« Cachemire » par Rubén Del Rincon

Dans le contexte économique actuel où les entreprises ferment sans prévenir, s’expatrient sans état d’âme ou licencient l’esprit tranquille, laissant sur le carreau des employés évidemment désespérés, l’histoire que raconte Rubén del Rincon est à la fois réaliste – c’est l’histoire ouvrière de son père – et pleine d’espoir, pleine d’énergie…

Rubén Del Rincon évoque en effet son père, Agustin, marié, père d’un enfant – lui ! – et travaillant dans une usine produisant des étoffes imprimées, notamment façon « cachemire », d’où le titre. Sa grand-mère a également travaillé dans cette usine et son père a choisi d’y faire sa vie, jusqu’au jour où les patrons disparaissent, laissant des salaires impayés et des dettes…

C’est panique à bord : pas d’indemnité, pas de recours, une recherche d’emploi infructueuse, sans oublier une femme enceinte et une petite famille à nourrir tout simplement. Heureusement, les ouvriers, après avoir touché le fond, vont remonter la pente et se dire que le matériel est encore là, qu’il faut le surveiller pour ne pas qu’il disparaisse et, tant qu’à faire, produire des  tissus imprimés puisqu’il y a des stocks  et essayer de les vendre…

Ce souvenir d’enfance qui se passe en Catalogne, en 1982, est plus que jamais d’actualité, mais l’auteur sait y ajouter ce qu’il faut de vie, familiale et  pittoresque, pour la rendre touchante et forte à la fois : les jeux des enfants alors que le couple se sait dans une situation dramatique, les remords de ne pas avoir choisi une autre voie professionnelle, des souvenirs douloureux (un accident automobile) ou la solidarité indéfectible d’un groupe de collègues qui est la base de tout…

L’album est la chronique d’une expérience, d’un pari, d’épreuves aussi, car un tel défi n’est pas sans difficultés, quelquefois majeures. On le voit vite, la création d’une coopérative ouvrière est d’abord la volonté de quelques-uns, des leaders déterminés, puis, tout aussi nécessaire, la solidarité de tous. Sinon, ça ne marche pas.

Tous les projets n’aboutissent pas et Rubén Del Rincon, auteur, le sait plus que quiconque. Une décision étonnante, dont nous ne dirons rien, l’a effectivement  poussé à finir « Cachemire », ce qu’explique une postface éclairante, laquelle est complétée d’un entretien avec Agustin donnant plein d’informations sur l’entreprise qui est au cœur de l’album, ajoutant ainsi au récit BD un volet reportage très intéressant.

Dessinée d’un trait sec et vif, voilà le genre d’histoire qui, si elle n’est pas un conte de Noël, fait partie de ces témoignages qui en ont le goût à cette période. Rappelons que l’auteur en collaboration avec Javia Cosnava a également publié chez le même éditeur « Insoumises » qui raconte le destin de trois femmes en trois chapitres évoquant tour à tour la révolte des Asturies (1934), la fin de la Guerre civile espagnole (1938) et la Libération de la France (1939-1945). Le trait de Rubén Del Rincon y est dynamique et magistral et le scénario, loin de se limiter à un récit historique, est d’abord une histoire féminine, sur l’amitié, l’homosexualité, la liberté, le combat, le courage…

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

 « Cachemire » par Rubén Del Rincon

Éditions du Long Bec (19 €) – ISBN : 978-2-37938-005-1

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13 réponses à « Cachemire » par Rubén Del Rincon

  1. Brigh dit :

    « Le long bec » me surprend de plus en plus !

    • PATYDOC dit :

      Oui ! Et d’autres « petits  » éditeurs ! A mesure que Media Participations s’est fait phagocyter par ce quarteron de piètres scénaristes qui épanchent leur aigreur sur ce site !

  2. Henri Khanan dit :

    Media Participation a un programme de parution trop développé pour pouvoir limiter son écurie scénaristique à Van Hamme, Fabien Nury, Jean Dufaux et autres Yves Sente (voila le quarté gagnant!!). Ils ont beaucoup de dessinateurs habiles sous la main, mais leurs scénaristes-vedettes sont proches de la retraite (Van Hamme et aussi Christin, bien sûr…), après des carrières exceptionnelles. Dufaux me semble avoir réduit sa production depuis trois ans, quant à Nury, c’est un orfèvre du texte (chaque projet est mûri sur le fond comme sur la forme avec la complicité du dessinateur), le contraire d’un pisse-copie, de plus il travaille aussi bien pour la TV, le cinéma et l’édition.
    Ce qui laisse de la place à une génération de « jeunes » scénaristes, parfois très productifs (écrire un livre prend moins de temps que le dessiner). Beaucoup de bons ou excellents dessinateurs sont incapables d’écrire leur propre histoire, à moins qu’ils ne soient timides..
    Mais je n’avais jamais remarqué qu’ils étaient si nombreux à défendre leur production sur ce site. Vous en êtes sûrs? Jusqu’ici je n’avais remarqué que Richard Marazano, à moins que ce ne soit un de ses admirateurs…. On s’y perd un peu avec tous ces pseudos….

    • PATYDOC dit :

      J ‘ai remarqué une baisse de la qualité de la production scénaristique particulièrement chez Media Participation, mais pas seulement (il y a aussi du Glénat, du Delcourt, etc.,) ; il s’agit d’une génération de scénaristes qui présente souvent des défauts similaires: tout d’abord, des dialogues écrits comme ces scénaristes parlent c’est-à-dire mal (en particulier, l’occurrence trop nombreuse des inévitables grossièretés, « P..! » , « B…! » et autres), ensuite des fautes de syntaxe, toujours les mêmes (absence systématique du « ne » dans les négations, affirmatives au lieu d’interrogatives, conditionnel au lieu de l’imparfait après le « si » conditionnel, etc., ), enfin, des phrases sans intérêt, mises bout à bout, et qui n’accrochent pas. En ce qui concerne les scénarios, trois défauts principaux: 1/ Pas d’idées claires, des scénarios mal conçus, qui vont nulle part 2/ Les héros ne sont jamais mis en danger, reflet, comme j’aime dire, du fait que ces scénaristes sont embourgeoisés, n’ayant rien à dire car n’ayant rien vécu! 3/ Absence de prise sur la réalité sociale et économique (bon, je sais que vous n’êtes pas d’accord sur ce point, mais je le redis tout de même), ces scénaristes étant probablement enfermés dans leur bulle mentale de bobo du Canal St Martin – sans compter leur faible niveau de connaissances générales (niveau très bas sur le plan intellectuel, peu de diplômés) : je pense que BD Zoom devrait ouvrir un débat sur ce sujet , car , s’il s’agit simplement de me faire insulter régulièrement par Marazano, Blanchard, ou leurs affidés, ça ne mènera pas très loin….

      • PATYDOC dit :

        Comme vous l’aviez compris je ne parle pas ci-dessus d’un F. Nury, (que je donne en exemple d’ailleurs quelque part sur ce site), ce scénariste étant l’exception qui confirme la règle ci-dessus édictée…

      • Laurent Turpin dit :

        Il faut dire que vous évoquez toujours vos convictions avec provocation ! Bref, puisque vous me le demandez, BDzoom n’a pas vocation à organiser de Grand Débat ! En revanche, une discussion bien menée avec des propos respectueux de chacun peut se dérouler dans les commentaires, à la suite de vos propos ou ailleurs.LT

      • caramel dit :

        On vous l’a déjà dit écrivez un scénario pour que l’on puisse juger de la pertinence de vos propos ou créez un club écriture puisque vous avez de si bon conseils.
        De plus vous arrivez à lire les 6000 ouvrages parus pour avoir un avis aussi trancher ? Vous n’exagérez pas un peu de passer du mégalone à calimero.
        Sans dec !

  3. Michel Dartay dit :

    Bonsoir ami Laurent Turpin
    Alors oui, l’idée d’un grand débat sur bdzoom me semble excellente, à condition évidemment que l’on y discute courtoisement, sans attaques personnelles. Gilles Ratier a publié un excellent livre sur les scénaristes, le métier a évolué depuis. Donc le débat reste ouvert!

  4. PATYDOC dit :

    En réponse à la méchante introduction de l’auteur de cet article , qui nous dit : « Dans le contexte économique actuel où les entreprises ferment sans prévenir, s’expatrient sans état d’âme ou licencient l’esprit tranquille, laissant sur le carreau des employés évidemment désespérés », j’appose ce titre de l’AFP de ce jour : « L’an dernier, le taux d’imposition des entreprises fatteignait en moyenne 21,4% à travers le monde, selon les données de l’Organisation pour le développement et la coopération économiques (OCDE). En France, ce taux est de 33,3%, l’un des plus élevés ».

  5. caramel dit :

    Il me semble qu’il y a des sites qui parle économie néolibérale ou votre commentaire y trouvera toute sa place (quid du CICE 21 milliards en 2018 ?) .

  6. Henri Khanan dit :

    Oui Patydoc, j’ai aussi vu ce titre. Je ne comprend pas, la France est aussi un des rares pays européens à avoir un ISF rebaptisé IFI, impôt sur le patrimoine, donc normalement l’Etat a de quoi payer ses fonctionnaires. et faire de la redistribution. Et pourtant beaucoup se plaignent. . Je rappelle qu’avant la Présidence Mitterand, l’IS était à 50%.
    M’enfin… ce « grand débat » pour reprendre l’expression de Michel Dartay n’est pas celui de Macron avec les maires. Mais celui sur les scénaristes!

    • caramel dit :

      Vous avez raison henri pourquoi embête t-on les riches. Non mais !!!
      quant au soit disant grand débat sur les scénaristes heu…
      Autant lire ou écoutez ceux qui les font, c’est plus instructif.

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