« Si je t’oublie Alexandrie » par Jérémie Dres et « L’Odyssée d’Hakim » T1 par Fabien Toulmé

L’exil est au cœur de nombreux albums, l’exil des migrants – sujet d’actualité – ou l’exil des parents, voire des grands-parents, avec toutes les questions que l’on se pose sur le pourquoi et le comment. C’est le cas, par exemple, avec Jérémie Dres dont les aïeux ont quitté l’Égypte ou avec Fabien Toulmé qui enquête sur le départ d’Hakim de sa Syrie natale…

Dans le cas de Jérémie Dres, il y a le mystère des origines (déjà creusé en partie avec « Nous n’irons pas voir Auschwitz »), ses grands-parents se taisant sur les raisons qui leur ont fait quitter l’Égypte. Ils ont délibérément laissé leur histoire derrière eux et considèrent que, tout ça, ce sont des « vieilleries » ! Pourtant, le petit-fils sait qu’ils ont été expulsés en 1948 (ils avaient alors 23 ans). Pourquoi ? Parce qu’ils étaient juifs ? Quel rapport ?! C’est donc à une enquête minutieuse que se livre Jérémie Dres pour comprendre ce qui les a obligés à quitter le pays. Il interroge évidemment son grand-père, seul survivant, dont les parents originaires de Smyrne et Constantinople sont venus s’installer à Alexandrie au XIXe siècle. Des « apatrides », dit le vieil homme, installés dans des quartiers où « tout le monde était étranger » dans une Alexandrie alors très multiculturelle.

Cependant, appartenant au parti communiste égyptien, le grand-père de Jérémie est considéré comme opposant et subira l’internement (un an et demi !) mais cette histoire, répète-t-il, « ne présente aucun intérêt » ! Jérémie ne peut se satisfaire de ces fragments de vérité et de tant de zones d’ombre. Il décide donc d’aller sur place, au Caire puis à Alexandrie, pour retrouver les lieux où ils ont vécu et tenter de trouver les clés de cet exil contraint.

De rencontres en interviews (journaliste, historien, représentant de la communauté juive…), de visites de quartiers en pèlerinages dans des cimetières, l’auteur restitue peu à peu l’histoire complexe des Juifs d’Égypte, soulignant au passage le poids de la hiérarchie et de la surveillance dans la société contemporaine… Et sans négliger cependant les délices de sa gastronomie ! Au total, 250 pages riches en informations et en « secrets de familles ».

De son côté, Fabien Toulmé fait de même en interrogeant Hakim sur son itinéraire « De la Syrie à la Turquie » (sous-titre de ce premier volet d’une trilogie annoncée). Comme un membre de la famille qu’il devient peu à peu, il cherche à comprendre les raisons qui poussent des individus à quitter une famille, un travail, une culture… Départ contraint, là encore, à cause de l’insécurité, de l’injustice, de la guerre, de la torture… : de la dictature en un mot.

Le parcours d’Hakim est longuement, rigoureusement raconté. Contrairement au grand-père de Jérémie Dres, Hakim accepte de témoigner de tout ce qu’il a vécu et subi. Et près de 270 pages n’y suffiront pas !

Dans les deux cas, le dessin est simple, direct, efficace, toujours d’une grande lisibilité, contribuant à ce qu’on entre en empathie immédiate avec ces personnages dont on dévoile le passé tourmenté et les destins torturés, des histoires vraies pour mieux comprendre le sujet éternel des migrations…

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Si je t’oublie Alexandrie » par Jérémie Dres

Éditions Steinkis (22 €) – ISBN : 978-2-3684-6127-3

« L’Odyssée d’Hakim » T1 par Fabien Toulmé

Éditions Delcourt (24, 95 €) – ISBN : 978-2-4130-1126-2

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