Dérision attendrissante et frissons glaçants garantis dans les montagnes russes du « Grand méchant huit » …

Cap’ ou pas cap’, les plus grands défis de l’enfance commencent après de gentilles provocations entre camarades. Sauter du tremplin du 3 mètres à la piscine ce n’est rien par rapport à un aller, peut-être sans retour, dans le plus grand manège d’un parc d’attractions : le grand huit. Un véritable rite initiatique pour le jeune Robin conté avec un humour caustique par Guillaume Long.

Robin est un jeune garçon sage et timide. Pour son anniversaire, ses parents lui offrent ainsi qu’à son ami Rémi une journée à Youpiland, un parc d’attractions où la règle est de s’amuser. Évidemment, leurs mères leur font une longue, très longue, liste de recommandations avant de les lâcher en autonomie à l’entrée du parc. Désinvoltes et impatients, ils promettent de toutes les respecter avant de se lancer à corps perdus dans les manèges autorisés.

Seulement, les deux gamins croisent bien vite deux copines de l’école, Myriam et Audrey, deux petites pestes qui les narguent : « Le grand huit, ça c’est du grand frisson ! ouais ! Y’a des gens qui vont à l’infirmerie après ! Tu peux risquer ta vie !! Bon bref, on vous laisse jouer sur la grande roue ! Harharharrhar !! » Après cette moquerie frontale, impossible pour Robin et Rémi de ne pas se risquer sur le grand huit.

Le Grand méchant huit page 7

Les copines de classe !

Mais le plus inquiétant est qu’au fil des attractions, ils sont sans cesse suivis par un mystérieux jeune individu aux cheveux blancs.

Ils prennent peur en laissant vagabonder leur imagination ; est-ce un alien ou un agent du F.B.I. ? Cela gâche peu à peu la journée de fête. Et quand ils ont enfin le courage de monter dans un wagonnet du grand huit, des bruits étranges et répétés derrière eux les effrayent.

Leur peur redouble quand ils s’aperçoivent que leur suiveur au sweat-shirt orné d’un 8 prémonitoire est à bord, juste derrière eux… La vie de Robin défile devant ses yeux comme dans un film, sa dernière heure est peut-être arrivée…

Le Grand méchant huit page 9

Rémi et Robin

D’abord paru en 2006, « Le Grand méchant huit » est réédité par La Joie de lire avec une couverture souple. On y retrouve Robin, le jeune et timide héros récurrent depuis « Swimming Poule mouillée » et « Plâtatras ! » de Guillaume Long.

Il propose, en 36 pages, une nouvelle aventure mêlant du convenu (la journée au parc d’attractions) et les déconvenues, ce qui fait de ce petit album un bon moment de lecture où s’infiltrent des petites astuces de mise en page (des visions subjectives, une bulle pleine de recommandations visuelles, une amusante interruption momentanée de la bande dessinée avec Michel Chevalier) et des illustrations pleine page.

Les peurs enfantines ...

Le mystérieux jeune homme aux cheveux blancs

De son dessin rond, simplifié mais très expressif, Guillaume Long tire le meilleur d’autant que la mise en couleurs est particulièrement pertinente.

Son humour, grinçant et bienveillant en même temps, nous renvoie aux peurs enfantines quand l’imagination est débordante et qu’il est impossible de ne pas relever les défis des copains et copines, à ces petits rites initiatiques que tout le monde a dû passer lors d’une préadolescence où on adore jouer à se faire peur.

Le plan de Youpiland !

On redécouvre dans un nouveau format « Le Grand méchant huit », un récit frais et attachant qui parle avec justesse de l’enfance tout en se moquant gentiment des travers de notre société consumériste notamment des parcs d’attractions où l’on se doit de sourire continuellement même dans des fast-food, temple d’une malbouffe addictive pour les plus jeunes.

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Le Grand méchant huit » par Guillaume Long

Éditions La Joie de lire, collection Somnambule (10,00 €) – ISBN : 978-2-88908-4524

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