Martin Winckler héros d’un émouvant roman graphique sur l’IVG…

Dans la vie d’une femme, l’IVG peut se révéler être un événement traumatisant. Il y a maintenant huit ans, l’autrice Aude Mermilliod a, elle aussi, subi une interruption de grossesse. Ayant désormais le recul nécessaire, elle a tenu à partager son expérience, ses doutes et ses douleurs, dans ce nouveau roman graphique de plus de 160 pages (1). Pour ce faire, elle a bénéficié de la complicité du médecin et écrivain Martin Winkler (« La Maladie de Sachs »), lequel est, même, devenu l’un des protagonistes de son album.

En France, plus de 200 000 femmes ont recours à l’avortement chaque année. Pour autant, ce droit acquis chèrement — il y a maintenant 45 ans —, mais qui est régulièrement remis en question ici ou là, est-il devenu un phénomène anodin ? Force est de constater que les témoignages de femmes qui y ont eu recours sont rares, et c’est en cela que celui d’Aude Mermilliod, qui habite désormais Montréal, est précieux…

De son test de grossesse à l’opération, en passant par les scènes les plus intimes, elle ne nous cache rien, nous disant tout sur ses états d’âme : sur sa détermination, sur ses colères, et sur cette culpabilité qui n’est pas près de la lâcher.

Ayant rencontré le romancier, essayiste et médecin féministe Martin Winckler qui lui a raconté son passé (quand il était jeune médecin décidé à pratiquer des avortements), Aude a décidé d’en faire le principal personnage de la deuxième partie de son ouvrage. Apportant ainsi un point de vue d’homme et de praticien — les chemins qui l’ont amené à pratiquer l’IVG et son apprentissage sont éclairants et édifiants (2) —, le thérapeute contribue à rendre ce livre universel sur le sujet.

D’autant plus qu’avec son trait sobre et émouvant à la fois, mais aussi avec sa narration véritablement efficace, Aude Mermilliod bouscule les idées reçues sur l’avortement, que ce soit sur l’acte trop dévalorisé de ceux qui le pratiquent ou sur la réflexion complexe du choix de la maternité : « J’ai l’espoir que ce livre puisse amener du réconfort et aussi donner des clés aux hommes qui accompagnent les femmes. C’est un moment où elles sont rarement dans la verbalisation ou l’explication. Elles sont dans l’émotionnel pur, alors si je peux donner quelques pistes… »

Gilles RATIER

(1)  Après « Les Reflets changeants », paru aux éditions Le Lombard, en 2017.

(2)  Martin Winckler en fera la matière de son tout premier roman : « Vacation » (publié chez P.O.L., en 1989).

« Il fallait que je vous le dise » par Aude Mermilliod

Éditions Casterman (22 €) — ISBN : 978-2-203-15373-8

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