Une intégration réussie avec beaucoup d’échec(s) …

L’accueil et l’assimilation des populations immigrées sont au cœur des débats politiques d’aujourd’hui. C’est à un niveau plus sensible, au cœur de l’humain, que le romancier Xavier-Laurent Petit a situé le périple de petit Ciprian et de sa famille, de la Roumanie à un bidonville de la banlieue parisienne. Mais il n’y a pas de fatalité et Ciprian fait preuve d’un talent original pour intégrer la société française.

En Roumanie, comme ailleurs en Europe, la population Rom est mise à l’écart, traitée avec mépris. Ainsi, la vie n’est pas facile pour la famille Zidar qui sillonne les routes des Carpathes pour montrer leur ours sur les places de petites villes. Lazar, le père, joue avec Gaman, un énorme plantigrade, pendant que ses fils, Dimetriu et Ciprian, commettent de menus larcins. Ce n’est pas du goût de la population locale qui chasse toute la famille. Peu après, le moteur de la voiture expire dans un dernier râle. Pour survivre Lazar accepte la proposition de gitans mafieux. La famille Zidar est exfiltrée en France. Mais pour ce passage, elle s’est endettée à un taux excessif auprès d’usuriers sans scrupules.

Le fils de l'ursari page 10

Le fils de l'ursari page 13

L’arrivée dans la ville lumière se déroule de nuit, à l’extérieur du périphérique. Les Zidar voient la tour Eiffel de loin avant de se réfugier au fin fond d’un terrain vague. De leur bidonville, ils rejoignent les grands boulevards pour faire la manche, chaparder dans les poches de passants et se livrer à quelques trafics interdits. Il faut bien vivre et rembourser des passeurs qui rappellent régulièrement l’état des sommes dues au chef de la famille. Le petit Ciprian échappe à ce quotidien sordide en se baladant dans le parc du Luxembourg.

C’est là qu’il découvre, tout d’abord en se cachant, comment des adultes jouent aux échecs. Ceux-ci l’aperçoivent, le rassurent et quand ils lui proposent de jouer une partie, ils découvrent ébahis les étonnantes compétences du jeune Rom pour ce jeu de réflexion. Commence pour le tout ébahi Ciprian la découverte d’un monde nouveau ; celui des Parisiens aisés, avec une intégration rapide dans la société française.

Le bidonville parisien

Le fils de l'ursari : La famille

Ce magnifique récit humaniste est l’œuvre du romancier Xavier-Laurent Petit. Son roman éponyme a été multi primé : Grand prix du roman de la Société des gens de lettres 2017 ou prix Sorcières dans la catégorie adolescent la même année.

Il y développe des thèmes universels et d’une actualité poignante ; sur l’intégration des plus démunis, le racisme ordinaire, l’importance de la solidité de la structure familiale, l’indispensable éducation pour intégrer les populations minoritaires et surtout, surtout, la lutte toujours recommencée contre les préjugés les plus obscurantistes, notamment ceux qui affectent la population Rom.

Ciprian observe "Lézechek"

Avec un style vif, tout en rondeur, parfois presque caricatural, Cyrille Pomès traduit en images prégnantes ce conte à hauteur d’enfant, positif mais jamais mièvre car il montre aussi les aspects sordides de la vie des Gens du voyage que ce soit en Europe centrale ou en France. Par ses couleurs nuancées, ses jeux de lumières qui donnent consistance et relief aux textures, Isabelle Merlet ajoute une touche finale de grande classe au travail de deux autres auteurs. Nous vous conseillons cette belle adaptation en bande dessinée d’un roman contemporain. De belles valeurs humanistes, bienveillantes sans êtres complaisantes, irriguent une intrigue riche, émouvante, qui touchera les cœurs les plus endurcis.

Le parc du "Lusquenbour"

Menace des passeurs

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Laurent LESSOUS (l@bd)

« Le Fils de l’ursari » par Cyrille Pomès et Xavier-Laurent Petit

Éditions Rue de Sèvres (16,00 €) – ISBN : 978-2-3698-1780-2

 

 

 

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