Avant les Gilets Jaunes…

Avant les Gilets Jaunes, l’actualité a été longtemps marquée par l’opposition à la construction d’un nouvel aéroport, à Nantes. On a presque tendance à l’oublier, pourtant les points communs entre ces manifestations de Notre-Dame des Landes et les mouvements des Gilets Jaunes sont nombreux. L’album de Thomas Azuélos et Simon Rochepeau arrive à point pour le rappeler soulignant les forces et les légitimités des zadistes, mais également leurs faiblesses, voire leurs dérives…

ZAD ou « zone à défendre », c’est-à-dire à défendre coûte que coûte, écologiquement parlant. C’est la raison pour laquelle les agriculteurs et les riverains se lèvent, s’élèvent, vite suivis par des jeunes de la France entière défendant l’environnement, puis des couples voulant tester là des modes de vie alternatifs, enfin d’autres, plus radicalisés encore, cherchant volontiers le rapport de force et la violence. Au bout du compte, un melting-pot changeant, évoluant, au fils des jours et des événements. L’accent est d’abord mis par les auteurs sur l’opposition entre les policiers et les « résistants » qui se sont installés sur ces terres, ont monté des barricades et sont prêts à en découdre. L’un d’eux, Max, ramène la situation à l’opposition entre monde primitif et monde civilisé, celui des flics. Un autre, plus réaliste, veut montrer « ce dont les paysans sont capables ». Tous luttent au quotidien contre un aménagement qu’ils abhorrent et les auteurs, pour mieux comprendre leurs combats, les ont accompagnés pendant plusieurs semaines.

Car qui sont-ils ces zadistes ? Que veulent-ils ? Qu’ont-ils abandonné pour s’installer ici ? Qu’est-ce qui les réunit ? Qu’est-ce qui les fait tenir ? L’enjeu est pourtant clair et de taille : « mille six cent cinquante hectares de cultures, de richesses écologiques, sacrifiés sous la pression d’une multinationale ». Mais quelles actions mener ? Qui va décider ? Comment ? D’assemblée générale en assemblée générale, les idées fusent, les désaccords aussi. « Sans voter, comment tu veux décider quoi que ce soit » ! L’éternel problème, l’éternel écueil. Quand on pense avoir raison et qu’on ne fait plus confiance à personne, comment aboutir ? D’autant les zadistes, déterminés et constructifs, se demandent s’il ne faudrait pas « virer ceux qui déconnent »

Au fil des mois, de 2009 à 2018, les nerfs sont mis à rude épreuve, par les pressions administratives, les affrontements avec la police et les luttes internes. L’album le montre bien. Il faut « réinventer le monde », Cloé en est persuadée, mais lequel et avec qui ? Qui va faire la loi sur la ZAD ? Les questions que se posent les zadistes et les problèmes auxquels ils sont confrontés sont aussi ceux que se posent ceux qui ont occupé pendant des semaines des ronds-points ou qui reviennent tous les samedis réaffirmer leur volonté de changer de monde, pour les plus constructifs, ou d’en découdre, pour quelques autres.

Si graphiquement l’album part un peu dans tous les sens, le propos, lui, est parfaitement maitrisé et permet de replonger dans ce projet abandonné en janvier 2018. En dépassant le reportage pour en faire un récit avec des personnages de fiction, très inspirés du réel, ils ont réussi à produire une fresque vivante et passionnante sur un sujet majeur de notre temps : choisir son avenir, coûte que coûte, parce que l’avenir « c’est plus grand que nous » !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« La ZAD c’est plus grand que nous » par Thomas Azuélos et Simon Rochepeau

Éditions Futuropolis (25 €) – ISBN : 978-2-7548-2414-9

 

 

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