite insolente, animateur TV incontournable. Après Émilie Lisieux, Laziza, Jean-Jacques Denoël, Louis et Anne rencontrés dans la première partie de cette seconde saison, de nouveau réfractaires à l’omnipotence de la figure paternelle présidentielle sont les cibles de la police. Brigitte, jeune femme sans charme qui cumule les emplois pour survivre, repérée par Verdier qui souhaite en faire une vedette TV de son concours de chirurgie esthétique, Virgil Toussaint retraité paisible qui sa pension soldée est contrainte de rejoindre un sinistre village Vacances retraite imaginée par le gouvernement. Sans oublier une voix mystérieuse… Cette implacable chasse au bonheur imposée trouve sa conclusion dans ce second volume. Une conclusion surprenante qui laisse peu de place au vrai bonheur.

Avant d’être une bande dessinée, « S.O.S. Bonheur » a été imaginé par Jean Van Hamme pour le projet d’une série télévisée qui ne s’est pas faite. Encouragé par Philippe Vandooren, alors rédacteur en chef de l’hebdomadaire  Spirou, Van Hamme en écrit une version destinée à la bande dessinée. C’est encore Vandooren qui propose au scénariste le dessinateur alors débutant Werner Goelen, dit Griffo. Publiés par Spirou à partir de 1984, les récits sont réunis en trois albums par les éditions Dupuis à partir de 1988. Sans en avoir le label, le premier volume de cette trilogie sera le premier album de la célébrissime collection Aire libre imaginée et dirigée par Philippe Vandooren. Il est recommandé de lire l’intégrale de ce premier cycle rééditée par Dupuis en 2018 (30 €, ISBN : 978 28 00 16 9835).

C’est avec la bénédiction de Jean Van Hamme que Stephen Desberg présente trente ans plus tard la présente deuxième saison  dont le réalisme vous glace le sang. Elle permet de renouer avec cette course impossible au bonheur rêvée par un  État providence.

En trois décennies le dessin de Griffo a évolué, gagné en lisibilité, proposant une riche galerie de personnages. 94 planches superbes et rythmées, témoignages de la maturité artistique de deux auteurs incontournables issus de la formidable explosion qu’a connue la bande dessinée dite « adulte » au milieu des années 1970.

Henri FILIPPINI

« S.O.S. Bonheur : saison 2 » T2 par Griffo et Stephen Desberg
Éditions Dupuis (20,95 €) – ISBN : 978 2 8001 7361 0

Il existe un tirage de tête de cet ouvrage, numéroté de 1 à 777, enrichi d’un dessin inédit, signé par le dessinateur ( 35 €, ISBN : 978 2 8001 7462 7).

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2 réponses à « S.O.S. Bonheur : saison 2 » : Orwell toujours d’actualité…

  1. Jean dit :

    Le premier cycle est paru dans Spirou et le personnage de lino Ventura était bien choisi dans lt tome 3. Une vraie réussite. Je vais acheter la suite, j’espère que cela aussi bien.

  2. Dom dit :

    « En trois décennies le dessin de Griffo a évolué, gagné en lisibilité »
    Je trouve plutôt qu’il a perdu en intensité, il est devenu trop lisse, manquant de caractère. Dommage…