« Amour minuscule » par Stefano Turconi et Teresa Radice

On serait tenté de dire qu’« Amour minuscule » est un livre majuscule tant l’album, traduit de l’italien par Frédéric Brémaud, est riche, dense, impressionnant par la diversité des thèmes abordés et par l’intelligence des propos. Mais de quoi s’agit-il ? De voyages, évidemment, nombreux, éclectiques, mais également d’humanité et de courage, illustrant parfaitement la citation de John Lennon citée page 14 : « La vie, c’est ce qui arrive quand on a d’autres projets »…

Il faut d’abord indiquer qu’« Amour minuscule », dans un format livre 17 x 24, 8 cm, compte 320 pages et demande plusieurs heures de lecture, car l’album multiplie de vraies planches, c’est-à-dire comptant de nombreuses cases abondamment dialoguées, alternant ici et là avec des pages de textes non moins abondants. Pourtant, rien n’est inutile et l’ouvrage mérite pleinement l’expression « roman graphique » qui, souvent, désigne des albums à la pagination étirée sur des planches plutôt aérées. Bref, « Amour minuscule » est à conseiller aux lecteurs patients, d’autant que, seul reproche à faire, le format ne facilite guère la lecture des textes et bulles.

Mais venons-en au cœur du sujet : un couple qui s’est formé lors d’un voyage organisé en Syrie. Une jeune Italienne et  son guide tombent amoureux alors qu’elle découvre avec lui les richesses de son pays, de sa culture. C’était il y a quelques années, en 2007, Ismail avait alors l’immense plaisir de faire partager ses connaissances aux touristes. Depuis, Iris et Ismaïl se sont retrouvés, installés en Italie, mariés et – mais Ismaïl ne le sait pas quand il part en Syrie pour régler des affaires familiales -, ils attendent un bébé. …

Sur place, il aide un vieux professeur à mettre en sécurité les pièces d’un petit musée. On est en 2013 : la guerre éclate. Le voilà inquiété, piégé, menacé, isolé. Toute communication est impossible. Iris ne sait pas ce qu’est devenu son mari. À Gênes, elle entend ce qui se passe en Syrie, s’inquiète, s’affole, se résigne, s’impatiente… alors que de son côté, Ismaïl va vivre le pire des cauchemars, cherchant à fuir le pays coûte que coûte, risquant la mort plusieurs fois, se battant comme un beau diable dans un pays devenu complètement fou.

Iris se met alors à écrire à son « amour minuscule », le bébé qui grandit en elle. C’est aussi l’occasion pour elle de se remémorer ce qu’elle a connu avec Ismaïl : leur rencontre et la découverte commune de Palmyre, d’Alep ou du Krak des Cavaliers, puis leur séjour à Istanbul… mais aussi les relations tendues qu’elle entretient avec sa mère, qui lui a tu tant de choses sur ses origines argentines. Quand on suit sa mère, des flash-backs éclairent peu à peu ce passé encore inconnu d’Iris.

Quand le présent se trouble, le passé remonte comme jamais. Iris se rappelle  tout ce qu’Ismaïl lui a dit de son pays, comment il en parlait, avec gourmandise, tandis qu’illustratrice, elle dessinait minutieusement ces architectures, ces paysages. Elle se redit encore ce qu’elle écrivait dans son journal de voyage, avec beaucoup de détails et de poésie, à propos de ces visites commentées par le beau guide aux yeux verts, un jeune homme lucide rappelant qu’il n’était pas dans ses fonctions de disserter sur tout ce qui n’allait pas !

Ce récit hautement littéraire, truffé de citations et de références philosophiques, est à l’évidence un des plus beaux albums du moment car, ce qui ne gâte évidemment rien en matière de BD, la réalisation graphique est elle-même exceptionnelle, délicate et savante à la fois, diversifiant les styles selon de quand on parle. Stefano Turconi est aussi à l’aise dans les intérieurs que dans les paysages – trop miniatures quelquefois même quand il s’agit de déserts, toujours à cause du format -, aussi à l’aise dans les couchers de soleil, dans les intérieurs glauques, que dans les montagnes des Alpes italiennes où se réfugie Iris en compagnie d’amies hautes en couleurs.

Alors, bons voyages !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Amour minuscule » par Stefano Turconi et Teresa Radice

Éditions Glénat (27 €) – ISBN : 9782344028520

 

Galerie

Les commentaires sont fermés.