« Elle s’appelait Sarah » par Horne et Pascal Bresson [d’après Tatiana de Rosnay]

Après une adaptation réussie au cinéma en 2010 (avec Kristin Scott Thomas), le très beau best-seller de Tatiana de Rosnay, qui fut, entre autres, auréolé du prix Gabrielle-d’Estrées, est transposé, également de fort belle manière, en bande dessinée, par le scénariste Pascal Bresson et le dessinateur Horne, en collaboration avec la romancière.

L’histoire d’« Elle s’appelait Sarah » met en scène deux événements se passant à 60 ans d’écart et qui vont se télescoper.

 Lors de la rafle du Véld’Hiv de Paris, en juillet 1942, la petite Sarah Starzinsky — qui porte l’étoile jaune — est arrêtée avec ses parents par la police française, au milieu de la nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l’abri en le cachant dans un placard dont elle garde la clef, tout en lui promettant de revenir le libérer dès que possible ; hélas !, elle va être déportée et connaître l’horreur du camp de transit de Beaune-la-Rolande.Toujours dans la capitale française, mais en mai 2002, la journaliste américaine Julia Jarmond, mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vélodrome d’Hiver. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de la petite Sarah, car elle va découvrir toute une facette cachée dans le passé de sa belle-famille, et sa vie va changer à jamais…

Cette bouleversante évocation de l’une des pages les plus sombres de l’Occupation — qui a connu un succès international — est axée sur le devoir de mémoire et la culpabilité de l’être humain. Elle est ici très bien adaptée sous forme de roman graphique grâce à la plume maîtrisée d’un scénariste aguerri : Pascal Bresson étant déjà l’auteur du récent « Simone Veil l’Immortelle » avec Hervé Duphot, chez le même éditeur, ou de « L’Affaire Dominici » et de « Plus fort que la haine » avec l’immense René Follet, chez Glénat. (1)

Les qualités narratives de cet ambitieux projet doivent aussi beaucoup aux intéressants partis-pris graphiques, qui permettent, par ailleurs, de simplifier la lecture sur le plan chronologique, du prolifique dessinateur Horne, à qui l’on doit déjà des ouvrages remarqués comme son « Lennon » ou ses « Tête de vache » et « Quatrième Mur » avec Corbeyran (également chez Marabulles) : représenter la période récente en noir et blanc et celle de la guerre à travers les yeux de Sarah, avec des traits grossis et déformés par l’imaginaire de cette fillette de dix ans. Ainsi, tout ce qui est de l’ordre du danger devient alors une somme d’ombres très noires, tandis que tout ce qui lui apporte de l’espoir se pare de couleurs, dans les tons de jaune. Un travail tout aussi efficace qu’original…

 Gilles RATIER

 (1)   Voir : « L’Affaire Dominici » par René Follet et Pascal Bresson, René Follet, le flamboyant… (première partie) ou René Follet, le flamboyant… (2e partie).

 « Elle s’appelait Sarah » par Horne et Pascal Bresson [d’après Tatiana de Rosnay]

Éditions Marabout (19,90 €) — ISBN : 978-2-50113265-7

Toutes les images sont © ELLE S’APPELAIT SARAH, Tatiana de Rosnay, Pascal Bresson & Horne aux éditions Marabout (reproduction interdite).

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