« Katanga » : une trilogie béton…

Après nous avoir impressionnés avec l’incontournable « Il était une fois en France » (six albums publiés aux éditions Glénat), le duo Fabien Nury/Sylvain Vallée pouvait-il récidiver ? Ils relèvent le défi et renouvellent l’exploit avec le triptyque « Katanga ». Les deux auteurs abandonnent Paris sous l’Occupation pour nous entraîner dans le Congo du début des années 1960, qui sert de cadre à leur histoire. Une fois encore, c’est avec lucidité et rigueur qu’ils portent un regard sans concession sur l’homme aux prises avec les remous nauséabonds de la grande Histoire.

En janvier 1961, au Katanga, Patrice Lumumba, le leader indépendantiste porté disparu, est assassiné sur les ordres d’Armand Orisini, français au passé trouble et conseiller de Godefroid Munungo, le ministre de l’Intérieur du président Tschombé. Prête à tout pour sauver la vie de son frère Charlie, maîtresse d’Orsini, la belle et voluptueuse Alicia partage la couche du richissime Bernard Forthys. Charlie, l’ancien domestique noir a fuit la mine en feu détruite par les indépendantistes, en possession de 30 millions de dollars en diamants. Une fortune ! A bord d’une Jeep, il tente de gagner Albertville en compagnie de Félix Cantor, un mercenaire français sanguinaire plus bête que méchant qui rêve d’ouvrir un bistro en France.

C’est au cœur du Katanga, riche région de ce Congo belge qui rêve de liberté face au colonisateur cupide prêt à tout pour en conserver les richesses minières que Fabien Nury (1976) construit une histoire à la fois crédible et intense. Ses dialogues ciselés sonnent justes, chaque mot, chaque phrase sont pesés. Et surtout ne vous attendez pas à un happy end. Dans ce monde où la politique et les affaires sont liées, il n’y a pas de fins joyeuses.

Sans la moindre fausse note, Sylvain Vallée (1972) mène une carrière parfaite depuis sa reprise de « Gil Saint André » aux côtés de Jean-Charles Krahen jusqu’à ce bijou de maîtrise graphique qu’est « Katanga », en passant par « Il était une fois en France » et un volume de « XIII Mystery » : « Betty Barnowsky », écrit par Joël Callède. Soutenus par son trait original et efficace entre réalisme et caricature, ses personnages ont des « gueules » incroyables. Ce qui ne l’empêche pas de nous offrir une Alicia superbe qui fera fantasmer bien des lecteurs. Sans oublier les couleurs aux ambiances sombres de Jean Bastide qui accompagnent avec justesse l’intensité de l’action. « Katanga » appartient à ces œuvres  qui permettent à la bande dessinée de demeurer un art incontournable. Grâce à un scénario inventif, des dessins puissants et variés, la bande dessinée classique demeure la seule à pouvoir franchir sans dommage les modes. Si Fabien Nury nous régale dès à présent avec d’autres dessinateurs (Matthieu Bonhomme, Brüno, Thierry Robin…) on attend avec curiosité le prochain chantier sur lequel travaille Sylvain Vallée.

Henri FILIPPINI

« Katanga T3 : Dispersion » par Sylvain Vallée et Fabien Nury

Éditions Dargaud (16,95 €) – ISBN : 9 782205077940

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