L’envers des planches de Laurent Vicomte

Le dessinateur de Balade au bout du monde et de Sasmira sort ce mois-ci «Virages», un superbe recueil de près de 300 dessins, premier volume de la collection «Biographie en images» publiée chez Daniel Maghen.

 

 

Cela faisait 8 ans que nous étions sans nouvelles de Laurent Vicomte, le dessinateur du premier cycle de la «Balade au bout du monde» (scénarios de Makyo, aux éditions Glénat) et l’auteur complet de «Sasmira» (aux Humanoïdes associés) dont les lecteurs attendent désespérément la suite. «Bonne nouvelle, j’ai bien avancé sur le deuxième tome : même si j’ai encore pas mal de pages à dessiner ! En plus, cet album me plaît vraiment : j’ai tenté d’y mettre beaucoup plus d’humour, enfin beaucoup plus par rapport à ce que j’avais prévu. Par contre, je ne raconterais jamais vraiment, à qui que ce soit, ces années qui ont ralenti ma production : c’est personnel…» Pour nous faire patienter, Laurent sort ce mois-ci «Virages», un superbe recueil de près de 300 dessins (dont une vingtaine d’hommages réalisés par ses amis Juillard, Loisel, Ferrandez, Dany, Ptiluc, Boiscommun, Pellerin, Plessix…), premier volume de la collection «Biographie en images» publiée chez Daniel Maghen. C’est une rétrospective où l’auteur commente ses dessins tout en dévoilant des anecdotes méconnues et quelques-uns de ses états d’âme, sur 176 pages. «C’est un bouquin unique dans lequel j’essaie de raconter, de façon simple et joyeuse, mon parcours dans la BD : depuis que je suis môme jusqu’à maintenant ! Il y a même un chapitre sur l’avenir et sur tout ce que je fais hors BD : la création de bijoux, la couture… Nous avons eu beaucoup de mal à réaliser cet ouvrage car nous ne voulions pas que cela ne soit qu’un simple catalogue : je l’ai plutôt conçu comme un carnet de voyages. D’ailleurs, j’en ai cherché pendant très longtemps le titre («Virages»), alors qu’en fait, cela me correspond bien : quand on voyage on se pose beaucoup de questions et derrière un virage, on ne sait jamais ce qui va arriver, c’est toujours une surprise.» Grâce à la gentillesse et à la patience des Humanoïdes associés, son éditeur actuel, les lecteurs pourront y découvrir, en avant-première, les premières planches du second «Sasmira» ! «En fait, c’est Daniel Maghen qui m’a proposé de faire cet ouvrage. Sa galerie est devenue, au fil des années, le rendez-vous incontournable des amateurs de belles images et, fort de ses liens privilégiés avec les auteurs, il a décidé de créer aujourd’hui sa maison d’édition avec des bouquins essentiellement graphiques, très personnels, aux tirages de grande qualité : cela ne pouvait que me séduire..

 

Même si sa production est aujourd’hui assez sporadique, la carrière de Laurent Vicomte est pourtant riche et variée. Né en 1956, ce dessinateur élégant et délicat commence à collaborer, dès 1975, à diverses revues comme La Presse de la Manche, Spirou ou Scout de France où il illustrera, en 1981, la BD: «La sizaine des fauves» (scénarios de Philippe Missotte et Hélène Poty). Auparavant, en 1977, il anime le strip «Gus» écrit par Jean-Pierre Gourmelen pour Dargaud Presse puis crée, un an plus tard, dans le journal Tintin, la série «Edouard et Lucie» qu’il poursuivra dans Pistil. C’est dans ce périodique écologique qu’il donne naissance à ses premières séries vraiment personnelles : «Ainsifutil» en 1977 et «Clopin» en 1978. En 1981, il travaille aussi pour l’éphémère Mercredi, juste avant de collaborer avec Makyo sur la «Balade au bout du monde», publiée dans les revues des éditions Glénat (Gomme et Circus). Outre «Madagascar, ma terre oubliée», ouvrage réalisé en compagnie de Frank Giroud et d’Yvon Le Corre pour le GRET, organisme qui s’occupe de la malnutrition des enfants, on lui doit, en tant qu’auteur complet, le premier tome de «Sasmira», paru en 1997, aux Humanoïdes associés. «J’ai aussi pas mal de projets en cours qui sont un petit peu sensibles : comme, par exemple, une histoire de science-fiction, dont le titre est «Appareillage pour Astrakann». J’avais beaucoup travaillé sur un scénario et j’ai longtemps cherché un compagnon de route qui pourrait éventuellement me comprendre et me suivre dans cette «aventure». J’ai découvert, complètement par hasard (en Belgique dans un petit festival), le travail de Béatrice Tillier qui m’a beaucoup plu. Elle a très vite compris ce que je voulais raconter car c’est une femme et «Appareillage pour Astrakann» est une histoire profondément féminine. C’est aussi le cas pour un autre projet que j’ai avec une peintre de la région de Limoges qui s’intéresse à la BD et qui a envie de s’amuser. Dans ces deux cas, je me suis immergé totalement dans l’écriture car j’ai très envie de dialoguer et de travailler en équipe. Pour moi, la BD est un moyen d’expression qui est une porte ouverte sur l’univers, un espace de liberté où l’on peut se permettre de faire à peu près ce que l’on veut, sans que cela ne coûte rien : juste l’achat d’un crayon et d’une gomme, c’est tout…»

 

                                                           Gilles RATIER

 

 

 

 

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