Slots : un dernier uppercut pour la route…

Premier récit entièrement réalisé par son auteur, « Slots » est un thriller percutant délicieusement réalisé, à l’instar de titres auxquels certaines collections hard boiled ont déjà su nous habituer. On en redemande !

Stanley Dance est un ancien boxeur, à la vie quelque peu foutraque. Fonceur travaillant à l’instinct, il a laissé femme(s) et enfant pour rouler sa bosse, tirant la caravane où il termine ses journées, au cul de sa belle voiture. Il revient à Las Vegas, tenter de donner une seconde chance, à lui et sa « famille » …

Dan Panosian dédie ce titre réussi à son père et on peut comprendre pourquoi, tant l’histoire recèle une forte connotation de vécu. Il est question ici de boxe, de revanche, et de réhabilitation/rédemption. Stanley Dance a en effet laissé derrière lui son fils de cinq ans : Lucy, qui est devenu une petite star de MMA. Son ex : Betsy, tenant un petit club dans la cité des jeux, est en concurrence avec son ex meilleur ami : Les, propriétaire du casino Le Royal. Ce dernier a viré son pote il y a une dizaine d’années après qu’il ait laissé sa femme mourir d’une overdose, tandis qu’ils le trompaient tous les deux pendant un de ses voyages d’affaire. Bref, Stan a du boulot s’il veut régler ses comptes, mais il a la niaque.

Changez Las Vegas en une quelconque ville moyenne d’Arménie, d’où est originaire l’auteur, et on peut imaginer celui-ci réalisant son rêve, lui dont le père, aussi artiste, l’a emmené voir Conan au cinéma dans sa jeunesse, et l’a introduit ensuite à ses premiers comics, via Batman et les revues Savage Sword of Conan. Beau « placement » (Slot) pour un jeune homme qui se retrouve à dessiner pour Marvel, puis éditer son propre comics chez Skybound/Image.

L’anti héros créé par Dan Panosian n’est pas très éloigné physiquement d’un autre, qui l’a fait connaître en France aux éditions du Lombard : John Tiffany (2 albums aux côtés de Stephen Desberg en 2013-2014). Si le premier est un chasseur de prime, dont la tête est mise à prix, la tête de celui-ci ne vaut pas bien cher non plus sur le ring, qu’il fait installer pour un improbable « match retour » et un système de paris foireux. Il n’a pas grand chose à perdre et est de la race des losers magnifiques, de la grande culture des pulps et autres comics hard boiled, auquel on a déjà pu goûter dans la langue de Molière. On pensera à la collection Holster, ou même First Wave, dans laquelle Panosian a participé à un « Doc Savage », voire Doggy Bags, des éditions Ankama, mais les éditions Delcourt, accueillant ce premier titre de l’auteur, ne sont pas en reste avec le « noir », comme on appelle ici les thrillers bien serrés. Ce récit très bien écrit, et il faut du talent pour permettre au lecteur de démêler ce noeud familial tordu, impose Panosian comme un super conteur. Son dessin, utilisant une trame donnant une « couleur » de finition particulière à un encrage subtil et sa colorisation adaptée, colle parfaitement au style d’une très bonne histoire.

« Slots », que l’on pourrait traduire à la fois par « Machines à sous » (que Stan a en veine) et
« créneaux », qui permettent à notre anti-héros de glisser son plan un peu bancal, convient parfaitement aux thèmes abordés dans ce comics tout en nerfs et feintes. Knock out dès le premier round, car sans faute !

Franck GUIGUE

Slots © & TM 2018, 2019 Skybound LLC.
Tous droits réservés. © Éditions Delcourt pour la version française

Une interview (en anglais) de Dan Panosian ici : https://dan-panosian-interview.blogspot.com/

« Slots » par Dan Panosian
Éditions Delcourt (15,95 €) – SBN : 978-2-413-01547-5

 

 

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Une réponse à Slots : un dernier uppercut pour la route…

  1. PATYDOC dit :

    Bonjour – Bien d’accord avec tout ce qui écrit, à un détail près : la traduction, qui est catastrophique (à tel point qu’on se demande si le traducteur a compris ce qu’il traduisait ) ! Les Urban Comics pas exemple sont généralement traduits correctement, mais les Delcourt … Terrible ! C ‘est un problème quand même …