Jean-Christophe Grangé, à propos de La Malédiction de Zener

Jean-Christophe Grangé, est l’auteur de thrillers devenus mythiques Le vol des cigognes (1994 ), Lec’ rivières poulpres ( 1998)( adapté au cinéma en 2000 par Mathieu Kassovitz avec Jean Reno et Vincent Cassel), Le concile de Pierre (2000), L’empire des loups (2003)(adaptation cinéma à venir), best-sellers internationaux traduits dans une trentaine de pays notamment aux Etats-Unis où L’empire des loups sort chez Harper Collins à l’automne 2004. La Ligne noire paru en 2004, n’a pas quitté les listes des meilleures ventes.

Interview de Jean-Christophe Grangé à propos de la sortie de l’album, chez Albin Michel, La Malédiction de Zener

 

Jean-Christophe Grangé, est l’auteur de thrillers devenus mythiques Le vol des cigognes (1994 ), Lec’ rivières poulpres ( 1998)( adapté au cinéma en 2000 par Mathieu Kassovitz avec Jean Reno et Vincent Cassel), Le concile de Pierre (2000), L’empire des loups (2003)(adaptation cinéma à venir), best-sellers internationaux traduits dans une trentaine de pays notamment aux Etats-Unis où L’empire des loups sort chez Harper Collins à l’automne 2004. La Ligne noire paru en 2004, n’a pas quitté les listes des meilleures ventes.

 

 

 

Jean-Christophe Grangé : « Travailler avec Adamov a réveillé mon amour pour la bande dessinée. »

 

 

 

Des rats de laboratoire. De vieux hangars désaffectés. Une jolie étudiante de Nanterre, à la fin des années 60. Un professeur en parapsychologie nimbé de mystère. Des expériences sur des cobayes humains, dont le but avoué n’est pas forcément celui réellement poursuivi. Pas de doute, on est bien au début d’une histoire signée Jean-Christophe Grangé.

 

Maître absolu du thriller, écrivain à succès systématiquement adapté au cinéma (Les Rivières pourpres et bientôt L’Empire des loups et Le Vol des cigognes), Grangé se lance un nouveau défi. Avec L a Malédiction de Zener, il s’attaque à un genre nouveau pour lui, la bande dessinée. Sans rien perdre de son incroyable efficacité et de son extraordinaire faculté à raconter des histoires, Jean-Christophe Grangé forme, avec Philippe Adamov au dessin (Les Eaux de Mortelune, Dayak, Le Vent des dieux), un tandem aussi percutant qu’inattendu. Du Paris universitaire de 1968 à un congrès en parapsychologie à Sofia, de l’autre côté du rideau de fer, ce premier album en commun, Sybille, ressemble fort à un coup de maître. Le second volet de cette formidable trilogie, Le Clan des embaumeurs, est d’ores et déjà attendu pour septembre 2005.

 

 

 

Après la littérature et le cinéma, voilà que vous vous attaquez à ‘a bande dessinée, en imaginant ce qui s’est passé avant Le Concile de pierre. Pouvez-vous nous raconter l’origine de ce projet ?

 

C’est une envie que j’avais depuis longtemps. Après avoir terminé d’écrire Le Concile de pierre, mon troisième roman, je suis resté sur un sentiment d’inachevé. Au sein du livre, il y avait toujours cette genèse de la mère de Diane, Sybille Thiberge, que je n’avais pas pu raconter en détails… Sinon, le livre aurait fait 700 pages! J’avais même été tenté à une époque de raconter Le Concile de pierre dans l’ordre, c’est à dire en partant de Sybille, cette étudiante à Nanterre, en 1968, qui a le béguin pour un professeur de parapsychologie et qui va s’enférer dans une série d’expériences la dépassant complètem~nt.

 

 

 

Finalement, vous signez une bande dessinée en trois volumes, La Malédiction de Zener…

 

Exactement. Et dont le premier tome s’intitule Sybille, du nom de l’héroïne. Je voulais que l’on démarre en suivant cette jeune fille, qui va à la fac, suit des cours de parapsychologie, tombe amoureuse de son professeur, un certain François Bruner… Dès le deuxième album, elle va devenir assez méchante. Et dans le troisième, elle sera vraiment la sorcière que les lecteurs ont découvert dans Le Concile de pierre. La boucle sera alors bouclée. Je précise tout de même que La Malédiction de Zener peut tout à fait se lire sans avoir lu Le Concile de pierre avant. Au contraire, c’est même mieux, puisqu’il s’agit du tout début de l’histoire. On a le temps de suivre Sybille, de la voir vieillir , tomber enceinte et surtout rencontrer les chamanes de Mongolie, qui sont au cceur de toute l’intrigue.

 

 

 

Pourquoi ce titre, La Malédiction de Zener ?

 

Zener est le nom des vingt-cinq cartes utilisées lors de tests en parapsychologie. Elles représentent en tout cinq symboles assez simples: il y a un rond, un carré, une étoile, une croix et trois lignes ondulées. Il s’agit de voir alors si un sujet quelconque arrive, face retournée, à deviner le symbole caché. J’ai utilisé le mot « malédiction » parce qu’en fait, pour Sybille Thiberge, c’est une véritable malédiction que d’arriver à chaque fois à donner la bonne réponse. C’est parce qu’elle se prête à ce test-Ià – et qu’elle le réussit à chaque fois – que tout le monde comprend qu’elle a des pouvoirs « psi ». Ces cartes vont être la révélation de son vrai pouvoir. Et son pouvoir, c’est de deviner les catastrophes. Parler de malédiction à propos de Zener, c’est parler de malédiction à propos d’un don.

 

 

 

Pourquoi avoir choisi la bande dessinée plutôt qu’un roman pour développer cette histoire ?

 

Quand j’ai commencé à réfléchir à l’hypothèse d’une prequel, comme on dit maintenant depuis Star wars et George Lucas, j’ai vite compris que le genre le plus adapté pour raconter l’histoire que j’avais en tête serait la bande dessinée. Depuis dix ans que j’écris des livres, j’ai constaté que le lectorat de romans policiers déteste le fantastique. Les lecteurs de thrillers veulent une suite logique, une explication logique, même à des éléments qui paraissent étranges au début du livre. Quoi qu’il arrive durant l’histoire, à la fin, il faut qu’il y ait une explication rationnelle à tout. Pour Le Concile, c’était exactement le contraire. On partait sur un polar qui avait l’air normal, et plus ça allait, plus ça avait l’air fantastique. Et je crois que le public de la bande dessinée et du cinéma est beaucoup plus ouvert au monde de l’étrange pour une raison très simple: le dessin, ou l’image dans le cas du cinéma, donne immédiatement un crédit à l’histoire, un grain de réalité qui n’existe pas avec le livre. Dans un roman, lorsque les personnages se transforment en animaux, c’est compliqué à raconter. Si l’imaginaire du lecteur refuse d’y aller, le romancier est cuit! Ce qui me frappe en revanche au cinéma ou dans la BD, c’est que le public suit sans problème les choses qui ne sont pas forcément cartésiennes. Personne n’a de problème avec ça, le visuel fait que l’on admet tout de suite le postulat. C’est pour cette raison-là que pour moi, il était évident que La Malédiction de Zener devait être dessinée…

 

 

 

Et puis il y a eu ensuite la rencontre avec le dessinateur, Philippe Adamov…

 

C’est sans doute ce qui a complètement débloqué la situation. Philippe Adamov avait lu Le Concile de pierre et il avait adoré l’histoire. Moi, de mon côté, j’avais évidemment lu la série des Eaux de Mortelune, que je trouvais formidable, surtout les cinq premiers albums. Je suis vraiment en extase devant ses dessins. Une fois qu’on a discuté tous les deux du sujet et de l’atmosphère, je savais qu’on allait s’entendre artistiquement. Je n’aurais pas pu travailler avec un dessinateur trop délirant. Mes histoires sont assez compliquées, il faut être rigoureux dans le cadre, les planches, dans la façon dont on raconte les scènes. Adamov a été scénariste de plusieurs de ses albums, et ça se sent. Quand il a une suggestion, elle est toujours bonne. C’est un confort de travail inimaginable. On n’a pas en face de soi quelqu’un avec lequel on a l’impression de parler une langue étrangère. Il n’y a rien de pire que le type qui est dans sa discipline et qui ne comprend pas du tout les contraintes. Un dessinateur pourrait dire: « Là, il faut que je dessine un grand décor », simplement pour se faire plaisir… alors qu’on est en plein dans les pensées de la fille !

 

 

 

Entre deux artistes d’une telle notoriété, on pouvait craindre la collaboration au quotidien. Comment cela s’est passé ?

 

Dans l’harmonie la plus totale. Je connais bien le travail d’équipe dans le cinéma, où, en plus de discuter avec un réalisateur, tu gères des producteurs, des acteurs, des contraintes financières énormes, des avis qui arrivent de tous les côtés. Le cinéma, c’est un chaos absolu ! Quand je me suis retrouvé seul avec Philippe, qui est d’un naturel enjoué, ça n’a été que du plaisir. De plus, il s’est très vite fait emporter par l’histoire. Plus il avançait, plus il inventait. Et puis, il s’est passé quelque chose de très chouette qui nous a donné des ailes à tous les deux, c’est que Philippe a tout de suite trouvé le visage de héroïne et qu’elle nous a immédiatement touché, avec sa petite coupe de cheveux à la Anna Karina dans les films de Godard. Dès qu’on a vu les premières planches, le simple fait que Sybille rentre chez elle, qu’elle se déshabille, on s’est attaché à elle. On avait envie de la suivre dans ses aventures.

 

 

 

Pour Adamov aussi, cet album est un sacré pari: rendre compte d’une période qui a réellement existé, ce qu’il n’avait pas l’habitude de faire jusqu’ici…

 

 

 

Effectivement, c’est la première fois qu’il fait une histoire ancrée à ce point dans la réalité. Jusque là, c’était toujours des univers baroques et futuristes, entre science-fiction et fantastique. Le gros avantage, c’est qu’il est très à l’aise avec les situations étranges et impossibles. Avec Adamov, il suffisait de dire: « Tu vois, là, Sybille se défend avec le couvercle d’une poubelle et le mec devient magnétique. » Eh bien, en deux cases, le mec devient magnétique! Pour Philippe, pas de problème… Dès que l’histoire sort des rails et part dans le fantastique, il n’a aucun mal pour dessiner.

 

 

 

Vous a-t-il demandé d’éviter certaines scènes ou certains décors pour lui faciliter la tache ?

 

Non. Si l’histoire vaut le coup, il ne va jamais interdire quoi que ce soit par penchant artistique. Simplement, au début, il était un peu craintif sur la fac de Nanterre, les immeubles, tout ça. Il me disait: « Jean-Christophe, il faut très vite qu’on passe sur le Paris classique et qu’on aille dans les laboratoires… parce que je ne sais pas dessiner la vie quotidienne. » Il n’arrêtait pas de dire qu’il ne voulait pas faire de 4×4. Mais je l’ai rassuré: on était en 1968 et il n’y en avait pas! Et très vite, il a dû dessiner la virée à la Mutualité entre les deux copines. Et c’était formidable! Il avait réussi à rendre une atmosphère vraiment incroyable. Je me souviens lorsque je lisais des BD, mon plaisir principal, c’était d’être dans des ambiances de rues, sous la pluie. Même dans les plus vieilles, dans les Blake et Mortimer par exemple, rien que les phares des bagnoles, c’était génial. Lorsque j’ai vu cette planche de la Mutualité, je me suis dit qu’avec Adamov, on allait immédiatement avoir le vrai plaisir de la bande dessinée.

 

 

 

La bande dessinée et vous, ça fait longtemps que vous vous tourniez autour, non ?

 

On peut dire ça comme ça, oui. Ce que le public ne sait peut-être pas, c’est qu’à 12 ans, je voulais être dessinateur de BD. J’étais même plutôt doué en dessin quand j’étais gamin. Je lisais tout Druillet, tout Giraud, les westerns bien dessinés comme Blueberry, j’adorais… J’essayais de trouver un style à l’ombre de ces grands auteurs-Ià. Pour moi, c’était des références. Et puis, au moment de l’adolescence, j’ai changé de goûts et je me suis mis au piano. Ça faisait 20 ans que je n’avais plus ouvert une BD. J’ai été un peu surpris lorsque je m’y suis remis de voir que tous les vieux cadors étaient toujours là. Travailler avec Adamov a réveillé mon amour pour la bande dessinée que j’avais lorsque j’étais enfant.

 

 

 

Maintenant que vous connaissez les deux, quelles sont les différences fondamentales entre les deux formes d’écriture, roman et scénario de bande dessinée ?

 

La différence essentielle, c’est vraiment le temps passé. Par rapport à l’investissement que demande un livre, toutes les recherches, le choix de la moindre phrase, écrire un scénario de BO, c’est quand même plus rapide. Je ne devrais peut-être pas dire ça… mais c’est tellement vrai. L’équivalent de la transpiration de l’écrivain, en bande dessinée, est entièrement reportée sur le dessinateur. Moi, je disais: « Regarde, il sont debouts dans le laboratoire et Sybille dit ça. » Et Adamov partait dessiner un mois !

 

 

 

On commence à bien connaître le « style Grangé », mélange de thriller sanguinolent et de suspense angoissant. Vous n’avez pas envie d’aller un jour vers un registre complètement différent ?

 

Il y a quelque chose qu’il ne faut jamais oublier: ce sont les idées qui vous tombent dessus, pas l’inverse. Les gens me demandent: « Vous n’avez pas envie de faire ceci ou cela ? » Mais en fait, il y a ce que je veux faire et ce que je suis capable de faire. Moi, j’écris ce genre d’histoires parce que c’est ce qui me vient, tout simplement. Je ne vois pas comment je pourrais raconter quelque chose ancré dans le quotidien amoureux, par exemple. Je n’aurais pas l’ombre de la plus petite idée. Mon truc à moi, ce sont les psychopathes. Et pourtant, vous voyez, j’ai l’air tout à fait normal et souriant…

 

 

 

Sans en dire l’essentiel, pouvez-vous dévoiler le titre et un peu de ce qu’il va arriver à Sybille dans le tome 2 ?

 

Ça s’appellera Le Clan des embaumeurs. On quitte Sybille alias Irina à la fin du premier album dans un train qui l’emmène à Moscou. Là, Bruner la pousse à faire la preuve de son pouvoir auprès d’un aréopage de scientifiques de l’Est. Mais c’est la Guerre Froide, Sybille est vraiment dans une prison. Elle va rencontrer le jeune Boris, un chimiste qui a des problèmes liés au corps de Lénine, qui se détériore petit à petit. Leurs destins vont s’entrecroiser. L’album va porter sur deux tentatives d’évasion, dont l’une concerne justement le milieu très particulier des embaumeurs.

 

 

 

La date de sortie ?

 

Ça dépend vraiment des dessins, il faut demander à Adamov. C’est lui qui se tape tout le boulot… Mais maintenant que l’histoire est en place, pour lui, ça va aller plus vite. Zener, il l’a désormais sur le bout des doigts. Si j’osais ce mauvais jeu de mots, je dirais qu’il a toutes les cartes en main !

 

 

 

Fabrice Argelas

 

 

Albin Michel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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