Derib : « Je voulais réussir ma sortie »

L’auteur de Buddy Longway signe, avec La Source, l’ultime album d’une grande série devenue classique. Rencontre …

 

 

Quand nous le rencontrons, Derib ne semble pas trop heureux de sa présence à Paris. Il nous dit avoir accepté un programme d’expositions, d’interviews et de dédicaces en France « parce que c’est le dernier album de Buddy Longway, et je voudrais faire découvrir la série à ceux qui ne la connaissent pas encore. » Les français, qui réservent actuellement un formidable accueil à l’adaptation en dessins animés de Yakari, diffusée sur France 3, semblent en effet avoir un peu oublié son autre série phare, Buddy Longway, « contrairement aux belges, indique Derib, qui savent encore célébrer les grandes séries classiques. » L’homme n’est « ni amer, ni critique », nous révèle-t-il. Il « constate, simplement ! ».

 

L’interruption de plus de 15 ans, entre 1987 et 2002 , de la série Buddy Longway ne lui a pas été favorable. Presqu’une génération de lecteurs est passée, de nouveaux genres narratifs se sont imposés et le public actuel français méconnait visiblement – à tort – les passionnantes mémoires, pleines d’humanisme et d’espoir, de ce trappeur vivant dans les grands espaces à l’époque de la conquête de l’ouest américain.

 

Fait rare, unique, même, quand Derib crée la série en 1972 : Buddy Longway vieillit au fil des albums. D’abord solitaire, Buddy se trouve rapidement une compagne indienne, Chinook, qu’il épouse et qui lui donne deux beaux enfants, Jérémie et Kathleen. Seule cette dernière survivra finalement à la violence liée à l’époque du sujet. Car ce n’est plus un secret : le 20ème et ultime album de Buddy Longway raconte les derniers jours du trappeur et de son épouse indienne Chinook jusqu’à la fin de leur vie. Une fin prévue de longue date : « dès l’origine du projet, je savais que je ferais 20 albums et que la série se terminerait par la mort de mon héros, nous indique-t-il. Ca aurait été une sorte de tricherie de ne pas faire ce que j’avais prévu quand j’ai parlé à Greg – alors rédacteur en chef de Tintin – de la série pour la première fois et qu’il a accepté de la publier. Je suis fier d’avoir eu le courage de faire ce que j’avais dit, d’aller jusqu’au bout. »

 

Certes ! Encore fallait-il trouver une issue crédible et humaine : « c’était très important. Buddy m’a accompagné durant 30 ans. Je l’ai fait se marier quand j’étais malheureux de ne pas l’être. Alors, au moment de le faire mourir, il était évident que je devais traiter sa fin avec humanité, explique Derib, même si il faut accepter la violence liée à l’époque et aux faits divers qui ternissent l’actualité. » L’auteur décide par ailleurs que le trappeur et sa femme mourront, comme ils ont vécu les années précédentes : ensemble. « Je n’avais pas beaucoup de solutions, poursuit-il : une catastrophe naturelle, un suicide, une mort violente … Je devais être cohérent et ne pas louper ma sortie car je voulais finir sur un album qui marque. J’ai relu toute la série et j’ai trouvé une issue crédible en rattachant cette fin à l’album Le secret et au désir de vengeance aveugle de Cheval fougueux. »

 

Cette fin violente, que les lecteurs ne verront pas, termine donc le récit, avant de laisser place à un épilogue que Derib réalise au crayon et à l’aquarelle : « une façon d’adoucir le propos avoue Derib, de dire que la nature reprend ses droits, précise-t-il. Cet épilogue était obligatoire. La fin aurait été trop dure sans. Il fallait que le lecteur, comme la fille de Buddy et Chinook – fasse son travail de deuil. Je voulais que Kathleen parte avec le sentiment d’être orpheline mais adulte. La jeunesse doit comprendre que la mort fait partie de la vie. » Revoilà Derib l’humaniste, qui exprime alors sa volonté de relancer la responsabilisation du respect de la vie, qui nous indique à quel point il a été choqué par les morts jamais réclamés par leur famille lors de la canicule de l’été 2003.

 

On retrouve bien là l’auteur révolté des injustices. Celui de Jo, sur le drame du Sida, de No Limits, sur la prévention de la délinquance ou encore de Pour toi Sandra, sur l’exploitation sexuelle des jeunes, qui signera d’ailleurs prochainement, pour le compte du Mouvement du Nid, une bande dessinée sur la prévention de la prostitution, « qui suivra l’itinéraire d’un client, indique Derib. » Avant de retourner vers les grands espaces, malgré la disparition de son trappeur. Et pourquoi pas à travers les aventures de Kathleen ? « La porte est entrouverte, nous dit-il en souriant. » …

 

 

 

Laurent Turpin

 

 

 

A noter : A l’occasion de la sortie de l’album « La Source », comme il l’avait fait pour les tomes 17 et 18, Derib autoédite un double album grand format, reprenant les deux derniers volumes (19 et 20) de la saga Buddy Longway en noir et blanc, et agrémenté de nombreux croquis (recherches de personnages notamment) et autres aquarelles inédites. Présenté sous une couverture spécifique, représentant Buddy et Chinook s’embrassant à cheval, cet ouvrage bénéficie d’un tirage limité, de 296 exemplaires numérotés et signés. Son prix : 110 €.

 

 

 

A noter 2 : A l’occasion des 40 ans de carrière de Derib, les éditions du lombard rééditent, dans leur collection « Auteurs Lombard », la superbe monographie Derib, un créateur et son univers, signée de Georges Pernin, actualisée et agrémentée pour l’occasion de 16 pages inédites de Jean-Louis Lechat. Une excellent occasion de mieux connaître l’auteur de Buddy Longway et de découvrir son œuvre au sens large.

 

 

 

A noter 3 : L’excellent site de la série, www.buddylongway.com

 

 

A noter 4 : Pour les lecteurs intéressé par le travail « militant » de Derib , le Mouvement du Nid, propose sur son propre site une rubrique consacrée à la bande dessinée Pour toi Sandra et suivra la production de la future bande dessinée sur le client d’une prostituée, Dérapages. Vous y trouverez notamment une interview de Derib et également les témoignages des personnes prostituées qu’il a rencontrées pour réaliser Pour toi Sandra. Lien direct : http://www.mouvementdunid.org/-Outils-jeunesse-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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