« Les Animals » tel qu’en français : interview de Christoff Baron…

Une bande dessinée française animalière inconnue surgissant de nulle part, et des strips parmi les plus intéressants jamais lus … il n’en fallait pas davantage pour rencontrer Christoff Baron, artiste pluridisciplinaire et encore méconnu.

BDzoom.com : Bonjour Christophe. J’ai découvert votre album de strips « Les Animals » (daté 2016) en fin d’année dernière à la médiathèque de Roanne et j’ai été très surpris de l’originalité et de la qualité de ceux-ci, surtout que je n’ai trouvé aucune référence de ce titre sur le web. On repère deux thématiques fortes qui s’imbriquent : les relations
animaux – humains et animaux entre eux dans un premier temps, puis, en seconde partie d’album, l’arrivée des nains de jardin, constituant un univers un peu autonome, avec le chasseur témoin et la gendarmerie plus ou moins efficace.

Comment vous est venue cette idée de strips, vous qui êtes, si je ne m’abuse, plutôt tourné vers les arts plastiques et la peinture sur bois, mais aussi le roman, les seules éléments ayant des traces sur internet ?

C : La peinture est mon activité principale, mais je suis avant tout fasciné par la narration, qu’elle soit portée par le mot ou par l’image. Il me semble que les artistes racontent des histoires quelle que soit leur discipline, musique, peinture, littérature, bande dessinée, poésie, etc. J’aime raconter des histoires drôles, sacrées, policières, qu’importe. Je suis mon inspiration, mes impératifs. En peinture, par exemple, je m’intéresse depuis quelques années à l’iconographie, spécifiquement aux icônes à scènes multiples, avec une scène centrale et des épisodes en périphérie explicitant l’image principale.

Cette forme ancienne d’icônes annonce la bande dessinée, du moins c’est comme ça que je crée mes œuvres. À un moment, j’ai eu envie d’écrire des histoires longues et ça s’est traduit par des polars. Plus récemment, j’ai décidé de réaliser une BD de strips, « La Vie sauvage des Animals ». J’aime la nervosité du strip, son rythme effréné : tout doit se dire en trois images, introduction, développement, conclusion. C’est comme un bon repas, entrée plat dessert avec fromage éventuellement pour les bandes en quatre images.
Et du rire pour accompagner tout ça, qui réjouit le cœur comme le vin.

Comment gérez-vous vos diverses activités ?

C’est le chaos. Quand j’ai commencé à écrire, en 2011, je me suis dit que je serais écrivain le matin et peintre l’après-midi. Que nenni ! Un projet nécessite une immersion exclusive, en tout cas dans mon cas. Mon rythme de création est de 3 à 6 mois pour une exposition, 9 mois pour un roman et autant pour une BD. Je suis obligé de mettre en veille mes activités au profit d’un projet. Je travaille actuellement sur une exposition pour la cathédrale de Strasbourg. Je vais proposer des panneaux monumentaux donc je ne fais que peindre jusqu’au 9 mai prochain, jour du vernissage.

Même si l’univers de « Les Animals » est cohérent et lié à la culture française, surtout dans la partie nains-gendarmes, psychologue, on sent une influence directe de la culture du strip américain des années cinquante à aujourd’hui : à la fois irrévérencieux, un peu non-sensique, voire fantastique, et abordant des thématiques sociales aussi du quotidien. J’ai pour m’a part ressenti pas mal d’émotions dans la veine de bandes « Earl & Mooch (Mutts) » de Patrick Mc Donnel.
Les connaissez vous ?

Ben non. Je regarde de suite sur le web. Mais tout ça me parle : l’absurde, l’irrévérencieux, avec une touche de fantastique.

Quelles sont à ce propos vos références dans le domaine ?

Je suis un inconditionnel de Franquin, Watterson, Greg et bien sûr de Schultz. Du très classique j’en ai peur, mais quels talents !

Vous m’avez expliqué lors de notre discussion téléphonique que vous ne souhaitez pas spécialement être édité par de grandes structures, ou en tous cas assurer vous même votre diffusion et distribution.
Pouvez-vous expliquer cette démarche ?

Le modèle éditorial est en partie caduque. Hélas et bien fait pour sa gueule si je puis me permettre. L’édition n’hésite pas à exploiter honteusement les créateurs : 5 % à 7 % du prix de vente revient à l’auteur. Par humanisme pur, on vous alloue le généreux avaloir de 5000€ pour votre année de travail, mais avant de toucher cette manne, il faut remercier l’éditeur d’avoir trouvé le temps de lire votre manuscrit, de corriger votre plan de navette spatiale en notice Ikea pour bricoleur du dimanche. L’auteur reconnaissant se doit de saluer à cul ouvert le vénérable éditeur qui lui fait l’insigne honneur d’apposer son nom sur la couverture de son livre. Tout cela est tragique car la mission de l’éditeur était importante : découvrir et faire connaître les talents.
Quels alternatives s’offrent à l’auteur ? Le Libraire est un professionnel raisonnable. Il réclame 25 à 35 % du prix de vente de l’ouvrage. Malheureusement, il n’est accessible que par le biais de distributeurs qui sillonnent le territoire pour achalander les rayons. Or les distributeurs sont chevillés à la mafia éditoriale et refusent les francs tireurs, petits éditeurs compris. Ça se comprend aussi : moins on a d’interlocuteurs, plus simple est la gestion. Depuis peu fleurit le livre en ligne, ce qui sonne le glas de l’édition traditionnelle. Le numérique m’inquiète car la sélection se fait de plus en plus sur la base d’appréciations laissées par des usagers incompétents qui s’improvisent fins critiques littéraires et peuvent d’un commentaire salace griller un livre. Amazon, dénonçons, donne à lire le meilleur et le pire commentaire de chaque titre, autant dire que le premier crétin peut saboter un chef-d’œuvre. Amazon encaisse et s’en fout.

J’ai un site de vente directe, pour ceux qui cherchent mes livres mais ça reste confidentiel. Au-delà de tout ça, il y a les bibliothèques où le livre est entre les mains de bibliothécaires, professionnels impartiaux, passionnés et nombreux. Dans les bibliothèques, le livre est mis gratuitement (ou presque) à disposition de tous. L’auteur perçoit un droit de prêt via la SOFIA (équivalent de la SACEM pour les musiciens ou l’ADAGP pour les plasticiens). Le partage est pour moi l’avenir idéal de la création. La rémunération par droits d’auteur, si elle ne peut remplacer la vente, traduit l’intérêt du collectif pour la création. Je voudrais vivre des droits produits par l’usage de mes œuvres et non de leur vente.

Ce premier album date déjà de 2016. Peut-on en espérer un second bientôt ?

Les esquisses sont prêtes depuis un an bientôt, mais les projets picturaux m’empêchent de mener à terme le deuxième opus, « Les Animals perdent le Nord » (Titre provisoire). Je me replonge en mai dans l’aventure et publie à l’automne 2019. J’ai hâte de le partager avec vous. Je peux vous dire que j’ai beaucoup, beaucoup ri ! J’ai quelques thèmes transversaux, comme le jeu du loup avec de vrais loups des Carpathes, et d’autres Guest stars de première classe, comme Napoléon 1er et son dir com, un certain Sjob, descendant Viking très axé sur les nouvelles technologies. Je joins quelques esquisses pour vous mettre l’eau à la bouche…

Les Animals 2 sketch inédit © Christoff baron

Merci Christoff.

Interview réalisé par téléphone et mail en janvier 2019.

« Les Animals T1 » par Christoff Baron
Éditions Gueules de bois (15 €) – ISBN : 978-2-9543179-2-2

http://www.gueulesdeboiseditions.com/

Les Animals 2 sketch 2 inédit © Christoff baron

Galerie

2 réponses à « Les Animals » tel qu’en français : interview de Christoff Baron…

  1. lorenzo dit :

    J’ai bien ri à la lecture des extraits. Jolie découverte et entretien intéressant..
    Merci Monsieur Guigue.