« Batman : 80 ans » : une superbe anthologie récapitulative pour l’anniversaire du Chevalier noir…

Toute cette année 2019 aura été naturellement marquée par des animations fêtant l’anniversaire de l’un des personnages de comics les plus emblématiques et célèbres au monde  : Batman. Et au-delà de la bande dessinée, il faut aussi bien sûr penser : films, jeux vidéo, merchandising… De nombreux hommages ont été rendus à l’homme chauve-souris, dont une exposition marquante au festival d’Angoulême (1). Parmi les titres disponibles en librairie, c’est sans doute ce « Batman 80 ans » qui restera parmi les plus importants et passionnants.

Imposant volume cartonné de 536 pages, sous couverture noire du plus bel effet, avec vernis sélectif sur le logo et le titre, cette édition spéciale regroupe pas moins de 28 titres des éditions DC comics, mettant ou non en scène Batman depuis l’apparition du Crimson Avenger, un de ses prédécesseurs, dans le numéro 20 de la revue Detective Comics d’octobre 1938 (2), en n’omettant, pas, bien sûr le numéro original 27 : « L’Affaire du syndicat de la chimie », daté mai 1939, jusqu’au même numéro 27, mais version New52, daté mai 2014. L’occasion de dérouler le fil de la création de l’univers Batman, et à l’occasion faire réapparaître les membres de sa « famille », puisque chaque numéro culte présentant les origines d’un ou des personnages incontournables est présent, ou presque (3).

C’est le cas pour Robin, dans : « Robin, le jeune prodige » (DC #38, avril 1940), Air Wave, Bat-Girl, Gueule d’argile, Bat Woman mais aussi Jonz Jonz, The Boy Commandos, Double face, le Sphinx, Pow Wow Smith, Bate-Mite, le Man Bat (déjà vu dans « Batman la légende – Neal Adams » T1, paru en 2018). Mais aussi : Manhunter, dans « L’Affaire de l’Himalaya », superbement dessiné par un Jim Aparo au top, l’excellent « L’Espoir habite Crime Alley » par Dick Giordano, dans le style de plus en plus sombre et adulte typique des années soixante-dix, quoique le dessin humoristique de Michael Golden dans « Bat-Mite à New York » contredit ce constat, en introduisant ce drôle de personnage, écrit par Bill Finger et dessiné par Sheldon Moldoff (#267, mai 1959).


Des pages éditoriales signées Dan Didio (introduction), Paul Levitz (à propos de la création de DC comics), Patrick Leahy (avant-propos remettant en perspective un titre du Batman « The Horror of Landmines » consacré aux mines anti personnel), et Shelley Zimmerman, cheffe (à la retraite) de la police de San Diego, à propos du rapport de Batman avec la justice et la morale, rythment le recueil.

Un extrait du numéro 500 de Detective Comics est proposé, permettant de déguster le récit « Comment tuer une légende » par Allen Brenner et Dick Giordano. Gene Conan est de la partie avec « Une nuit à oublier », sur scénario d’Harkan Ellison. Encore un must du genre ; et puis « Mort honorable », du numéro 742 de mars 2000, écrit par Greg Rucka et dessiné par Shawn Martinbrough, dont le trait et l’encrage charmants suggèrent une filiation artistique avec le regretté Darwyn Cooke, arrive comme une transition assez claire, avant le fameux numéro 27 du New52, reprenant, sous les auspices de Brad Meltzer et Bryan Hitch l’épisode culte « Le syndicat de la chimie », mais contenant aussi le superbe récit « 27 », dessiné par l’excellent Sean Murphy. Cerise sur le gâteau, le conséquent numéro 1000 nous est enfin proposé au complet, sur des pages glacées.

Avant ce changement de papier, un texte de Neil Gaiman (voir plus bas) et une sélection de couvertures emblématiques des âges du comics, concernant la revue du Batman. Un numéro 1000, qui, à lui seul, pourrait presque justifier l’achat de ce livre, tant il propose un condensé de ce qui se fait de mieux sur le sujet depuis une quinzaine d’années. Notez seulement les noms impactés : Scott Snyder, Kevin Smith, Paul Dini, Warren Ellis, Dennis O’Neil, Christopher Priest, Brian Michael Bendis, Geoff Johns, James Tynion IV, Tom King, Peter J. Thomasi, et, pour les graphismes : Greg Capullo, Jim Lee, Dustin NGuyen, Becky Cloonan, Steve Emting, Alex Maleev, Kelley Jones, Alvaro Martinez-Bueno, Tony S Daniel et Joëlle Jones, Dough Mahnke !!

Je ne saurais passer sous silence la magnifique galerie des 10 couvertures alternatives en couleur, sur papier glacé, de ce numéro anniversaire, ni les petites biographies en fin d’ouvrage. Quant aux autres bonus, avec les textes déjà cités, ils comportent aussi un petit carnet de croquis de Lew Sayre Schwartz, qui a dessiné le héros entre 1946 et 1953, alors que Bob Kane à l’époque était crédité de tout le travail. L’occasion, sous la plume admiratrice de Dale Cendali, associée spécialisée de propriété intellectuelle chez Kirkland & Ellis, de rendre hommage à un auteur (parmi tant d’autres), quelque peu oublié.

La première scène du récit perdu de la mini série « Batman : Mortality », par Paul Levitz et Denys Cowan (encrage John Flotyd), datée 2012, est aussi ressortie des oubliettes, sous forme de copies de scripts et de dessins. Neil Gaiman y va aussi de son hommage, avec « Observer dans les ombres », une ode à ses souvenirs d’enfance et à son passage sur le héros au oreilles « pouvant percer le plafond » et à la « Cape qui s’étendait derrière lui comme une autoroute dans la nuit » (il cite ici les planches d’Aparo, Adams, et Wrightson). Un texte touchant notre coeur de lecteur fan, mis en peinture par Mark Chiarello.

« Quelle étrangeté d’être vieux. J’ai touché la magie, puis je l’ai transmise du mieux que je pouvais »

On rappellera que Neil Gaiman a écrit un épisode culte de notre héros : « Batman – les derniers jours du chevalier noir » , édité en français par Urban comics en mai de cette année.

Bref, vous l’avez compris. Il va être difficile de faire l’impasse sur cet imposant livre illustré cartonné, pour peu que l’on soit un minimum amateur de Batman. Noël n’est certes plus très loin, mais un conseil : sortez votre Batarang et tâchez d’alpaguer ce bouquin au plus vite, avant qu’il ne disparaisse définitivement des rayonnages de votre libraire préféré de Gotham City.

Franck GUIGUE

(1) Exposition dont on a parlé ici   : Angoulême 2019 : un signal « Very Bat(h) » envoyé à la BD !.

(2) Un épisode écrit et dessiné par Jim Chambers. Cependant, l’excellent article d’Anthony Tollin, rapporte, sur deux pages complètes, l’influence profonde du Pulp et du personnage du Shadow, créé en 1931 par Walter Brown Gibson, auprès des créateurs de comics de l’âge d’or, et ici plus particulièrement des créateurs de Batman : Bill Finger et Bob Kane.

(3) Ce n’est pas tout à fait vrai puisque d’autres publications chez Urban comics ont déjà eu l’occasion d’aborder les premières apparitions de certains personnages, ou d’autres épisodes cultes. C’est le cas de la non moins incontournable « Batman anthologie » (Urban comics 2013), ou des albums « Batman : La légende » (deux fois deux tomes, mettant en lumière les travaux de Jim Aparo et Neal Adams).

« Batman : 80 ans » par divers auteurs
Éditions Urban comics (35 € ) – EAN : 9791026819684

Galerie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>