« Les Pêcheurs d’étoiles » : 25 ans après…

Étonnant destin que celui des « Chasseurs d’Étoiles », série débutée dans le mensuel Vécu en 1989, demeurée inachevée en 1992 après la publication de quatre épisodes, enfin conclue en cette rentrée, plus de 25 ans après son interruption. Terminée en 71 pages superbes par Nelly Moriquand et Fabien Lacaf juste avant que l’auteur ne soit victime d’un tragique accident de moto où il a trouvé la mort.

16 mai 1896… Antoine, dit Tonin et Barthélemy, dit Charbonnier s’affrontent sur le Rhône dans une joute amicale entre mariniers. Les deux inséparables, amoureux de la belle Léa dont ils finissent en toute liberté par partager les faveurs, sont les capitaines de vapeurs qui remontent le fleuve, des « Pêcheurs d’étoiles ». Injustement accusé d’un crime odieux qu’il n’a pas commis, Tonin doit abandonner son bateau et Léa pour fuir Maréchal, policier teigneux qui le poursuit. Il rejoint « ceux de la ligne » qui construisent une ligne de chemin de fer au coeur des Cévennes, puis partage la vie des « gueules noires » au fond des mines, avant de croiser la route de l’anarchiste Alexandre Marius Jacobs. Bien qu’il ait trouvé le temps de donner un fils à Léa qui vit à Marseille, il finit par être repris par Maréchal et condamné pour 20 ans au bagne.

Ainsi se termine le quatrième album publié par Glénat en 1992 annonçant la suite dans « Les Chaînes de la liberté » et qui ne sera jamais publié. La bande dessinée connaît alors sa première crise de croissance et la série aux performances trop modestes sera sacrifiée avec d’autres.

C’est avec ce récit  tant attendu que débute le nouvel album proposé par les éditions Mosquito. Après le naufrage tragique du navire qui le conduisait à Cayenne, Tonin se retrouve en Afrique où il mène une vie paisible au Sénégal auprès de Fatou qui lui donne un fils, Balthazar. A la mort de Fatou, Tonin décide de regagner la France avec son fils et le signe Bubu. Il retrouve Marseille après dix ans d’absence. Barthélemy, Léa et son fils Jason sont  toujours là mais l’adolescent est condamné à un sinistre bagne pour jeunes délinquants près de Montpellier. Toujours traqué par l’obstiné Maréchal, Tonin aidé de ses amis vont tout tenter pour le sortir de cet enfer…

Documenté, chaleureux, riche en détails historiques, le scénario de Nelly Moriquand, historienne et journaliste,  épouse de Fabien Lacaf, propose une image sociale réaliste et humaine de la France profonde à la fin du dix-neuvième siècle. Fabien Lacaf, né en 1954, s’est tourné vers la bande dessinée après avoir travaillé dans l’archéologie. Il aborde le métier au sein de l’atelier Bergame auprès de Loisel et de Le Tendre. Il se spécialise dans la bande dessinée historique en publiant « Les Patriotes » sur scénario de Frank Giroud, puis « Bayard », « Mandrin » … chez Glénat et « Catherine de Médicis » pour Dargaud. Il a également réalisé de nombreux story-boards pour le cinéma. Fabien Lacaf a été victime d’un accident mortel de moto en juin dernier, juste après avoir bouclé les dernières pages de cet album. Inspiré par le travail d’André Juillard, il adopte un trait ligne clair à la fois classique et personnel. Cet ultime ouvrage de 84 pages rend un bel hommage à ce dessinateur chaleureux et talentueux.

Notons que les éditions Mosquito qui fêtent leur trentième anniversaire ont publié un petit ouvrage réunissant trente cartes postales reprenant trente couvertures d’albums figurant à leur catalogue. La couverture de ce collector hors commerce est de Sergio Toppi, auteur emblématique de l’éditeur grenoblois (www.editionsmosquito.com).

Henri FILIPPINI

« Les Pêcheurs d’étoiles T5 : Les Chaînes de la liberté » par Fabien Lacaf et Nelly Moriquand

Éditions Mosquito (18 €) – ISBN : 9 78252 835301

Galerie

2 réponses à « Les Pêcheurs d’étoiles » : 25 ans après…

  1. Michaël dit :

    C’est une excellente nouvelle dont je rêvais depuis des années… sauf que j’ai revendu les albums depuis longtemps ! Mosquito aurait du les ressortir aussi…

    • Pierre dit :

      Ah oui, excellente nouvelle, bien que le contexte éditorial ne se prête pas trop à l’exubérance…
      Et j’ai toujours mes Glénat (je ne désespérais pas..) dont un dédicacé par Fabien Lacaf qui était vraiment très sympahique avec son public. P….. de moto !

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