Et de deux… Bussi ! Deux !

Non, ce n’est pas de musique dont on va parler, mais de peinture. Après « Mourir sur Seine » aux éditions Petit à Petit, voici en effet qu’un deuxième roman de Michel Bussi est adapté et pas n’importe lequel, ses « Nymphéas noirs », un polar publié aux Presses de la Cité, remarqué et largement récompensé quand il parut en 2011. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cet auteur à succès a trouvé dans ces deux cas l’occasion d’entrer brillamment dans le monde de la bande dessinée… où on ne l’attendait pas !

Si vous adorez l’Impressionnisme, Monet, Giverny… cet album est fait pour vous ! Si vous aimez le polar, le vrai avec meurtres, enquêteurs, femmes fatales… cet album est également fait pour vous. Enfin, si vous admirez les beaux dessins, il est encore totalement fait pour vous. Et quand on apprécie ces trois domaines, alors on ne peut que tomber sous le charme d’un récit brillamment mené, subtilement construit (et c’est peu dire !) et illustré de façon époustouflante.

L’histoire se déroule effectivement à Giverny, célèbre désormais pour les jardins de Claude Monet qu’elle abrite. Trois femmes, nous dit-on dès le début, vivaient dans ce village : « La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste ». La première avait 80 ans, la deuxième, 36 ans et la troisième, 11 ans. Toutes les trois rêvaient de quitter Giverny, cette cité où tout le monde rêve de se rendre pour découvrir l’incroyable propriété du peintre dans une cité qui s’est figée autour de la demeure, devenue tableau elle-même.

Au-delà du premier meurtre et de l’enquête, qui, déjà, accroche le lecteur, le récit distille énormément d’informations sur les tableaux du maitre, ses versions, ses variations, ses collectionneurs, le tout entrecroisé par les séquences propres à l’enquête policière et, surtout, à ces femmes : fillette, femme séduisante, petite vieille qui, tour à tour prennent le pouvoir. Le jeu de séduction qui s’installe entre l’enquêteur Sérénac et Stéphanie Dupain, l’institutrice terriblement sexy, porte toute l’affaire. Enfin, le croit-on…

Dans cet univers pictural de haute volée, il fallait bien de la folie pour tenter d’approcher le maitre, ses tableaux, ses décors. Or, Didier Cassegrain a relevé le défi et, de ses nénuphars flottants aux façades de la cathédrale de Rouen, il a réussi l’impensable : nous fasciner ! Il y a du Prado dans son style et même dans ces couleurs et un incontestable génie graphique et chromatique.

Duval a, par ailleurs, su habilement utilisé le découpage tabulaire, cette capacité de la planche par le truchement du « tournée de page » à passer d’un univers à un autre, d’une séquence à l’autre, réussissant ce que Bussi confesse en liminaire, que d’aucuns pensaient son roman inadaptable en images. Eh bien, si ! Et c’est magistral. Aussitôt fini, on a envie de refeuilleter, de prendre le temps de se promener dans ces pages, dans ces images aux arrière-plans floutés, aux jeux de lumière savants, à la douceur aussi étonnante, impressionniste, impressionnante…

Le roman « Mourir sur Seine » de Michel Bussi, paru en 2008 aux éditions des Falaises, a également été adapté en bande dessinée, tout récemment, aux éditions Petit à Petit sous la plume du scénariste Gaët’s et du dessinateur Salvo. Cette fois encore, c’est dans un haut-lieu touristique, plus festif celui-là, que se déroule l’intrigue : « L´Armada » de Rouen, en 2008, au sixième jour exactement. On vient de retrouver un marin poignardé au beau milieu des quais. Dessin plus réaliste à la clé, l’album moins contemplatif que le précédent développe une course contre la montre et une implacable machination !

Cette première adaptation a cela d’originale que le découpage de l’histoire  en chapitres permet d’intercaler de courts extraits du roman de Bussi, servant de liaisons, ou des développements culturels sur tel ou tel aspect du récit. Rouen est bien entendu largement utilisé en décor de cette intrigue policière bien menée et élargissant son propos de façon intrigante à Victor Hugo ou aux Aztèques (suite et fin dans le tome 2).

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

 « Nymphéas Noirs » par Didier Cassegrain, Fred Duval et Michel Bussi

Éditions Aire Libre (28, 95 €) – ISBN : 978-2-8001-7350-4

 « Mourir sur Seine » par Salvo, Gaët’s et Michel Bussi

Éditions Petit à Petit (15, 90 €) – ISBN : 979-1-0956-7071-1

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Une réponse à Et de deux… Bussi ! Deux !

  1. Pépé malin dit :

    Encore une réussite dans cette sublime collection Aire libre, qui donne vraiment ses lettres de noblesse au 9ème art! Cassegrain casse la baraque !