« Les Aventuriers du Mékong » par Guillaume Guerse et Marc Pichelin

L’album démarre sur un postulat éditorial : l’avenir de la bande dessinée c’est le reportage ! Pour les auteurs, c’est donc une nécessité, se reconvertir, soit en trifouillant et révélant son ego le plus intime, soit en parcourant le monde de long en large. Comme Marco et Gégé, les héros de Guerse et Pichelin, en ont assez d’être des losers, alors ils vont voyager ! Direction, le Laos…

Ce pays entre Thaïlande et Vietnam évoque, pour l’un d’eux, les plages, les cocotiers… Pas de chance, il n’y a pas d’accès à la mer au Laos ! Tant pis, ils y découvriront des rizières, des éléphants, de la jungle. Zou ! C’est parti ! Et dans la bonne humeur car, on ne l’a pas encore dit, ces deux ringards du regard sont d’abord des héros rigolos. L’un d’eux avoue n’être jamais allé plus loin que son petit village d’origine en Aveyron ! Autant dire, que prendre l’avion est déjà une super aventure !

Le tout est évidemment constamment caricatural et tourné en dérision. Naïfs et fainéants, plus prompts à descendre la bière locale (la Beerlao) qu’à monter les escaliers des temples, plus curieux de dénicher une gargote qu’à explorer un site historique, très enclins à se « reposer peinards », ils s’installent tranquillou dans la vie du Laos, s’attachant tout particulièrement à un animal de compagnie pittoresque, un canard, plus sacré qu’on ne pense, surnommé Milou, et qui devient le fil rouge d’une grande partie du récit.

Un peu comme les Dupondt dans « Le Lotus Bleu », ils essaient de faire couleur locale, mais c’est difficile de passer inaperçu quand on est comme eux des « farangs » un peu fous – les « farangs » désignant les étrangers blancs – ! Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls : ils rencontrent un routard de Villefranche de Rouergue qui veut tout faire à l’économie ou un guide en 4X4 qui les trimballe jusqu’à Savannakhet, deuxième ville du Laos après Vientiane, la capitale.

Concrètement, ces « aventuriers du Mékong » nous font plus découvrir ce qu’ils sont que « où » ils sont. Pourtant, au fil de leurs déboires, ils tentent de réaliser le journal de voyage qui va les relancer dans le monde de la BD, convaincus que le Laos a toujours été oublié par les auteurs : « On serait les premiers à y faire de la BD. Même Tintin n’y a jamais mis les pieds ». Toujours leur naïveté mais second degré des auteurs, évidemment, car d’autres ont réalisé de bons albums et sérieux albums sur le sujet. On se souvient, par exemple, de « La Longue Marche des éléphants » par Nicolas Dumontheuil et Troub’s, chroniqué ici-même, ou, plus anciens, des albums signés Taymans avec ses héroïnes Charlotte ou Caroline Baldwin.

À l’arrivée, Guerse et Pichelin s’amusent, variant les styles graphiques (carnet de voyage sous-légendé, BD animalière à l’américaine, …), via une BD dynamique et drôle, insufflant décontraction et délire (le canard sacré, l’archéologue du Périgord soupçonneux, la poursuite en tuk-tuk…) à un récit rocambolesque qui n’exclut tout de même pas, de temps à autre, une vision joliment pittoresque du Laos.

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Les Aventuriers du Mékong » par  Guillaume Guerse et Marc Pichelin

Éditions Delcourt (18, 95 €) – ISBN : 978-2-4130-0775-3

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