La valse des bestioles : entretien avec Stan…

Une brèche dans le Multivers s’est-elle ouverte en fin d’année passée ? Par quel hasard, notre réalité a-t-elle rencontré celle de Stan pour y voir arriver trois ouvrages concernant ses nombreuses petites bêtes. Nous avons d’abord eu « Bêtes à faire peur » écrit par Séverine Gauthier chez Qilinn, « Zoologia, Le bestiaire fantastique de Stan Manoukian » chez Cernunnos et « The Mini-Encyclopedia of Monsters » en auto-édition.

Pour s’amuser, se tester, Stan commença en 2007 à dessiner des créatures au rythme d’une par jour. Ce défi donna l’ouvrage « Diary of inhuman species » chez Ankama en 2009. Stan continua à faire vivre ces créations sur les réseaux sociaux et sur son site.

Il profita des challenges des périodes d’InktOber pour relancer la vie de ces petits personnages hors le monde numérique et autoédita son premier ouvrage « Species » T1 en 2015. Viendront ensuite, « Meelo’s Big Adventure » (2016),  « Bunny ! » (2017) et « Species » T2 qui sortit au mois de juin, pour le plaisir.

 

Pour « Bêtes à faire peur » Stan s’est associé à Séverine Gauthier. Ensemble, ils nous offrent une soixantaine de portraits de créatures vivant dans un pays imaginaire situé sous le lit du narrateur. Chaque être imaginé par Stan est décrit dans cet ouvrage par un poème de Séverine Gauthier.

 

"Where the wild things are." Illustration ayant servi pour la couverture de Zoologia.

 

« Zoologia » est la pièce de résistance de cette actualité éditoriale, près de 200 pages reprenant de manière encyclopédiques nombres d’illustrations et dessins réalisés jusqu’à maintenant. Les habitants de l’univers de Stan y sont répertoriés suivant leur environnement : créatures des mondes gelés, des pierriers et des landes désolées, créatures des sous-bois, des mondes sous-marins … L’occasion non seulement  d’admirer toutes les techniques, la minutie du travail de Stan mais surtout de rendre hommage à son l’incroyable imagination créatrice.

Grand amateur de films de monstres, Stan leur rend hommage dans son dernier opuscule autoédité. Pour « The Mini-Encyclopedia of Monsters », il nous propose trente-et-un monstres cinématographiques, classiques et modernes,  adaptés par le prisme de son monde de papier.

Il est impossible de résister au charme de cette œuvre généreuse. Outre l’extrême méticulosité du trait de Stan, toutes ces créations dégagent  un sentiment de naïveté primale. Nous pouvons croiser quelques créatures à l’allure teigneuse, voire brutale mais il n’y a aucune méchanceté ou violence dans cette société animale d’une douce candeur. Et pour notre plus grand plaisir, l’aventure n’est pas prête de s’arrêter !

 

The Big Blue Stan

 

Bonjour Stan, de nouveaux titres sont déjà prévus ?

Bonjour ! Oui ! L’année va commencer par un livre pour enfant « Monstre à peur des monstres » avec Séverine Gauthier qui sortira le 6 février chez P’tit Glénat. Ce sera le début d’une série (avec des histoires séparées) dont le second titre « Monstre n’est pas bleu » paraitra fin de l’année.

Nous avons commencé également avec Séverine notre deuxième année de « A Monster A Week », avec toujours un poème illustré par semaine, mais également des chansons etc… qui donneront peut-être lieu à un deuxième tome de « Bêtes à faire peur » chez Qilinn.

Deux titres vont paraitre aux U.S.A. : « Zoologia » et « Bêtes à Faire Peur », sous le titre « The Bedtime Book Of Bedroom Monsters ». Nous en sommes très heureux car « Bêtes à faire peur » a d’abord été conçu en anglais par Séverine ! Et puis sinon je m’efforce toujours chaque année à créer un projet que je vais auto-publier… Pour l’instant je n’ai aucune idée de ce que je vais faire !

 

« Bêtes à Faire Peur »

 

Comment avez-vous rencontré Séverine Gauthier. Travaille-t-elle d’après vos dessins ?

Nous nous sommes rencontrés par les réseaux, j’ai appris qu’elle voulait travailler avec moi car elle aimait bien mon univers. J’avais le souhait de faire sortir mon travail sur mes créatures en dehors du cadre de mes expos que je fais depuis 6 ans, alors je me suis procuré ses livres et me suis plongé dans son univers que j’ai adoré. Nous nous sommes rencontrés par la suite pour voir si nous partagions la même vision et les mêmes envies.

Elle ne travaille pas d’après mes dessins. Pour « Bêtes à faire peur », elle m’envoie les poèmes et je crée les personnages en fonction de ce qu’elle a écrit. C’est génial pour moi de faire ça, je sors de ma zone de confort et dessine des personnages que je n’aurai pas forcément imaginés. Elle me tend des pièges en me donnant parfois des textes compliqués à illustrer et j’essaye de la surprendre en lui renvoyant le résultat. Ça enrichi notre univers à tous les deux, et nous nous amusons beaucoup !

Pour notre prochain livre «  Monstre à peur des monstres », c’est là même chose mais sur une histoire de 26 pages. Elle écrit le script avec les descriptions et les textes, celui-ci est validé par notre éditrice et moi-même, je fais mes croquis de l’ensemble de l’histoire qui est également validé par Séverine et notre éditrice. Et puis après c’est parti pour la finalisation des pages !

 

« Bêtes à Faire Peur »

 

Une édition anglaise de « Bêtes à faire peur » va paraître, c’est à votre initiative ?

« Bêtes à faire peur » a été d’abord conçu en anglais. Séverine voulait écrire des poèmes dans cette langue car c’est une grande admiratrice de ce genre de poésie. J’ai beaucoup de public à l’étranger qui aime mon travail et ça m’a également semblé la manière la plus évidente de toucher un plus large public. Alors que le projet était avancé de plusieurs mois j’ai contacté Rodolphe Lachat de chez Huggin & Munnin car je savais qu’il était intéressé par de nouveaux projets en anglais.

Les deux versions anglaise et française auraient dû sortir simultanément, mais un changement de distributeur aux U.S.A a reporté la sortie à la fin de cette année. Ce qui été très intéressant pour Séverine c’est de se charger elle-même de l’adaptation en français de ses textes, car comme vous pouvez l‘imaginer, ce n’est pas une traduction « simple » car les rimes changent énormément d’une langue à l’autre. Il a fallu changer les noms de certains monstres et même quelques parties dans les textes.

 

« Species » Volume 1

 

Comment sont créés les noms latins de vos créatures dans « Zoologia »  ?

Ce n’est pas uniquement du latin, c’est un peu un espéranto personnel, ha ha ha ! Un mélange d’anglais, de français et d’autres langues et puis aussi de latin pour donner un côté zoologique ancien, je cherche les racines des mots et j’assemble… Je m’inspire de la forme du monstre, de ce qu’il m’évoque ou de certains détails, cornes, poils, dents, etc…  pour créer le nom. L’essentiel à la fin c’est que ça sonne bien !

 

« Zoologia »

 

Votre travail rappelle le travail des graveurs du 19ème, c’est une partie de vos influences ?

Oui c’est l’influence la plus évidente, j’ai baigné dès mon plus jeune âge dans les livres anciens, les gravures et les œuvres d’arts… J’adore les vieilles encyclopédies, les textes mystérieux et fantastiques, les planches anatomiques, etc… Mais pas que ! Je m’inspire de choses qui ont bercé mon enfance, « Le Muppet Show » ou Disney par exemple, ou bien des photos de la nature, des animaux des insectes. Je regarde également beaucoup ce qui se fait actuellement dans le monde de l’art. C’est un gros « gloubiboulga » de tout ça, régurgité sur une feuille !

 

« Zoologia »

 

Quand vous dessinez vos créatures, pensez-vous à son histoire, son biotope ?

Cela dépend. Parfois je pars de l’envie de créer un environnement dans lequel je place la créature, d’autres fois c’est l’inverse. Et parfois c’est moins évident, c’est le personnage qui prends le pas. Ce qui a été intéressant durant l’élaboration de « Zoologia » a été de structurer plus solidement les univers à la demande de mon éditrice Amélie Retorre chez Cernunnos. Elle m’a beaucoup aidé à y voir plus clair dans des zones floues de ma démarche.

 

« Zoologia »

 

Vos petites bêtes ont eu droit à près d’une trentaine d’expositions dont une grand partie aux Etats-Unis, quelques-unes au Japon et en France. Les réactions du public sont-elle les mêmes suivant les pays ?

Oui, à peu près. Elles sont enthousiastes et très motivantes pour moi. Ce qui est agréable c’est que la majorité des gens voient la part d’humour que je mets dans mes dessins. Le Japon est plus sensible aux sculptures que les autres pays.

 

« Aye-Aye » surpris lors d'une exposition.

 

En plus de ces statuettes, vous avez aussi dessiné des maquettes de scaphandres. C’est toujours votre amour des mystères des temps anciens ?

Ces dessins ont été fait suite à la proposition d’un ami d’illustrer les emballages de petits kits à monter et peindre soi-même qu’il a produit sous sa marque « Futuristic robots « . Ce sont de vraies armures de plongé qui ont été inventé par des risques tout, des explorateurs des fonds marins.

Ce sont leurs recherches qui ont permis l’évolution jusqu’aux scaphandres actuels. Il fallait être très courageux pour tester ce genre de truc ! Ils me rappellent les scaphandres décrits dans les romans de Jules Verne et les illustrations de Gustave Doré, entre la réalité et la fiction. Je n’ai pas hésité un instant à rendre hommage à cet univers que j’adore en illustrant de manière plus réaliste avec mon style « gravure ancienne ».

 

Pourquoi avez-vous choisi de vous autoéditez sur certains titres ?

Je suis totalement libre de faire ce que je veux en m’autoéditant… Pas besoin de rentrer dans une collection d’un éditeur, de répondre à des contraintes de ventes ou de production. Par exemple «  Meelo’s Big Adventure » est pour moi une histoire qui s’adresse à un public large, autant à des jeunes enfants que des adultes, mais certains monstres ou situations un peu périlleuses ne passeraient pas forcément dans une collection de livres jeunesse, mais moi je m’en fiche, je le fais.

« The Mini-Encyclopedia of Monsters »

Et puis je touche directement mon public international en les éditant simultanément en anglais et français alors que pour la plupart de ce que j’autoédite est un peu inclassable pour être catégorisé dans une librairie. Je produis des choses qui ne seraient pas forcément rentables pour un éditeur (et pour moi) mais qui me semble importantes d’exister. Je contrôle tout, l’histoire, le dessin, la mise en page, le papier… Tout ! C’est énormément de travail mais c’est super excitant.

Ça me permet d’étendre mon univers visuel en dehors de mes expositions.

 

Vous pouvez nous parler de votre intérêt pour les films de monstres ?

Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours été fasciné par les créatures étranges, je pense que ce sont les programmes que je regardai petit qui ont consolidé cet intérêt. Les monstres sont intrigants, inquiétants, difficiles à cerner, imprévisibles et mystérieux…

Ils sollicitent chez moi un pouvoir d’imagination plaisant dont je ne me lasse pas. Dès qu’un film sort avec des créatures bizarres, je me jette dessus !

Quel est le dernier monstre qui vous a attiré à l’écran ?

L’ours mutant dans  « Annihilation », le film réalisé par Alex Garland avec Natalie Portman.

 

« The Wolves Packs » Illustration pour une exposition à San Francisco.

 

Vous n’avez jamais essayé de tenter des dessins horrifiques, effrayants ?

Si bien sûr ! J’ai fait pas mal de bandes-dessinées ou certaines bestioles étaient plus horribles, et puis  aussi des recherches pour le cinéma (« Atomik Circus » des Frères Poiraud, « Blueberry » de Jan Kounen) et la publicité (Orangina Rouge, Hollywood Chewing Gum …) où ils étaient clairement plus horribles… Genre zombies dégoulinants ou extra-terrestres pas sympas !

Vous avez aussi des projets en bande dessinée ?

Parallèlement oui, je termine avec Vince, mon comparse de toujours, le troisième tome de « Density » chez Delcourt avec Lewis Trondheim au scénario.

 

 

Propos recueillis par Brigh Barber (Mille mercis fantasmagoriques à Stan pour sa collaboration.)

 

« Bêtes à faire peur » par Stan Manoukian et Séverine Gauthier

Éditions Qilinn   (21,95 €) – ISBN : 978-2-37493-101-2

« Zoologia, Le bestiaire fantastique de Stan Manoukian » par Stan Manoukian

Éditions Cernunnos   (39,95 €) – ISBN : 978-2-37495-104-1

«The Mini-Encyclopedia of Monsters» par Stan Manoukian

Disponible sur le site Etsy de Stan Manoukian

Edition normale (18.05 €), édition augmentée d’un dessin inédit (45,13 €) hors frais de port.

Galerie

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