« Le Suaire » : Une trilogie fascinante à travers les siècles

Bien qu’une datation au carbone 14 réalisée dans les années 70 ait confirmé que le tissu de lin conservé à Turin datait du quatorzième siècle, bien que l’église n’en ait jamais assuré la nature miraculeuse sans pour autant la désavouer, nombreux sont ceux qui encore aujourd’hui pensent que cette étoffe porte l’empreinte divine du visage du Christ. À travers l’histoire amoureuse de Lucie, Thomas et Henri, la trilogie du « Suaire » propose des réponses à ce mystère éternel.

Situé en Champagne en l’an 1357 le premier récit met en scène Lucie, jeune nonne sur le point de prononcer ses vœux, dont le cousin Henri, l’évêque de Troyes, est fou amoureux, placée sous la protection de Thomas le prieur de l’abbaye de Lirey. À la même époque dans le Piémont italien une relique représentant le visage du Christ fait son apparition. À Turin en l’année 1898, Lucia fille unique du baron Tomaso, amante d’Enrico le bouillant député socialiste est l’héroïne du second cycle où l’on voit Secondo Pia réaliser la première photographie du Suaire.

Le présent album a pour cadre Corpus Christi la bien nommée, ville située au Texas, où est présentée l’avant-première de « The Son of Man », film dénonçant la supercherie qu’est le Suaire réalisé par Lucy Bernheim. Aux côtés d’Henry Nalpas son amant qui joue le rôle d’un Christ particulièrement inspiré, la jeune femme est la cible des membres du Ku Klux Klan conduits par Thomas Crowley qui utilisent la violence pour en faire interdire la projection. Des flash-back permettent de revenir sur l’historique de ce film conçu par la jeune juive enceinte de Crowley son ancien professeur qui l’a violée après un voyage initiatique à Turin.


Le triangle amoureux formé par Lucie, Henri et Thomas traverse les siècles avec pour fil rouge la relique sacrée et les doutes entourant son origine.

C’est le projet avorté d’un film qui a permis à cette trilogie en BD de voir le jour. Gérard Mordillat (1949), écrivain, cinéaste, poète (« Les Vivants et les morts », « Mélancolie ouvrière ») devait le réaliser avec le concours de Jérôme Prieur (1951), écrivain et cinéaste, auteur de nombreux documentaires. Les deux hommes qui ont publié plusieurs ouvrages sur le thème de Jésus (« Jésus contre Jésus », « Jésus selon Mahomet », « Jésus et l’Islam »…) ont imaginé ces trois récits qui leur permettent de revisiter l’histoire du Jésus historique.
Éric Liberge, dessinateur atypique dès ses débuts en 1999 avec l’étonnant « Monsieur Mardi-Gras Descendres », assure avec intelligence ce pont entre le cinéma et la BD, du Moyen âge à notre époque en passant par le XIX° siècle avec une virtuosité remarquable. L’utilisation du lavis avec la maestria d’un Angelo Di Marco qu’il admire, lui permet de dessiner des séquences mouvementées et réalistes, comme au temps des magazines de faits divers d’après-guerre. L’apothéose finale est particulièrement spectaculaire et inattendue.

Henri FILIPPINI

« Le Suaire T 3 Corpus Christi, 2019 » par Éric Liberge, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur
Éditions Futuropolis (17  €) – ISBN : 978 2 7548 2761 4

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