Au revoir Laureline et Valérian…

Rue de Rivoli, un vendredi soir de 1970… À la sortie d’une de ces inoubliables soirées de la Société Française de Bande dessinée (SFBD pour les connaisseurs) organisées au Musée des Arts Décoratifs par l’ami Claude Moliterni, je me souviens avoir conversé avec Jean-Claude Mézières, heureux de me présenter avant sa sortie en librairie, le premier album des aventures de Valérian : « La Cité des eaux mouvantes ». Et voilà que près d’un demi siècle plus tard je m’apprête à vous chroniquer le dernier album de la saga. Émotion et bonheur.

Ce nouvel album n’est pas le seul, mais un second cadeau offert à leurs lecteurs par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières après la conclusion de la série en 2010, avec la publication de « L’Ouvre-temps ». « L’Avenir est avancé » fait en effet suite à « Souvenirs du futurs », paru en 2013.

Autour de Valérian et de Laureline, ce sont de courtes histoires qui nous sont proposées, mettant en scène quelques personnages rencontrés au fil des vingt épisodes que compte la série officielle. Les cinq récits de ce second et ultime album permettent de croiser Molto Cortese qui aide nos héros à lutter contre la puissante Rubanis qui menace une fois encore Point-Central, de retrouver l’étrange Schniarfeur de Broom aux mains de la rousse Na Zultra, d’accompagner Valérian et Laureline enfants en vacances avec tonton Albert…

Chaque récit est accompagné de superbes illustrations signées Jean-Claude Mézières toujours au top. A noter que les couleurs sont signées Évelyne Tranlé qui, elle aussi, n’a pas perdu la main. 56 pages délicieusement rétros, dont la dernière est datée du 20 mars 2018. Clap de fin, donc, pour le duo apparu discrètement dans le numéro 420 de l’hebdomadaire Pilotedu 9 novembre 1967.

Il y eut un début ...

« Peut-on être à la fois ici et ailleurs, là et demain, jeune et vieux dans le continuum spatio-temporel ? Ma réponse est oui. Ou non. Ca dépend qui pose la question. ». Ainsi s’exprime au nom de ces créateurs le Dr Bzum, explorateur et alienologue, expert auprès des chaînes d’info continue de Shimballil. C’est une façon maligne de la part des deux compères octogénaires depuis peu de laisser la porte ouverte à d’autres créateurs souhaitant envoyer le couple dans de nouveaux voyages dans le temps et dans l’espace.

Il y a une fin...

Pierre Christin dans le numéro 122 de Casemate(février 2019) confie à Jean-Pierre Fuéri qu’il n’envisage pas d’écrire de nouvel album mais ajoute qu’il a quelques idées pour un spin off bien vite confié à d’autres (« Vu mon âge, ce serait très rapidement un autre. Faut pas déconner ! ») De son côté Jean-Claude Mézières serait d’accord de céder le dessin de « Valérian » à d’autres à condition qu’on ne le recopie pas, qu’une copie servile ne lui plairait pas du tout (« Je voudrais des auteurs totalement libérés. Qu’ils fassent du « Valérian » pur jus, mais pas le mien »). Des confidences qui nous permettent d’espérer un jour voir Valérian et Laureline reprendre du service. Mais est-ce bien raisonnable, compte tenu de l’originalité et de la puissance d’inventivité de leurs créateurs ?

Tant il est vrai que Christin et Mézières ont « inventé » une nouvelle manière de mettre en scène la science fiction qui à l’aurore des années 70 rabâchait les mêmes vielles recettes. Le cinéma américain ne s’est pas trompé en pillant sans vergogne personnages et décors dans leurs albums. Les auteurs de bande dessinée non plus, nombreux sont ceux qui reconnaissent l’influence de « Valérian » sur leurs propres créations. Ils nous ont, nous lecteurs, régalés tout au long de ces cinq décennies. Qu’ils en soient remerciés et pour ma part je suis persuadé qu’ils nous réservent encore quelques belles surprises.

Henri FILIPPINI

« Autour de Valérian T2 : L’Avenir est avancé » par Jean-Claude Mézières et Pierre Christin

Éditions Dargaud (12 €) _ ISBN : 9 782205073836

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4 réponses à Au revoir Laureline et Valérian…

  1. Lionel dit :

    Mr Goscinny avait du nez ( et du courage )

  2. Dreyfus dit :

    Valerian pillé par les Américains… les fausses vérités intra-muros d’une France toujours aussi frileuse. Un peu comme le Concorde assassiné par ces mêmes Américains. Et tutti quanti…

  3. mariano dit :

    B.D. culte.