« Alix origines » : Jacques Martin, revenez !

L’annonce d’une série parallèle consacrée à l’enfance d’Alix était une initiative séduisante. D’autant plus qu’« Alix Senator » est un modèle du genre et que le nom de Marc Bourgne au générique était une promesse de grande et belle aventure. Et voilà qu’on nous sert une série jeunesse proche de l’adaptation d’un dessin animé des années 1990, au graphisme enfantin mâtiné de manga.

En l’an -61, en Gaule, dans la région des Celtes Éduens, le jeune Alix alors âgé de 7 ans, fils de Myrdinna et d’Astorix, le chef respecté d’une tribu Éduenne, s’apprête à rejoindre son oncle le fermier Omnios afin d’étudier le Latin. Trois ans plus tard, en -58, le jeune garçon et son cousin Vanic sauvent la vie de la jolie Flavia, fille du général romain Graccus. Surprenant une conversation, Alix apprend que les traîtres Aldéric et Ansila complotent contre son père et sa famille. Un loup surgissant de nulle part protège le jeune garçon dont le rêve est de voir un jour Rome…

Franchement, connaissant le travail de scénariste de Marc Bourgne (« Frank Lincoln », « Les Pirates de Barataria »), on pouvait s’attendre à autre chose que cette pâle déclinaison des séries TV jeunesse. Dans l’esprit de Jacques Martin, Alix était quand même autre chose qu’un gosse espiègle, sauvant une gamine d’un notable du camp ennemi dont il tombe amoureux et déjouant un complot simpliste avec l’aide d’un loup.

Ne parlons pas du dessin de Laurent Libessart, au passé pas vraiment convaincant qui tourne le dos à la ligne claire chère à Jaques Martin pour ressembler à ces adaptations en BD de dessins animés des années 1990 et aux personnages aux grands yeux sortant tout droit d’un Manga. C’est d’autant plus regrettable que costumes et décors ont soigneusement été mis au point avec le concours de Franck Mathieu, auteur d’un cahier pédagogique proposé en fin d’ouvrage. Le dessinateur nous gratifie d’une dédicace dithyrambique où il remercie la famille Martin.  Pour avoir eu le privilège d’avoir pas mal discuté avec le « Maître », je doute qu’il aurait été enthousiasmé par cette jeunesse imaginée pour gamins de CP des aventures de son « enfant » de papier. Il est difficile de comprendre comment, après avoir réussi un sans faute avec « Alix Senator », on puisse se laisser piéger aussi facilement avec la jeunesse du héros.

Il est probable que les auteurs ont suivi des directives éditoriales précises pour transformer un héros culte de la BD au lectorat majoritairement adulte en un personnage de BD pour enfants. Marc Bourgne confie « avoir imaginé une intrigue plaisante et distrayante, qui séduise autant le jeune public que les lecteurs traditionnels. » Cher Marc, avec toute l’amitié que j’ai pour vous, permettez-moi de vous dire que c’est raté ! On se demande quels vieux lecteurs des aventures d’Alix vont pourvoir être en accord avec ce choix éditorial. Ce qui ne veux pas dire que les jeunes, même si j’en doute, seront hostiles à cette honnête BD. Le problème c’est que Alix n’est pas un héros comme les autres, et qu’on ne peut pas en abîmer à ce point l’enfance fantasmée par ses lecteurs au fil des décennies.

Henri FILIPPINI

« Alix origines T1 : L’Enfance d’un Gaulois » par Laurent Libessart et Marc Bourgne, d’après Jacques Martin

Éditions Casterman (11,95 €) – ISBN : 9 782203 141407

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16 réponses à « Alix origines » : Jacques Martin, revenez !

  1. JACQUADIT dit :

    La critique est aisée , l’art est difficile , raz le bol de ces pseudos  » jesaistout  »  » jepensepourlesautres » qui dégomment le travail des autres , et qui connaissent la réaction d’auteurs disparus , je ne suis ni proche , ni ami des auteurs , je ne les connais pas , mais raz le bol de ces critique de bd , de cinéma , etc ..qui ne savent que détruire le travail des autres , j’ai cette bd , je ne l’ai pas encore lu , peut être qu’elle ne me plaira pas , mais je garderais mon avis pour moi , ne serait que vis à vis des auteurs qui se sont investis ,

  2. Patrick BOUSTER dit :

    Alors, on ne peut pas chroniquer, critiquer, uniquement pour respecter un travail, même s’il n’est pas pertinent ou « raté » ? C’est un peu spécieux. Les arguments de Filippini se tiennent au vu de l’histoire et des extraits. L’univers d’Alix de Martin et ses suiveurs compétents est cohérent, a un style et un propos. Ici, c’est de la récupération/démagogie pour gamins, ce qui n’est pas les respecter, eux et Martin.

  3. Moijedis dit :

    C’est de la trahison, J Martin doit se retourner dans sa tombe. Je l’ai fréquenté pendant des années et je sais ce qu’il aurait dit en voyant ça !

  4. JACQUADIT dit :

    Mais oui , mais oui …… Tout de suite les grands mots , Ces auteurs méritent l’exécution pure et simple , Ce sont des fausses polémiques comme sur les réseaux sociaux , les forums , bref , c’est le lot quotidien des jaloux , das aigris , des médiocres qui n’ont que la critique pour essayer d’exister , mais comme c’ est le seul moyen d’attirer du monde , enfin du monde , une dizaine tout au plus ,  » le temps ne fait rien à l’affaire ….. » Ça va j’ai bien répondu ? on peut continuer à polémiquer ???
    Je l’ai lu hier , j’ai beaucoup aimé , je connais Alix par coeur et j’ai 70 ans , alors , je sais aussi de quoi je parle , un petit bonjour à F.M , malgré un très gros passage à vide de plusieurs années pour moi et pour une très proche , le moral , l’envie sont enfin revenu , je pars prochainement sur les pas du sphinx d’or

  5. bouyer dit :

    bonjour
    j’aimerais savoir s’il est possible que les populations gauloises apprenaient le latin en -61 alors que la 1ére incursion de Jules César etait en -58 contre les Helvetes. Cela me choque …

    • Laurent Turpin dit :

      Bonjour ,Marc Bourgne vous répond directement :
       » Les familles aristocratiques celtes utilisaient les services de précepteurs grecs ou romains pour enseigner à leurs enfants -entre autre matière- le latin. Les »Gaulois » n’étaient pas les barbares chevelus et moustachus qu’on imagine. Le peuple éduen (celui dont Alix fait partie) partageait avec le peuple romain le titre officiel de « frère ».
      La première incursion militaire de César date effectivement de -58, mais les échanges culturels et commerciaux entre Romains et Celtes sont bien antérieures.
      Mais tout cela, vous le savez déjà, puisque vous l’avez lu dans Alix origines! »

  6. Laurent Turpin dit :

    Cher Henri,

    J’espère que vous allez bien.
    Je viens de lire sur BDzoom votre critique de Alix origines, qui m’a évidemment un peu peiné, et à laquelle j’aimerais répondre.
    Je voulais poster un commentaire sur le site, mais je ne suis pas parvenu à le faire.

    Vous semblez surpris de l’intervention, dans mon scénario, d’un loup. Or, ce loup, au caractère un peu fantastique, sort directement de deux albums de Jacques Martin, Les légions perdues et Vercingétorix. Je cite Martin (dans La voie d’Alix, Dargaud): « Cette connivence entre les loups et les hommes m’a beaucoup plu. »

    J’admets que l’amourette d’Alix avec Flavia s’écarte du canon de la série de Jacques Martin. Les personnages féminins sont importants et nombreux chez Martin, mais s’ils sont souvent amoureux d’Alix, ce n’est jamais réciproque. Et ces femmes meurent presque toujours tragiquement. J’avoue que cette vision assez passéiste ne me paraît plus adaptée à notre époque, et qu’il m’a semblé indispensable de créer un personnage féminin fort et positif.

    Vous écrivez que l’Alix de Martin est « quand même autre chose qu’un gosse espiègle ». Je suis bien d’accord avec vous. Mais c’est précisément parce qu’il n’est plus un gosse, mais un jeune homme marqué par les épreuves… Epreuves que nous narrons dans Alix origines, et qui vont transformer un « gosse espiègle » et insouciant en un personnage sérieux et grave. Il ne peut pas avoir, à dix ans et avant les drames qui vont changer sa vie, la même personnalité qu’à 16 ou 17 ans, ce serait absurde et ça n’aurait aucun intérêt sur le plan psychologique.

    Enfin, vous reprochez à Casterman de vouloir transformer un héros au « lectorat majoritairement adulte » en « personnage de BD pour enfant ». Mais c’est oublier qu’Alix, à sa création, n’était pas un personnage pour les vieux mais un personnages pour les jeunes, ceux-là même qui lisaient le journal Tintin. Car dans les années 50 et 60, vous le savez mieux que n’importe qui, la BD était exclusivement destinée aux enfants et aux ados. Je cite Raymond Leblanc:  » À la Libération, il manquait un journal pour jeunes. J’ai donc pensé au personnage de Tintin qui convenait parfaitement au type de journal que je désirais lancer. » Les lecteurs de Martin sont restés fidèles à Alix ou à Lefranc mais ne sont pas du tout renouvelés. Résultat, ils sont aujourd’hui quinquagénaires, sexagénaires ou septuagénaires. Et le lectorat jeune a été totalement négligé. Notre ambition est de revenir à l’ambition première de Martin: s’adresser à nouveau à lui. Et pour cela, nous faisons ce que faisait Martin: nous utilisons les codes de la BD jeunesse de notre époque.

    J’espère vous croiser un jour prochain (au Salon du Livre?).
    Bien amicalement,

    Marc Bourgne

  7. jean Dumont dit :

    Il fallait s’attendre que les fanatiques de Jacques Martin (tellement fanatique qu’isl acceptent n’importe quelle soupe, pourvue qu’elle ressemble à celle concoctée par l’ancien cuisinier, même si depuis quelque temps, c’est un peu fade.
    Évoluer, il fallait oser faire évoluer le personnage de Jacques Martin, le dépoussiérer, Henri Filippini, déjà à la retraite depuis pas mal de temps et peut être nostalgique de L’Alix de Jacques Martin…
    Cependant, l’album est :
    - destiné à renouveler le public
    - qui connaîtra Alix dans 40 ans
    Ce que je peux affirmer, c’est qu’au niveau Gaulois, tout est au top, c’est bien des Gaulois, époque Guerre des Gaules (excusez du peu,mais Libessaart a déjà dessiné des Gaulois époque Hannibal) qu’il s’agit.
    De plus, c’est facile à Lire…
    BRAVO
    jean Dumont (67 ans)

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