« Captain Marvel » : et si Carole Danvers agissait comme le trou de ver du Marvel universe ?

Le blockbuster « Captain Marvel » est sur les grands écrans depuis mercredi et, si on ne s’inquiètera pas trop de sa réception, à la vue de sa rafraîchissante qualité, cette licence Marvel se révèle pourtant issue d’un comics bien compliqué. Tentative de résumé…

En 1967, Martin Goodman, responsable des éditions Marvel, s’inquiétant de la propriété du nom du personnage Captain Marvel, laissée libre par les éditions Fawcett ayant créé un héros trop ressemblant à Superman quelques années plus tôt, et ayant donc du l’abandonner pour des raisons légales (1), demande à Stan Lee d’inventer une histoire à la va-vite. Ce dernier, associé à Roy Thomas dès le deuxième épisode, et Gene Colan au dessin pour les six premiers, crée le Capitaine Mar-Vell, guerrier extra-terrestre Kree.

Celui-ci, à bord d’un vaisseau spatial, approche de la terre, dans le premier épisode, avec d’autres membres de sa race, pour une mission spéciale. En effet, quelques temps plus tôt, et dans des épisodes contés au sein de la série « The Avengers », un des robots Sentinelles de cette race extraterrestre à été battu par les Quatre fantastiques, ce qui constitue une menace pour les Kree. Mar-Vel est donc dépêché sur Terre, afin d’enquêter, mais dans un contexte tendu car il partage son amour du docteur Una avec son supérieur, le colonel Yon Rogg, qui n’aura de cesse de souhaiter sa mort.

Au long des premiers épisodes présentés dans ce premier recueil d’intégrale 1967-1969 : deux introductifs, publiés dans la revue Marvel Super Heroes (décembre 1967 et mars 1967) puis les suivants : 1 à 12 de la revue homonyme, datés mai 1968 à avril 1968, on suit les aventures intéressantes de ce guerrier casqué, à la tenue blanche et verte, pris entre plusieurs sentiments.

S’il doit servir la cause de son peuple, garder l’amour de sa bien aimée, malgré un deuxième naissant avec la scientifique militaire Carole Danvers, tout en déjouant les plans de son supérieur vicieux et revanchard, il doit aussi se fondre dans la masse sur Terre en cachant son identité, sous celle du défunt scientifique Walter Lawson, accidentellement tué dans une altercation entre Mar-Vel et Yon Rogg.

Après quelques rebondissements, et malgré ses pouvoirs déjà grands, il va, dans le dernier épisode de ce tome, à la fois perdre beaucoup, et gagner de nouvelles facultés improbables, en étant transporté dans une dimension parallèle. De quoi laisser le champ libre à d’autres auteurs et d’autres remaniements, qui nous seront contés dans le tome 2 à paraitre.

Ce premier volume, porté par un scénario d’assez bonne qualité, se lit sans déplaisir. Il est mis en valeur par le dessin classique mais efficace de Gene Colan, surtout lorsqu’il est encré avec talent, c’est à dire par Frank Giacoia, privilégiant les hachures, mais surtout Vince Colletta. Don Heck, au dessin dès l’épisode 5, assure aussi, même si l’encrage plus typé seventies de John Tartaglione, avec ses trames à la Kirby, amène un style étonnant. Dick Ayers, sur les deux derniers épisodes, délivre quant à lui un trait beaucoup plus sobre, voire naïf, qui, associé à la thématique très Space Opera de cette fin de tome, lui confère un petit côté « Météor », donc 50′s, surprenant. Un bon volume, quoi qu’il en soit.

L’anthologie « Je suis Captain Marvel », dans la collection aujourd’hui reconnue, déroulant une sélection des moments les plus significatifs d’un personnage, nous présente quant à lui davantage le Captain Marvel féminin faisant l’objet de l’adaptation cinématographique. Deux épisodes avec le Captain original masculin (Marvel Super-Heroes 12 et Captain Marvel 18 de 1968) sont néanmoins placés en introduction, laissant ensuite la place à « Cette femme, cette guerrière » du premier numéro de Miss Marvel, daté janvier 1977.

Petit rappel nécessaire : Carole Danvers fait partie de la série depuis le départ, comme responsable de la sécurité à la NASA. Elle y rencontre Mar-Vel et est en passe de découvrir son secret, au moment où ce dernier disparaît dans la zone négative… Si dans les épisodes (à paraître dans la seconde intégrale), de notre héros extraterrestre masculin, Roy Thomas, puis ensuite Jim Starlin, vont faire évoluer le personnage, lui donner un alter ego terrien : Rick Jones, apparaissant – disparaissant avec un principe de choc de bracelets l’un contre l’autre, mais aussi un nouveau look, (bleu et cramoisi, selon l’expression de Massimiliano Brighel dans l’une des nombreuses fiches de ce volume), celui-ci ira jusqu’à connaître la maladie…et même la mort en 1979 (oups).

 

 

Le fameux épisode d'acquisition des pouvoirs...

En 1977 donc, en pleine période de féminisme, décision est prise par Stan Lee de ramener le personnage au devant de la scène, mais dans un contexte complètement différent. Il s’agit d’une femme, appelée d’abord Miss Marvel. L’idée est originale, car ce personnage, qui a gagné ses pouvoirs lors d’une fusion avec Mar-Vel quelques années plus tôt, dans l’épisode de Novembre 1969 « The Ennemy is Mine », n’a pas conscience de son alter ego terrien, qui n’est autre que la journaliste…Carole Danvers. Si Miss Marvel, scénarisée par Gerry Conway et dessinée dans les premiers épisodes par John Buscema est cependant plutôt sexy dans son costume moulant et largement ouvert, c’est parce que c’est surtout la grande journaliste indépendante blonde et au fort caractère, son alter ego, qui est mise en avant pour apporter le crédit féministe au comics. Et bien que la série continue à développer cet aspect spécifique, que l’on retrouve avec grand plaisir (et beaucoup d’humour) dans le film aujourd’hui, les choses vont, cela dit, connaître pas mal de bouleversements…

Dès le troisième numéro, Chris Claremont s’occupe du scénario, tandis que divers dessinateurs apporteront leur vision du personnage. C’est cependant le début des années quatre-vingt qui va marquer l’un des plus gros changement de l’héroïne et du personnage, puisque, retrouvant les pages d’une revue : celle des Avengers (numéro 200 : « The Child Is father…to ? ») Carole va être kidnappée, subira un lavage de cerveau et sera sûrement violée, amenant une grossesse qui s’avérera plus qu’étrange…Un épisode narré ici par l’entremise de sa suite, écrite par Chris Claremont et dessinée par Michael Golden (« By Friends Betrayed » King Size annual Avengers 10), que le scénariste s’empressera de faire oublier dans la série principale qu’il dirige.

Le nom Captain Marvel a été par ailleurs utilisé par d’autres personnage au fil de ces années folles, et dès 1982, un nouvel alter ego : Monica Rambeau, jeune femme noire, lui est associée (Spider-Man Annual 16), ainsi que d’autres, jusqu’à ce que 2012 voit le grand retour officiel de Carole Danvers dans sa série homonyme (2). Entre temps, elle aura aussi été associée aux X-Men, entre autre dans un récit : « Le retour de Malicia » (Uncanny X-Men 269, 1990), qui nous est proposé ici.

De plus, avant de se « poser » un tant soit peu avec le titre de 2012, d’autres revues ont vu défiler ses exploits. Une vraie « montagne russe », comme l’exprime si bien Massimiliano Brighel, où l’on s’aperçoit que Captain Marvel est au centre de l’univers Marvel.

C’est tout l’intérêt et le rôle (difficile) des 13 récits rassemblés dans ce recueil, allant de 1967 à 2017 : nous prendre par la main afin de tenter de garder un rapport à peu près sensé avec la série. Je vous préviens : entre les histoires bien bizarres, la diversité des comics et époques concernées, ainsi que la multiplicité des auteurs et dessinateurs impliqués, la mission est ardue, même si le plaisir reste au rendez-vous, grâce, entre autre, à certaines belles surprises au dessin.

Les additifs éditoriaux pointus, rédigés par Jérémy Manesse, Massimiliano Brighel, Simon Bisi, Lucas Scatasta, Christian Grasse, Aurélien Vivés, Carlo Del Grande, Mattia Dal Corno, sont aussi évidemment bienvenus et indispensables afin de recoller les morceaux d’un personnage, certes merveilleux, mais aux identités multiples et complexes. Tout l’intérêt de la collection Je suis… et encore davantage dans ce volume.

Franck GUIGUE

 

 

Toutes images : © 2019 MARVEL

(1) Un peu plus tard, et ironiquement, les éditions DC, ayant acquis les droits de Fawcett, souhaitant reprendre le personnage original de Billy Batson – Captain Marvel, devront l’appeler Shazam, du nom du sorcier qui lui a offerts es pouvoirs, le nom Captain Marvel ayant été utilisé entre temps.

(2) Les douze premiers épisodes de ce retour sont rassemblés dans le titre paru récemment :
« Captain Marvel : et nous serons des étoiles T1 », écrit par Kelly Sue De Connick et dessinés par divers artistes. (Panini éditions)
Une autre nouveauté intéressante est proposée, par le même éditeur : « La vie de Captain Marvel ». Celui-ci présente les épisodes originaux américains inédits en français : « Life of Captain Marvel 1-5 » datés 2018, et en l’occurence les origines des pouvoirs du personnage Carol Danvers. Scénario de Margaret Stohl et dessins de Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage.



« Captain Marvel : L’intégrale T1 (1967-1969) » par Roy Thomas, Arnold Drake, Don Heck, Gene Colan…
Éditions Panini comics (35 €) – ISBN : 978-2809476262

« Je suis Captain Marvel » par divers
Éditions Panini comics (25 €) – ISBN : 978-2809476187

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Une réponse à « Captain Marvel » : et si Carole Danvers agissait comme le trou de ver du Marvel universe ?

  1. JC Lebourdais dit :

    Moments classiques des premiers magazines de LUG. Oh Nostalgie. Que le lettrage ait ete refait pour quelque chose de plus moderne, pourquoi pas; en revanche, la traduction originale montrait une maitrise de la langue francaise que celle-ci n’a pas, helas.