Adoption compliquée à Mayotte…

En adaptant le roman éponyme de Natacha Appanah, « Tropique de la violence », paru chez Gallimard et Prix Femina des Lycéens 2016, Gaël Henry entend mettre en images la situation explosive de l’île de Mayotte, dans l’Océan Indien. Cependant, le personnage central n’est pas seulement le témoin d’une crise sociale, mais aussi un adolescent mal dans sa peau et en rupture familiale dont le destin risque de basculer…

À Mayotte – l’actualité le rappelle régulièrement et Charles Masson en avait d’ailleurs fait l’objet de son ouvrage militant « Droit du sol » – l’ile française est soumise à une immigration importante, venant d’Afrique, de Madagascar ou des Comores. C’est de là que venait justement la jeune maman de Moïse, qu’elle n’a d’ailleurs pas encore nommé quand elle l’abandonne à Marie, infirmière au CHR de Mamoudzou. Comme Marie est en mal d’enfant, elle adopte finalement ce bébé qui faisait peur à la jeune mahoraise de 16 ans parce qu’il a des yeux de couleurs différentes, des yeux vairons, « l’œil du djinn », ce qui porte malheur, croit-elle.

Malheureusement, entre Marie et Moïse, les relations se compliquent : Moïse veut comprendre pourquoi sa mère venue comme tant d’autres sur un « kwassa kwassa» (ces bateaux de pêche qui font la traversée entre Anjouan et Mayotte et servent à l’immigration clandestine), l’a abandonné.  Elle a beau l’entourer d’affection, Marie n’arrive pas à rassurer l’adolescent qui lui en veut de lui avoir volé sa vraie vie. Il s’enfonce peu à peu dans le rejet de sa mère adoptive, une violence qu’elle ne comprend évidemment pas et qui la mine terriblement.

Moïse se marginalise, sèche l’école, s’intéresse aux ados de son âge et à ces bandes  incontrôlables qui peuplent le quartier de Gaza (surnom donné au quartier chaud des bidonvilles de Mamoudzou, la capitale), dominé par des petits chefs qui font la loi. C’est le cas de Bruce qui met la main sur Moïse pour lui soutirer de l’argent ! Problème : Moïse est au fond un gamin gentil, rêveur, un peu naïf, vite manipulé, vite humilié, maltraité, ne sachant plus, comme il dit, où est la réalité. Lui qui n’a qu’un ami, son chien Bosco, va finalement perdre sa mère et ce fidèle compagnon, les deux de façon très perturbante pour un gamin de 15 ans. La dérive n’est pas loin !

Même si la réalisation graphique n’est pas toujours très convaincante, le sort de cet adolescent dans cet univers en perdition touche le lecteur, lequel observe avec agacement ceux qui s’agitent autour de lui : politiciens véreux, humanitaires incompétents, policiers dépassés, sans qu’au bout du compte il n’y ait rien grand-chose qui change. « On estime à 3000 le nombre de mineurs isolés qui vivent durablement dans le cent-unième département de France, sans foi ni loi », dit-on dans la presse locale…

On redécouvrira aussi, à l’occasion, « La guerre des autres » et « Alexandre Jacob, journal d’un anarchiste cambrioleur » auxquels Gaël Henry a participé.

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

 « Tropique de la violence » par Gaël Henry

Éditions Sarbacane (23, 50 €) – ISBN : 978-2-37731-189-7

 

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