La série « Akira » : sa version dite originale, accouchée dans la douleur, arrive enfin à son terme…

Ce mois de juin 2019 sera marqué à jamais comme celui qui a (enfin) vu arriver la conclusion tant attendue de l’édition ultime du chef-d’œuvre de Katsuhiro Otomo : « Akira ». Il a presque fallu trente années pour publier cette version qui reprend le design exact de son pendant japonais datant quand même de 1990. L’attente fut longue, mais elle permet de (re)découvrir un chef-d’œuvre qui n’a pas pris une ride.

Tous les fans attendaient pour janvier 2016 la sortie de la série « Akira » en fac-similé de l’édition japonaise. Ce mois-là, Katsuhiro Otomo était invité d’honneur du festival international de la bande dessiné d’Angoulême. L’illusion fut de courte durée, les éditions Glénat n’ont pu boucler que le premier volume, le second arrivera près d’un an et demi plus tard. Pourtant, cette version ne posait pas vraiment de problème particulier, elle est strictement identique à la version originale. Seuls les textes ont été retraduits depuis le japonais cette fois-ci et les onomatopées transcrites sans être effacées. Pourtant, les Japonais font la fine bouche et veulent tout vérifier case par case. Annoncé maintes fois, chaque volume prend un retard considérable. Pourtant, ça y est, après quatre années d’aller-retour avec l‘ empire du soleil levant, cette ultime édition arrive en librairie.

Il n’y a rien à redire, cette version reprend point par point les éléments présents dans l’édition originale comme voulu par Katsuhiro Otomo : grand format, pages d’introduction en couleur, résumé en langue étrangère sur les rabats (1), dessin en bichromie sous la jaquette, papier bouffant couleur crème, sens de lecture japonais, etc. Seules les bulles, en français, et la mention de l’éditeur Glénat ainsi que d’infimes détails sur la jaquette permettent de différencier la version originale japonaise et celle-ci.

Il existait bien déjà une édition noir et blanc en six volumes d’« Akira », mais elle avait conservé un sens de lecture européen. Cela restait donc un pis-aller pour beaucoup de fans qui se refusaient à lire la version colorisée informatiquement et surtout traduite depuis l’anglais par Stan Barets (2) et non le japonais. On y perdait en nuance, c’est une évidence. Et si la première version noir et blanc était déjà extrêmement bien traduite par Sylvain Chollet, l’édition, bien nommée, « originale » a été confiée à Djamel Rabahi.

Commencée en 1984 au Japon, la série « Akira » est d’abord passée par les États-Unis dès 1988 via la branche adulte (Epic) de l’éditeur Marvel qui testera avec Steve Oliff pour la première fois une mise en couleur par informatique à grande échelle de planche de BD. C’est cette version colorisée qui arrivera dans un premier temps sous forme de fascicule en mars 1990 en France. Les éditions Glénat se lançant dans le manga, un marché qui n’existe pas encore vraiment dans l’hexagone. Depuis, elle garde le leadership de l’importation de séries japonaises à succès avec des titres comme « Dragonball », « One Piece », « Gunnm », etc. Mais c’est également chez Glénat que pour la première fois a été publiée Rumiko Takahashi, Grand Prix d’Angoulême et présidente du festival en janvier 2020, avec « Ranma 1/2 » et « Lamu ». Deux titres qui, comme de nombreux autres, surfaient sur la vague des séries animées à succès diffusée sur TF1 le mercredi après-midi dans le déplorable « Club Dorothée ». Pour « Akira », point de série télé pour accompagner les ventes, ce fut donc un galop d’essai sans filet, qui, on peut le constater trente ans après, a rapporté gros.

Bien évidemment, les fans n’ont pas attendu la sortie de cette édition dite originale pour lire « Akira ». Cette nouvelle version, conforme aux attentes des jeunes lecteurs actuels n’ayant connu que des manga en noir et blanc, et dans le sens de lecture japonais, va peut-être offrir un regain de visibilité à ce chef-d’œuvre qui a longtemps défini ce que devait être un « bon » manga pour une élite crachant ouvertement sur d’autres titres populaires venant du Japon. Il ne reste plus qu’à convaincre les Japonais de laisser les éditions Glénat continuer de traduire le peu de manga qu’a produit Otomo et qui malheureusement restent à ce jour inédits chez nous.

Gwenaël JACQUET

« Akira (noir et blanc) : édition originale » T6 par Katsuhiro Otomo
Édition Glénat (14,95 €) – ISBN  : 978-2344012451

« Akira (noir et blanc) : édition originale » T5 par Katsuhiro Otomo
Édition Glénat (14,95 €) – ISBN  : 978-2344012444

« Akira (noir et blanc) : édition originale » T4 par Katsuhiro Otomo
Édition Glénat (14,95 €) – ISBN  : 978-2344012437

« Akira (noir et blanc) : édition originale » T3 par Katsuhiro Otomo
Édition Glénat (14,95 €) – ISBN  : 978-2344012420

« Akira (noir et blanc) : édition originale » T2 par Katsuhiro Otomo
Édition Glénat (14,95 €) – ISBN  : 978-2344012413

« Akira (noir et blanc) : édition originale » T1 par Katsuhiro Otomo
Édition Glénat (14,95 €) – ISBN  : 978-2344012406

(1) Notons quand même que le texte en français présent dans le quatrième volume a été largement remanié pour devenir compréhensible. Les autres volumes ayant des textes inchangés en anglais pour chaque tome sur le rabat d’introduction et en chinois pour le premier, en coréen pour le second, en russe pour le troisième, en arabe pour le cinquième, en japonais pour le sixième sur le rabat de conclusion.

(2) La traduction des deux derniers volumes ayant été confiés à David Schmid pour le volume 13 et Pierre Rousselle pour le 14.

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11 réponses à La série « Akira » : sa version dite originale, accouchée dans la douleur, arrive enfin à son terme…

  1. JC Lebourdais dit :

    OliffE

    Il serait intéressant que vous présentiez un article illustrant les différences de traduction des trois versions françaises, pour avoir une idée de ce que l’on perd (ou gagne) dans chacune.
    J’ai la version Marvel/epic des années 80 (en anglais) et ça me convient très bien, mais la traduction est un métier difficile qui mérite qu’on s’y penche davantage pour distinguer le bon grain de l’ivraie. Pour une fois, avec les Manga, le traducteur n’est pas limité par l’espace sur la page, juste par sa maîtrise de la langue.

    • Philippe dit :

      Tout à fait d’accord.
      J’ai la première édition en français et celle-ci.
      J’avoue qu’il y avait des passages entiers incompréhensibles dans la première édition, alors que l’actuelle me semble beaucoup plus fluide.
      Des comparaisons précises seraient les bienvenues.
      Merci

  2. Leo dit :

    Le club dorothé aura permis quand même à toute une génération d’apprécier la culture manga.

  3. caramel dit :

    Avec la production en france de 1990, akira fut une claque narrative monumentale. Explosant le format 46 pages et les histoires plan plan. Il aura fallu attendre 30 ans pour que l’on puisse sortir du format. Quant aux histoires, le temps que les vieux (editeurs et héros) laissent la place pour des projets de même envergure que les mangakas car certains projets japonais serait mis directement à la poubelle en francobelge. Donc patience.

    • PATYDOC dit :

      Tu ferais mieux de faire autre chose à cette heure-là que de crier ta haine du franco-belge en phrases incohérentes

      • Vieux Crouton dit :

        Effectivement caramel c’est l’hopital qui moque de la charité.
        Je vous rejoins sur la frilosité des éditeurs franco-belge un projet comme LADYBOY VS YAKUZAS ne verra jamais le jour chez un gros éditeur franco belge.Il est bien loin le temps où on prenait le risque de publier une BD comme Ranxerox. On cherche l’ambition internationale chez ces éditeurs hormis peut être Jacques glénat pour son goût des paradis.

        • Vieux Crouton dit :

          ha ! je vois que vous venez de supprimer le post de caramel nous informant des propos de Patydoc sur des auteurs via un autre site de vente en ligne. C’est dommage on voit bien le niveau si on peut appeler ça un niveau de pensée. Je le signale afin d’expliquer ma premiere phrase.

          • Gwenaël Jacquet dit :

            Le message en question a en effet été supprimé, car il commençait par une insulte, ce qui n’est pas acceptable dans une discussion, même houleuse.

  4. Michaël dit :

    J’aimerai savoir en quoi le club Dorothée était « déplorable » ???
    C’est d’autant plus drôle de la part d’un prétendu amateur de manga de démolir l’émission qui les a introduits en France malgré les critiques de l’époque !!!

    • PATYDOC dit :

      En effet, qu’est – ce que ce jugement de valeur vient faire là ? Pour avoir croisé Jacky parfois en soirée, c’était un gars aussi sympa à la ville que sur les plateaux télé.

  5. Gary Katur dit :

    Glénat ne publiera Lamu qu’en 2005, soit bien après la diffusion de la série télé et je doute qu’ils aient pu bénéficier de sa notoriété toute relative. C’est Takahashi qui aidait à vendre Lamu, pas l’inverse !

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