Interview inédite d’HECTOR GERMAN OESTERHELD

Un reportage perdu dans le temps
C’est feuilletant la revue Siete Dias Illustrados du 29/09/1974 que l’on a retrouvé cette interview réalisée par Roberto Vacca
Photographies de Mario Paganetti.

Diplômé en Sciences Naturelles – spécialisé en Géologie, il manque à Hector German Osterheld la présentation d’une thèse pour atteindre le doctorat-, Oesterheld a travaillé à la Direction Nationale de Mines, en YPF et dans le laboratoire d’industrie minière de la Banque de Crédit Industriel, jusqu’à ce qu’il ait abandonné sa profession pour se consacrer à ce qui est l’ »historieta » (bande dessinée), au début des années 50. Voyageur infatigable, il a parcouru tout le pays, pour des raisons de travail et reconnaît son initiation littéraire dans une histoire qu’il a publié le journal La Prensa en 1938. Trois années plus tard il  est appelé par un ami, Carlos Hirsch, qui lui demande d’écrire les textes d’ illustrations réalisées sur la vie dans le fonds des mers, travail qui devaient être présentés à la nouvelle maison d’édition  l’Editorial Abril.. « L’expérience a été désastreuse. raconte Oesterheld : « –Ils  m’ont refusé mon travail, mais dix jours plus tard ils m’ont appelé parce qu’ils avaient relu le texte et qu’ il leur avait paru original « .

 

Depuis lors, et jusqu’à 1949, il a travaillé comme rédacteur de livres de divulgation. « Un jour ils m’ont demandé si cela m’intéresserait d’écrire des scénarios pour  des « historietas » rappelle HGO , j’ignorais ce dont il s’agissait.. Je  rois avoir lu tous les livres d’aventures du monde, mais j’ai toujours senti une aversion par les illustrations. Simplement, j’ai tenu à prouver que j’ en étais capable et j’ai écrit un scénario policier qui se passait en Egypte, avec un personnage qui était appelé Craizy. On l’a trouvé satisfaisant  et depuis lors je suis  devenu un scénariste pour cette revue inoubliable qui a été appelée Misterix « .

 

Après Craizy ont suivi d’autres personnages qui ont délimité ce qu’avec le temps serait la principale caractéristique d’Oesterheld : la qualité, la  vraisemblance et l’ humanité de ses créations. Sont ainsi apparus Ray Kitt , une BD – policière – et Lord Commando, qui a été la première « historieta » de guerre publiée en Argentine. Dans la revue Misterix, il s’agissait de s’imposer face à l’abondant matériel provenant d’Italie. « Le succès assuré par  HGO a permis qu’on importe des valeurs comme scénaristes Alberto Ongaro et des  dessinateurs de la qualité de Hugo Pratt et d’ Ivo Pavone. Un groupe de garçons d’un peu plus de 20 années qui formera un groupe exceptionnel.

 

 

 

Précisément confirme HGP, Pratt a dessiné Ray Kitt et le résultat a immédiatement permis la naissance de Bull Rockett, mon premier personnage important « .

 

 

 

Comment est né Bull Rockett ?

 

Ils m’ont demandé un scénario avec un coureur d’automobiles pas très  héroïque. Mais je n’aimais pas l’idée, de sorte qu’en a résulté un personnage plutôt scientifique, qui pouvait parler de n’importe quoi . Ils me l’ont rejeté, évidemment, et ils m’ont défié parce cela  n’avait rien voir avec ce qu’ils m’avaient demandé. Tout est là resté en plan, jusqu’à ce qu’au mois suivant avec l’ irruption à la rédaction de César Civita – éditeur des publications – criant qui c’était le meilleur scénario  qu’il avait lu dans sa vie. Il a immédiatement proposé  qu’on le traduise en italien et qu’on l’envoie en l’Italie  au dessinateur Campani. Cela  a été mon premier grand succès et  qui a duré cinq années.

 

 

 

Et comment est apparu le Sergent Kirk ?

 

Parce qu’on avait besoin d’une « historieta » de cowboys  et on choisi le jeune  Pratt,. Initialement, j’avais  pensé un sergent argentin, de nos frontières, mais cela n’a pas été considéré comme commercial. Alors, je l’ai placé dans l’ouest américain. Basé sur quelques antécédents historiques et influencé par des lectures du folklore américain excellents comme  celles de Ross Santee, j’ai inventé ce « renegado » qui se lie d’amitié avec des Indiens après eux  les avoir massacré. Était là,  en moi, présente la tragédie de Wounded Knee, ce qui m’a permis une bonne peinture de la psychologie des Indiens des trois Amériques. L’idée fondamentale a été  de créer un personnage atypique ; il s’agissait de rendre une histoire humaine, en évitant le classique super homme.

 

 

 

Tu as dû étudier l’histoire américaine, par exemple ?

 

Pas nécessairement. Je me suis documenté suffisamment, comme je l’ai fait toute ma vie, pour la création de chaque personnage. Mais en effet j’ai appris des choses intéressantes, étant donné que le mustang (cheval sauvage) n’est que notre pingocréole, descendant de l’Espagnol mostrenco. Et aussi qui le mot shérif  qui a sa racine dans le « jerife », que veut dire « chef local » en arabe. Il est sûrement arrivé aux Etats-Unis par le biais des Espagnols du Mexique ou de la péninsule de Floride.

 

 

 

Que s’est-il passé  après l’apparition de Rockett et  de Kirk ?

 

Presque parallèlement à Kirk, j’ai créé l’ Indio Suárez, un entraîneur de boxe retraité.. Le nom de famille était un hommage au grand Justito. Le dessin a été réalisé par l’Espagnol Emilio Freixas, et il a été publié dans la revue Rayo Rojo. En même temps,j’ai créé Gatito dans la revue  éponyme  pour jeunes,tout comme l’Ogro Rompococo et Pilín, la Princesa Tilina et le Rey Panza. J’ai aussi écrit  des histoires courtes illustrées, qui ont connu un grand succès en 1953. Ensuite j’ai travaillé aussi dans Pato Donald, en écrivant un récit sur le Dippy, qui aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi ils l’appellent Tribilín.

 

 

 

Avec qui  as-tu travaillé ? Toujours avec des dessinateurs italiens ?

 

Ils ont pratiquement tous dessiné pour moi, sans exception. Mais il y a eu un temps où je me suis consacré à publier des albums, sur la base des bandes dessinées  de Kirk et de Bull Rockett. Je les ai publié chez l’ Éditorial Frontera, maison d’éditions créée, avec mon frère. Nous arrivions à vendre entre 12 et 15 exemplaires de chaque titre. Quand je me suis séparé de Éditorial Abril, j’ai commencé à sortir mes propres revues: et ainsi sont nées Frontera  et Hora Cero, deux publications de bandes dessinées  qui ont marqué leur époque .Mon frère, sous le pseudonyme  Jorge Mora, et moi car, nous étions les seuls scénaristes nous avons réuni une équipe de dessinateurs exceptionnels, Hugo Pratt, Arturo DelCastillo, Carlos Croix, Ivo Pavone, Alberto Breccia, Jorge Moliterni, Carlos Roume, Solano López, Cirilo Muñoz, Emilio Zoppi, Carlos Vogt, Ernesto García et le petit Leopoldo Durañona. Nous arrivons à à une vente de  90 mille exemplaires  et nous avons écrit  un lot impressionnant d’histoires et créé de nombreux personnages célébres.

 

 

 

C’est à cette époque que tu as écrit le scénario d’Ernie Pike ?

 

Non, seulement Pike, a été, il est certain, l’un des plus importants. Mais durant ces années (1956-1961) sont aussi nés Ticonderoga, où on brillait Pratt , Randall, qui dessinait Arturo del Castillo et qui a été traduit en anglais sous le nom de Ringo. Et l’un des Beatles a reconnu avoir pris le nom de Ringo  pour l’admiration qu’il portait à mon personnage. A cette époque, en outre, j’ai écrit Sherlock Time, une histoire de science fiction dessinée Breccia ; là est née aussi Patria Vieja, une  « pantallazo » de l’histoire argentine illustrée par Roume. Finalement, à cette  période que  j’ai créé mon plus grande personnage : El Eternauta

 

 

 

Il est certain que pour Ernie Pike on c’est inspiré de toi-même ? Le dessin, en réalité, paraît être une caricatura de toi-même ?

 

Exact, mais seulement le dessin, clairement. Le personnage est inspiré d’un correspondant américain appelé ErniePyle, sûrement le plus grandiose des journalistes qui ont vécu la Seconde Guerre Mondiale. Il s’est caractérisé parce qu’au lieu de chroniquer les grandes batailles, il racontait de petites histoires secondaires, terriblement humaines Il rejetait les reportages publiés dans  Time et dans Life. Sa vie a été une tragédie et il a finalement t été tué par un sniper à en Iwo Jima, en 1944. Ainsi je l’ai pris comme personnage et j’ai commencé à inventer des histoires dans l’esprit des récits qu’il publiait. Quant au dessin, c’est le résultat d’une plaisanterie.. Quand j’ai créé le personnage, je lui ai joint une note à Pratt  avec le premier scénario et je lui ai dit qu’il le rende sympathique, noble, bon.. Comme blague, j’ai ainsi terminé la note : « Bah, un peu comme moi « . Et Pratt  a pris cela au sérieux et il a fait une caricatura de moi.

 

 

 

Quelle est la raison du succès qu’il  a eu ?

 

Très simple, ça a été la première fois dans le monde que les Américains n’étaient pas les bons et les  allemands les mauvais. Il y avait des héros dans les deux armées, y compris les Japonais.. Dans cette « historieta », le méchant c’était la guerre.

 

 

 

Tu as dit que El Eternauta a été récemment ta plus grande oeuvre. Pourquoi ?

 

Parce que je crois, même si je ne suis pas  trop modeste, que c’est le que meilleur scénario qui a été écrit  en science fiction en Argentine et parce c’ est une histoire qu’il n’ a pas vieillie ; au contraire elle est toujours d’actualité. Quand j’ai travaillé dans cette collection extraordinaire qui a appelée Màs Allà qu’éditait Abril,.ill m’ était resté, en tête, une courte histoire et j’avais décidé de l’écrire en quelques pages, c’était l’El Eternauta mais elle a eu un tel du succès, Succès  qui s’est transformé  en une histoire à suivre  hebdomadaire qui a duré deux années. Solano López,a dessiné  plus de 350 pages de 12 vignettes  

 

 

 

Tu as été récompensée parfois, par votre oeuvre ?

 

Non, mais les dessinateurs de mes scénarios  oui. C’est ainsi la vie, et je ne me plains pas.

 

Traduit de l’argentin par Claude Moliterni

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