Séjour sylvestre en Indonésie…

Jean-Denis Pendanx est un voyageur qui explore d’album en album des univers, décors, périodes historiques passées, qu’il enchante de son trait réaliste et de ses couleurs directes. Après l’Afrique avec « Abdallahi », après les Philippines avec « Tsunami » ou le Bénin et le delta du Niger avec « Au bout du fleuve », pour n’en citer que quelques-uns, le revoilà en Indonésie (il y était déjà pour « Le Maitre des crocodiles ») avec « Mentawaï » pour un reportage très intéressant…

L’album s’ouvre sur un à-propos qui donne le ton et le point de vue, celui d’un petit-fils qui se bat pour que les jeunes Mentawaï (nom d’une tribu vivant au large de Sumatra) puissent se souvenir de leur vie forestière et qu’ils continuent à se battre pour leur indépendance. Dans les années 1960, en effet, la dictature de Soekarto a tout fait pour sortir des bois cette population et anéantir leur culture animiste. Il fallait à tout prix « assimiler », sous prétexte de progrès et d’éducation, et surtout contrôler, formater… Et, curieusement, leur salut est venu du tourisme, curieux de populations aux traditions séculaires, ce qu’explique Tahnee Juquin en postface.

C’est pour redonner corps à tout ce que la forêt apportae à cette population que cet album (et bien d’autres initiatives) évoque le parcours d’une jeune française partie là-bas, un jour, et qui s’y rend régulièrement depuis 2011. Tahnee Juguin apprend alors la langue, les coutumes et entend par le film garder trace de leurs modes de vie. Jean-Denis Pendanx est à son tour l’observateur de cette observatrice, racontant en dessins ce qu’elle tente de raconter en images, faisant le reportage graphique du reportage cinématographique qui se crée au fil des jours, sous nos yeux en quelque sorte, en direct, avec les incertitudes, les atermoiements, les improvisations inhérentes à tout documentaire en cours de réalisation.

Il faut, de fait, se laisser aller, se laisser porter, déambuler comme le font les « acteurs » de cet album, au fil des sujets qui se présentent, des conversations qui se construisent, des intentions qui interfèrent. Cela donne évidemment un côté un peu décousu mais ce n’est pas sans charme. En revanche, la volonté de garder dans les mêmes bulles le langage « sikerei », l’anglais et le français compliquent un peu la lecture (alors que deux pleines pages sont consacrées aux traductions en fin d’ouvrage).

Au bilan, plus qu’un carnet de voyage, les auteurs réalisent là un album ethnographique sur les rites chamaniques, les danses, les tatouages, les croyances, la chasse, les cérémonies, les rapports humains, mais qui s’interroge aussi sur le rôle de l’argent dans la réalisation de documentaires consacrés à ce peuple et sur les détournements, les trahisons, opérés par des réalisateurs qui veulent jouer à tout prix la carte du bon sauvage.

Jean-Denis Pendanx y fait la part belle, évidemment, aux végétations, aux chemins de terre, aux constructions de bois, au fleuve jaunâtre et aux bains dans la rivière, aux objets du quotidien, aux habits et parures…

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« Mentawaï » par Jean-Denis Pendanx et Tahnee Juguin

Éditions Futuropolis (25 €) – ISBN : 978-2-7548-2769-0

Liens vers quelques chroniques précédentes :

« Le Maitre des crocodiles »

« Au bout du fleuve »

« Au bout du fleuve »

« Tsunami »

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