« Le Masque aux mille larmes » : la quête de Sadakïo…

Nous sommes loin du temps où Marc Michetz était le seul à entraîner ses lecteurs au coeur du Japon médiéval avec sa série « Kogaratsu » dans les pages de Spirou. Depuis, de nombreux auteurs se sont emparés du thème et les lecteurs en redemandent. Ne boudons donc pas notre plaisir avec cette nouvelle création prometteuse initiée par un déjà vieux routier du scénario et un jeune dessinateur italien bourré de talent.

Plaine de Mizushiro, quatre-vingt-septième année du saule, heure du Serpent. Après leur victoire ceux du clan Gaü massacrent les derniers survivants des vaincus du clan Zuni. Le silence revenu sur les champs de cadavres, Masumara, un des rares survivant du clan battu, observe une superbe jeune femme penchée sur le corps d’un défunt. La belle Sadakïo lui offre son corps s’il accepte de l’aider à transporter le cadavre de son fiancé Kaburo jusqu’à son village afin de l’inhumer. Refusant ce sacrifice, le guerrier vaincu l’accompagne malgré tout dans son macabre voyage.

Les funérailles terminées, Sadakïo prend la route pour les sources Blanches où se trouve le masque aux mille larmes qui selon la légende lui permettra de ramener Kaburo du royaume des morts parmi celui des vivants. Voyager dans un pays où règne la guerre, la famine, la maladie, la mort, ne donne aucune chance de  survie à une jeune fille seule. Contre sa farouche volonté, Masumara accompagne la belle Sadakïo dans sa longue quête. Au fil des épreuves, une attirance plus qu’amicale se crée entre les deux jeunes gens alors que le passé du jeune homme se dévoile peu à peu, laissant apparaître plus qu’un simple paysan.

David Chauvel propose une histoire envoûtante aux personnages attachants tout en restant rigoureux sur la mythologie du Japon médiéval. Curieusement, alors que la plupart de ses créations ont été publiées chez Delcourt où il est aussi Directeur de collection, c’est chez Dargaud que David Chauvel (1969) propose cette série prometteuse qui sera écrite sous forme de diptyques.

Au dessin, le jeune italien Roberto Ali né en 1986 à Milan, auteur d’illustrations et de story-boards pour la publicité. Il aborde la bande dessinée en Espagne et en Italie, puis travaille pour Dreamworks. En France, il dessine pour les éditions Delcourt (« 7 Nains ») avant de rejoindre David Chauvel sur « Le Masque aux mille larmes ». Ses décors à la fois simples et vrais, ses personnages aux visages expressifs, son trait dynamique, servent avec justesse un récit qui ne manque pas de séquences d’action. Contrairement à bien des dessinateurs qui se contentent de plagier maladroitement le Manga, lui sait en sublimer les qualités tout en restant fidèle à une bande dessinée d’inspiration classique. A noter les couleurs de Walter aux tons ocres du plus bel effet.

Une nouvelle création qui réjouira à la fois un lectorat conservateur amateur de belles histoires classiques et les tenants d’une bande dessinée plus ambitieuse.

Henri FILIPPINI

« Le Masque aux mille larmes T1 : La Mort marche avec moi » par Roberto Ali et David Chauvel

Éditions Dargaud (14,99 €) – ISBN : 978 2205 06814 6

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