« Aspic » rejoue la carte du paranormal

Devenus détectives professionnels dans l’Agence Aspic, Flora Vernet et Hugo Beyle doivent régulièrement enquêter aux frontières de l’étrange et du paranormal. Créée par Thierrry Gloris en 2010 avec le dessinateur québécois Jacques Lamontagne, la série est reprise graphiquement depuis 2016 par le Bordelais Emmanuel Despujol. Pour ce 7e opus, premier volet d’un nouveau diptyque, c’est la vieille tante de Flora qui fait irruption dans la vie tourmentée de nos héros : ancêtres et maison familiale cacheraient-ils quelques lourds secrets ? À moins que quelques fantômes, momies et chats ne puissent permettre d’y voir plus clair…

Planches introductrices, de Bordeaux à Paris (Soleil, 2019)

Storyboard pour les planches 4 et 5

Fonctionnant par cycle – ou enquête – de deux tomes, « Aspic » a jusqu’à présent exploré des thèmes naturellement associés aux mystères et thèmes ésotériques de la fin du XIXe siècle : médiumnité (T1 et T2 en 2010 – 2011), spectres et vampires (T3 et T4 en 2013 – 2015) ou fantôme de l’Opéra (T5 et T6 en 2016 – 2017). Naturellement, c’est l’humour permanent, lié au comique de situation et aux rebondissements hors normes, qui fait tout le sel des joutes piquantes pimentant les échanges entre Flora et Hugo. Distillée au fil des cases entre indices, temps dramatiques et clins d’œil aux classiques de la littérature policière (Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux ou Maurice Leblanc), cette tonalité légère permet peu à peu de mettre en perspective l’adéquation complice entre deux personnages que tout oppose à priori : charme, agilité et intelligence de Flora complètent à merveille les capacités déductives et la débrouillardise d’Hugo, Ce septième tome, comme nous l’aurons compris, permet de creuser plus avant les secrets de famille de nos héros, généralement laissés de côté dans ce genre d’aventures policières.

Le trio d'enquêteurs (Hugo Beyle, Flora Vernet et Auguste Dupin), dessiné par J. Lamontagne

Rough pour la momie, un personnage important de cette intrigue.

Avec sa couverture distinguée et caustique, proche de l’esprit « Adèle Blanc-Sec » (l’héroïne de Tardi vit également en compagnie d’une momie égyptienne qui reprend vie dans son salon), « Le Mystère de la momie blette » s’installe aux franges du whodunit archéologique digne d’Agatha Christie (« Mort sur le Nil », 1937). Contextualisée à Bordeaux et mettant en scène la riche Hélène Ronach de Latour, férue de séances de spiritisme, l’enquête devra initialement permettre de comprendre pourquoi un esprit frappeur perturbe une villa cossue… et en fait fuir tous les domestiques. Graphiquement, Emmanuel Despujol s’est éloigné de la méticulosité de son prédécesseur pour adopter un style plus léger, sans doute plus académique mais avec des décors toujours aussi soignés et une grande fluidité de lecture. Dans cette même veine, conjuguant série grand public, personnages malicieux et intrigue fantastico-policière, la référence reste Turf, l’auteur de « La Nef des fous », voir notre article consacré au T8), dont le style graphique est par ailleurs proche de celui de Despujol. Plongeant dans les racines historiques de la ville de Bordeaux, l’album donne envie de lire ou relire les cycles précédents et d’attendre la suite, tome qui sera la conclusion de cette quatrième enquête.

Recherche de couverture (étapes de réalisation)

Deux décors typiquement bordelais : la gare Saint-Jean et le Grand Théâtre (Opéra National), sur la place de la Comédie.

Philippe TOMBLAINE

« Aspic, détectives de l’étrange T7 : Le Mystère de la momie blette » par Emmanuel Despujol et Thierry Gloris.
Éditions Soleil (14,50 €) – ISBN : 978-2-302-07254-1

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