L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
Lire la suite...Manipulations et fascinations entre psychologue et patient sont au centre du nouveau roman graphique de Timothé Le Boucher…
Manifestement fasciné par les troubles de l’identité, Timothé Le Boucher nous avait déjà enthousiasmés en 2017 avec « Ces jours qui disparaissent », chez le même éditeur… Il récidive, ici, avec un complexe thriller psychologique, totalement hitchcockien.
Un jeune garçon, retrouvé poignardé au milieu de toute sa famille assassinée, se réveille sur un lit d’hôpital, après une longue période passée dans un profond coma. Six ans plus tôt, la police avait arrêté sa jeune sœur attardée errant dans la rue, couverte de sang, un couteau à la main. En se rendant chez elle, les agents découvrent, avec effroi, la scène d’horreur.
Pierre est désormais l’unique survivant de ce que l’on appelle le massacre de la rue des Corneilles, puisque la coupable présumée s’est suicidée, confiant seulement son innocence à la psy qui la suivait. Aujourd’hui, l’adolescent de 15 ans qu’il était au moment des événements est devenu un jeune homme de 21 ans. Désorienté, car encore paralysé et souffrant d’amnésie partielle, Pierre est pris en charge par cette psychologue, spécialisée dans les questions de criminologie et de victimologie, qui avait déjà suivi sa sœur. Pendant leurs séances, la doctoresse tente de l’amener à se souvenir des circonstances du drame, malgré ses pertes de mémoire et le fait que l’enquête soit close. Un impressionnant jeu du chat et de la souris se met ainsi en place et Pierre évoque alors, à sa thérapeute, la présence mystérieuse d’un homme en noir qui hante ses rêves : certainement une probable réponse inconsciente à son traumatisme…
Dans ce pavé souvent onirique, voire fantastique, de 300 pages jonchées de nombreux rebondissements, ce prodige juste trentenaire réussit à déstabiliser complètement le lecteur, pourtant persuadé qu’il a très vite tout compris de l’affaire, avec l’apport régulier d’éléments nouveaux, séquence après séquence.
On y retrouve, donc, les obsessions concernant les méandres du cerveau sur les apparences et la figure du double de ce remarquable jeune auteur, ainsi que la fluidité de sa narration sophistiquée (ellipses, séquences muettes et sauts temporels se succédant habilement) concernant des sujets scientifiques qui pourraient, pourtant, être vite rébarbatifs ; mais aussi son limpide et plaisant style graphique aussi précis que délicat, complètement dans l’air du temps, sorte d’hybride entre mangas, comics et BD franco-belges.
Gilles RATIER
(1) Voir notre chronique sur BDzoom.com : « Ces jours qui disparaissent » par Timothé Le Boucher.
« Le Patient » par Timothé Le Boucher
Édition Glénat (25 €) – ISBN : 9782344028070















